{"id":1934,"date":"2024-09-06T14:26:31","date_gmt":"2024-09-06T12:26:31","guid":{"rendered":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1934"},"modified":"2024-09-06T14:29:23","modified_gmt":"2024-09-06T12:29:23","slug":"les-carnets-de-jonathan-episode-25","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1934","title":{"rendered":"Les carnets de Jonathan, \u00e9pisode 25"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1934\" class=\"elementor elementor-1934\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-49685da e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"49685da\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7056c7a4 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"7056c7a4\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n<p>chapitre 25<\/p>\n\n\n\n<p>Administration<\/p>\n\n\n\n<p>Le petit d\u00e9jeuner est vite exp\u00e9di\u00e9. Pendant que les deux ma\u00eetres Leclerc se sustentent, Jacques, qui n\u2019a pas grand faim, refait pour l\u2019assembl\u00e9e au complet le point pr\u00e9cis de la situa\u00adtion, n\u2019omettant que sa discussion de la nuit avec Jonathan. Marie ne r\u00e9fr\u00e8ne qu\u2019avec peine son envie de fondre en larmes, alors que chez les hommes, il r\u00e8gne comme une atmosph\u00e8re de veill\u00e9e d\u2019armes, bien que l\u2019aube ait d\u00e9j\u00e0 fait une large place au soleil montant. Son dernier croissant englouti, ma\u00eetre Leclerc senior, \u00e0 qui les \u00e9motions n\u2019ont jamais coup\u00e9 l\u2019app\u00e9tit, bien au contraire, demande la possibilit\u00e9 de faire un brin de toilette, avant de reprendre la route de Paris, sur les traces des deux petites canadiennes. Quand, au cours du r\u00e9cit de Jacques, il a d\u00e9couvert qu\u2019elles avaient \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es en r\u00e9gion parisienne, le notaire se serait bien bott\u00e9 le derri\u00e8re de n\u2019avoir pas t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 Jacques avant de sauter aussi impulsivement dans sa voiture. Il lui aurait alors suffi d\u2019aller r\u00e9cup\u00e9rer son grand ami \u00e0 la gare, au premier train, pour \u00eatre op\u00e9rationnel beaucoup plus vite. Pourtant, il se dit que quelques heures de route en commun leur permettront sans doute de dresser un plan de combat qui se tienne, et donner \u00e0 son avocat de fils les d\u00e9tails qu\u2019il aurait pu omettre lors du voyage aller.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma\u00eetre Leclerc fils est un avocat bien singulier. L\u00e9g\u00e8re\u00adment plus grand que son p\u00e8re, il est surtout beaucoup plus mince. S\u2019il ne d\u00e9daigne pas, de temps \u00e0 autre, s\u2019asseoir \u00e0 une grande table, la nourriture, au m\u00eame titre que les \u00e9l\u00e9ments qui, d\u2019ordinaire, participent du confort mat\u00e9riel, ne l\u2019int\u00e9resse pas. Il traverse la vie sans vraiment y toucher, concentrant son \u00e9ner\u00adgie \u00e0 d\u00e9fendre les causes perdues d\u2019avance, les affaires les plus mal engag\u00e9es, quelle qu\u2019en soit l\u2019importance. Il \u00e9prouve une v\u00e9ritable d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019administration en g\u00e9n\u00e9ral, et des juges d\u2019instruction en particulier, dont il estime, parfois \u00e0 tort, avouons-le, qu\u2019ils instruisent beaucoup plus volontiers \u00e0 charge qu\u2019\u00e0 d\u00e9charge. Aussi n\u2019h\u00e9site-t-il pas \u00e0 reprendre sur le terrain le travail qu\u2019il estime b\u00e2cl\u00e9 par les enqu\u00eateurs, usant, fort habilement au demeurant, d\u2019arguties juridiques pour repousser les proc\u00e8s tant qu\u2019il n\u2019est pas absolument s\u00fbr d\u2019avoir explor\u00e9 toutes les pistes possibles. Bien qu\u2019il soit capable, face au minist\u00e8re public, de faire preuve de la plus extr\u00eame mauvaise foi, il est malgr\u00e9 tout ind\u00e9crottablement honn\u00eate, ce qui l\u2019a conduit, en une certaine circonstance, \u00e0 abandonner la d\u00e9fense d\u2019un de ses clients parce que sa propre enqu\u00eate, dont il livra les conclusions au magistrat instructeur, lui avait permis de d\u00e9montrer que l\u2019homme en question \u00e9tait bien plus coupa\u00adble, encore, que ne le pensait le minist\u00e8re public. Sa ma\u00eetrise du droit et sa pugnacit\u00e9 auraient d\u00fb en faire l\u2019un des t\u00e9nors du barreau de Paris, et son p\u00e8re avait, en vain, essay\u00e9 de l\u2019int\u00e9resser \u00e0 ses affaires. Mais la reconnaissance de ses confr\u00e8res ne l\u2019attirait pas plus que l\u2019argent. Il \u00e9tait bien trop jaloux de sa libert\u00e9, qu\u2019il exprimait ordinairement en se baladant au c\u0153ur du palais de justice en Jeans d\u00e9lav\u00e9 et en bottes de cuir. Il pouvait, heureusement, compter sur l\u2019efficacit\u00e9 de sa secr\u00e9taire pour faire rentrer les honoraires et s\u2019occuper de la bonne marche de son cabinet, sans quoi il aurait, depuis longtemps, d\u00fb mettre la cl\u00e9 sous la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand son p\u00e8re l\u2019avait appel\u00e9, au beau milieu de la nuit, et lui avait, en quelques mots, trac\u00e9 les grandes lignes de l\u2019affaire, il avait aussit\u00f4t saut\u00e9 dans son pantalon. Partir au secours d\u2019une quasi-veuve et d\u2019une orpheline en butte aux tracasseries de l\u2019administration fran\u00e7aise lui convenait parfaitement, comme il trouvait \u00e9galement romantique de sauter dans une voiture au beau milieu de la nuit pour enfiler cinq cents bornes d\u2019une traite. C\u00e9libataire endurci, il n\u2019avait de comptes \u00e0 rendre \u00e0 personne, et un laconique message laiss\u00e9 sur le r\u00e9pondeur de son bureau lui assurait sans mal vingt-quatre heures de tranquillit\u00e9. Pendant le voyage aller, il avait surtout mieux fait connaissance avec ce Jacques R\u00e9miniac, dont il avait maintes fois entendu parler sans jamais l\u2019avoir rencontr\u00e9. Il comptait maintenant sur le voyage retour pour entrer dans le c\u0153ur de l\u2019affaire qui l\u2019int\u00e9ressait, et essayer d\u2019organiser une riposte efficace. Il n\u2019eut pas longtemps \u00e0 attendre. Moins d\u2019un quart d\u2019heure apr\u00e8s la fin du petit d\u00e9jeuner, Jacques, flanqu\u00e9 de son sac de voyage en cuir, donnait au couple de gardiens ses derni\u00e8res recommandations, avant de prendre place \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la vieille voiture anglaise, ma\u00eetre Leclerc p\u00e8re jouant pour cette fois les chauffeurs de luxe.<\/p>\n\n\n\n<p>**********<\/p>\n\n\n\n<p>Martine, ma ch\u00e8re Maman, n&rsquo;est pas vraiment au point, avec ses faux airs de ne pas y toucher, et ses mines de conspiratrice d\u00e8s que l&rsquo;on aborde les secrets de l&rsquo;au-del\u00e0, chapitre \u00ab\u00a0trucs, astuces et mode d&#8217;emploi\u00a0\u00bb. Je suis loin d&rsquo;avoir fait le tour de la question, je l&rsquo;accorde, et des pans entiers du syst\u00e8me m&rsquo;\u00e9chappent encore vraisemblablement, mais je ne me d\u00e9brouille quand m\u00eame pas si mal tout seul. Je suis, par exemple, longtemps rest\u00e9 persuad\u00e9 qu&rsquo;en tant que fant\u00f4me, j&rsquo;\u00e9tais coinc\u00e9 au Manoir. En accompagnant mon p\u00e8re au Qu\u00e9bec, Martine m&rsquo;a prouv\u00e9 le contraire, mais sans me dire comment faire. Et ben, j&rsquo;ai trouv\u00e9 tout seul. Il suffit d&rsquo;y aller. C&rsquo;est aussi simple que \u00e7a. Je me suis donc install\u00e9 dans la voiture, \u00e0 la place du mort, cela va sans dire, pour accompagner mon p\u00e8re et les Leclerc dans leur vir\u00e9e \u00e0 Paris. Ce n&rsquo;est pas que je n&rsquo;ai pas confiance, notez, mais on ne sait jamais. Et puis, je ne vais pas le cacher plus longtemps, j&rsquo;ai h\u00e2te de revoir ma fille. Oc\u00e9ane aussi, bien s\u00fbr, mais ce n&rsquo;est pas pareil. On pourra peut-\u00eatre trouver \u00e7a vache, mais j&rsquo;ai fait mon deuil d&rsquo;Oc\u00e9ane, si j&rsquo;ose m&rsquo;exprimer ainsi. Tandis que C\u00e9cilia&#8230; Si je reste coinc\u00e9 ici-bas, c&rsquo;est vraiment pour elle, ou &#8230; par elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous roulons \u00e0 allure soutenue vers la capitale. On dira ce qu&rsquo;on voudra, mais les vieilles voitures, m\u00eame de marque prestigieuse, ne sont pas aussi confortables que leurs propri\u00e9\u00adtaires voudraient nous le faire croire. Les odeurs de cuir, de bois et de havane froid ont sans doute leur charme, mais il faut parler fort pour se faire entendre. Je ne suis pas le plus g\u00ean\u00e9, puisque je suis branch\u00e9 directement sur les esprits des trois autres passagers de la voiture. Il faut tout de m\u00eame avouer que, comme salle d&rsquo;\u00e9tat-major, on a d\u00e9j\u00e0 vu plus pratique. Pour l&rsquo;instant, la parole est \u00e0 la d\u00e9fense, je veux dire \u00e0 Leclerc junior. Il me pla\u00eet bien, ce type. Il a l&rsquo;esprit clair, il est vif, et, apr\u00e8s le r\u00e9cit que mon p\u00e8re a fait pendant le petit d\u00e9jeuner, compl\u00e9t\u00e9 des indications qu&rsquo;\u00e0 la demande de l&rsquo;avocat il a fournies depuis le d\u00e9part, celui-ci r\u00e9capitule la situation dans laquelle se trouvent mes petites femmes, analys\u00e9e sur le strict plan juridique. On le savait d\u00e9j\u00e0, mais \u00e7a se confirme, c&rsquo;est loin d&rsquo;\u00eatre brillant. Comme nous nous heurtons \u00e0 des proc\u00e9dures d&rsquo;exception, junior explique, avec une logique glac\u00e9e, \u00e0 ses deux interlocuteurs que, pour sortir Oc\u00e9ane et C\u00e9cilia de leur gu\u00eapier, il va falloir flirter avec la ligne de hors-jeu, c\u00f4t\u00e9 ext\u00e9rieur. Moi, pendant son expos\u00e9, je bous litt\u00e9ralement. Pourquoi donc mon p\u00e8re ne lui parle-t-il pas de l&rsquo;id\u00e9e que nous avons eue tous les deux cette nuit ? Il pourrait alors valablement faire travailler ses petits neurones de juriste pour \u00e9tayer l&rsquo;hypoth\u00e8se, et en faire l&rsquo;axe de la contre-attaque, ou, le cas \u00e9ch\u00e9ant, la d\u00e9truire d\u00e9finitivement. Tiens, je suis s\u00fbr que c&rsquo;est exactement ce que craint mon p\u00e8re, et qui l&#8217;emp\u00eache de prendre la parole. Je le sens qui h\u00e9site, mais n&rsquo;ose pas se lancer. Puisque c&rsquo;est comme \u00e7a, je d\u00e9grafe la ceinture que j&rsquo;avais mentalement boucl\u00e9e, par habitude, et je vais flotter \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa t\u00eate. \u00c7a lui fera s\u00fbrement du bien de se sentir soutenu. Et surveill\u00e9 ! La carotte et le b\u00e2ton quoi. Je me penche doucement tout pr\u00e8s de son oreille, et, dans un souffle, je l&rsquo;encourage :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Allez, vas-y Papa, dis-leur maintenant !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 son flegme l\u00e9gendaire, mon p\u00e8re sursaute, ce qui a pour effet de provoquer une rencontre assez brusque entre le sommet de son cr\u00e2ne et le pavillon de la limousine.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Eh bien, que vous arrive-t-il Jacques ?\u00a0\u00bb s&rsquo;enquiert le notaire, en lorgnant dans le r\u00e9troviseur mon p\u00e8re qui se masse la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Rien, rien, mon cher ami. Nous avons d\u00fb rouler sur un caillou, sans doute.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n\u2019ai rien senti de tel. Et toi, J\u00e9r\u00f4me ?\u00a0\u00bb s\u2019enquiert le notaire aupr\u00e8s de son fils.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Je n\u2019ai rien senti non plus.\u00a0\u00bb Confirme ce dernier.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb C\u2019est parce que vous \u00eates plus loin que moi du plafond, voil\u00e0 tout. N\u2019en parlons plus.\u00a0\u00bb R\u00e9plique mon p\u00e8re, peut-\u00eatre un peu trop vivement.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Jacques, vous \u00eates s\u00fbr que \u00e7a va ?\u00a0\u00bb Ne peut s\u2019emp\u00eacher de demander encore le notaire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Mais oui, enfin !\u00a0\u00bb explose mon p\u00e8re. \u00a0\u00bb Pourquoi donc me posez-vous cette question ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ne le prenez pas en mauvaise part, cher ami. Mais vous donnez l\u2019impression d\u2019avoir vu un fant\u00f4me !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qu\u2019est-ce que vous racontez-l\u00e0 ? C\u2019est ridicule ! Un fant\u00f4me, et pourquoi pas une sorci\u00e8re tant que vous y \u00eates ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Allons Jacques, calmez-vous mon ami. Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une expression.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous avez raison, excusez-moi. Je dois \u00eatre \u00e0 bout de nerfs, avec toute cette histoire. En fait, j\u2019ai sursaut\u00e9 parce qu\u2019il m\u2019est venu une \u00e9trange id\u00e9e, tout \u00e0 coup, et je voudrais vous en faire part, afin que votre fils puisse nous dire si elle ne serait pas susceptible de nous aider.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais bien s\u00fbr, Jacques. Allez-y. Au point o\u00f9 nous en sommes, toute id\u00e9e est bonne \u00e0 prendre. Nous vous \u00e9coutons.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Bien jou\u00e9, Papa. J\u2019avoue qu\u2019il m\u2019a fait peur, un moment. Imaginez que, d\u2019un seul coup, il ait craqu\u00e9. Il a beau \u00eatre solide, faut quand m\u00eame reconna\u00eetre qu\u2019il a encaiss\u00e9 une s\u00e9rieuse s\u00e9rie de coups, depuis quelque temps. Vous le voyez, vous, en train de raconter notre v\u00e9ritable histoire aux Leclerc, et leur expliquer que je participe aux d\u00e9bats, de derri\u00e8re le rideau. Connaissant le vieux notaire comme je le connais, je peux vous assurer qu\u2019en arrivant en r\u00e9gion parisienne, il faisait aussi sec un d\u00e9tour par Charenton pour leur confier mon pauvre paternel. Heureusement, il a tenu le coup. Franchement, il aura gagn\u00e9 ses vacances, si nous nous en sortons. Pour l\u2019instant, il expose notre id\u00e9e aux ma\u00eetres associ\u00e9s. Au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il reprend, \u00e0 leur intention, ma petite d\u00e9monstration de la nuit, j\u2019entends les rouages qui se mettent en branle dans la t\u00eate de l\u2019avocat. Il comprend vite, cet homme-l\u00e0, et il sait \u00e9couter. Quand Papa leur d\u00e9voile la troisi\u00e8me et derni\u00e8re solution, le visage de l\u2019avocat s\u2019\u00e9claire d\u2019un sourire que j\u2019imagine proche de celui que devait avoir Sherlock Holmes quand il expliquait la solution d\u2019une \u00e9nigme particuli\u00e8rement tordue \u00e0 ce pauvre Watson abasourdi, le docteur en question faisant alors vraisemblablement \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame t\u00eate que le notaire maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Mais c\u2019est tout bonnement g\u00e9nial, mon cher Jacques !\u00a0\u00bb s\u2019exclame-t-il bient\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Avant de partager votre avis, je voudrais avoir l\u2019opinion du juriste sur cette id\u00e9e.\u00a0\u00bb lui r\u00e9pond mon p\u00e8re, dont le calme n\u2019est qu\u2019apparent. Le jeune avocat, sans para\u00eetre s&rsquo;\u00e9mouvoir, r\u00e9fl\u00e9chit un court instant, puis dit :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Deux questions se posent, monsieur R\u00e9miniac. La premi\u00e8re concerne les dates. Est-ce qu\u2019elles collent parfaite\u00adment ? La deuxi\u00e8me a trait \u00e0 mademoiselle Monplaisir. Acceptera-t-elle de jouer ce jeu ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pour la premi\u00e8re question, la r\u00e9ponse est oui, sans aucune ambigu\u00eft\u00e9. Quant \u00e0 la seconde, je vous avoue que le comportement d\u2019Oc\u00e9ane est parfois assez surprenant, et ne s\u2019appuie pas syst\u00e9matiquement sur une analyse logique des donn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi, je parie qu\u2019elle dira oui !\u00a0\u00bb, conclut le notaire dans un sursaut d\u2019optimisme.<\/p>\n\n\n\n<p>La solution est donc adopt\u00e9e comme \u00e9tant la seule vraiment susceptible de r\u00e9soudre l\u2019\u00e9quation, puisque, gr\u00e2ce \u00e0 elle, l\u2019inconnue dispara\u00eet. Le reste du trajet est utilis\u00e9 \u00e0 mettre au point les d\u00e9tails de l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous arrivons \u00e0 Paris, c\u2019est le d\u00e9but de l\u2019apr\u00e8s-midi. Le notaire d\u00e9pose d\u2019abord son fils \u00e0 proximit\u00e9 d&rsquo;une bouche de m\u00e9tro. Le jeune homme a pour premi\u00e8re mission de retrouver la trace d\u2019Oc\u00e9ane et de C\u00e9cilia. Pendant ce temps-l\u00e0, Jacques et son vieil ami se rendent \u00e0 la Mairie de Paris, afin de mettre en \u0153uvre les \u00e9l\u00e9ments de la victoire. Il va sans dire que je leur colle au train. Ce n&rsquo;est pourtant pas l&rsquo;envie qui me manque de suivre l&rsquo;avocat, et de voir comment il se d\u00e9brouille, mais je suis d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 ne pas l\u00e2cher mon p\u00e8re d&rsquo;une semelle. A voir la mine soucieuse qu&rsquo;il arbore, je parierais qu&rsquo;il s&rsquo;en doute un peu. Il faut bien admettre, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, que mon id\u00e9e l&rsquo;investit de sacr\u00e9es responsabilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e0 la mairie, justement, que nous avons rencontr\u00e9 les premi\u00e8res difficult\u00e9s. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ballott\u00e9s de service en service pendant trois bons quarts d&rsquo;heure, nous tombons enfin sur un employ\u00e9 un peu plus am\u00e8ne que la moyenne, qui dans l&rsquo;ignorance totale de la proc\u00e9dure \u00e0 suivre dans un cas comme le n\u00f4tre, consent n\u00e9anmoins \u00e0 passer une paire de coups de fil, jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9couvrir, avec soulagement, que l&rsquo;affaire ne le concerne pas. Il nous oriente fort aimablement vers un service sp\u00e9cialis\u00e9 du minist\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9rieur. Le temps qui fuit est notre ennemi le plus f\u00e9roce. Comme il faut bien que je passe mes nerfs sur quelque chose, je me concentre intens\u00e9ment sur le vase qui orne son bureau, que je r\u00e9ussis \u00e0 renverser sur la pile de dossiers en instances. Les esprits frappeurs existent, j&rsquo;en suis la preuve sinon vivante, du moins efficace ! Je me d\u00e9\u00adp\u00eache de rejoindre mes compagnons d&rsquo;\u00e9quip\u00e9e, qui s&rsquo;appr\u00eatent \u00e0 remonter en voiture. Et va pour un petit tour jusqu&rsquo;\u00e0 la place Beauvau, au minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur. Arriv\u00e9s l\u00e0, nous sommes dirig\u00e9s du premier coup vers le bon service. Mais il faut faire la queue. Ce n&rsquo;est pas que les cas comme le n\u00f4tre soient fr\u00e9quents, ils sont m\u00eame extr\u00eamement rares. Mais il existe une infinie vari\u00e9t\u00e9 de cas rares, et tous semblent passer par ce fichu bureau. Cinq heures sonnent au moment o\u00f9, enfin, arrive notre tour. L&#8217;employ\u00e9 nous jette un regard noir, et marmonne qu&rsquo;on a de la chance, et que c&rsquo;est son jour de bont\u00e9, parce que normalement, il ferme justement \u00e0 cinq heures. Je n&rsquo;ose imaginer ce qui lui serait arriv\u00e9 s&rsquo;il avait os\u00e9 nous claquer la porte au nez. L&rsquo;Exorciste, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce que je lui aurais fait subir en pareil cas, c&rsquo;est du cin\u00e9ma de patronage. Le brave homme ne tarde pourtant pas \u00e0 regretter son geste. L&rsquo;affaire est d\u00e9licate, et exige que l&rsquo;on remplisse une tonne de documents divers, qui ont en commun de tous s&rsquo;appeler Cerfa quelque chose, et d&rsquo;\u00eatre \u00e9crits en tr\u00e8s petits caract\u00e8res. L&rsquo;absence d&rsquo;Oc\u00e9ane entra\u00eene la multiplication des formulaires, dont un certain nombre d&rsquo;exemplaires seront \u00e0 lui faire signer, en pr\u00e9sence d&rsquo;une personne d\u00fbment habilit\u00e9e, et \u00e0 renvoyer au brave fonctionnaire dans les meilleurs d\u00e9lais. Tant que ces fichus papiers n&rsquo;auront pas \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s par ses services, l&rsquo;op\u00e9ration ne sera pas valide. A ces mots du pr\u00e9pos\u00e9, je vois le sang se retirer du visage de mon p\u00e8re, alors que le notaire, qui est rest\u00e9 jusque-l\u00e0 d&rsquo;une courtoisie parfaite, passe par toutes les nuances de rouge, avant de se stabiliser sur un tr\u00e8s seyant violet fonc\u00e9. L&rsquo;effet, qui pourrait illustrer la th\u00e9orie des vases communicants, est saisissant, et si la situation n&rsquo;\u00e9tait aussi tendue, je crois bien que j&rsquo;\u00e9claterais de rire. Le fonctionnaire a bien senti que quelque chose coin\u00e7ait quelque part. Il l\u00e8ve les yeux de sa paperasse pour se trouver nez \u00e0 nez avec les sympt\u00f4mes d&rsquo;une attaque cardiaque chez le grand maigre, et d&rsquo;une crise d&rsquo;apoplexie chez le petit gros. Comme tous les fonctionnaires, il cherche avant tout \u00e0 \u00e9viter les ennuis. Peu excit\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;avoir \u00e0 remplir en seize exemplaires un rapport sur le d\u00e9c\u00e8s subit, sur son bureau, de Don Quichotte et de Sancho Pan\u00e7a, il pr\u00e9cise alors, d&rsquo;une voix suave mais inqui\u00e8te, que durant l&rsquo;intervalle qui s\u00e9pare la signature des papiers de la validation d\u00e9finitive de l&rsquo;acte, l&rsquo;op\u00e9ration produit n\u00e9anmoins valablement tous ses effets, ceux-ci \u00e9tant repris ult\u00e9rieurement sur un formulaire qui se trouve faire partie de la liasse que, justement, il vient de remettre \u00e0 mon cher Papa. Les vases communiquent aussit\u00f4t dans l&rsquo;autre sens. L&rsquo;atmosph\u00e8re se d\u00e9tend. Il a fait son m\u00e9tier, c&rsquo;est gagn\u00e9 ! C&rsquo;\u00e9tait vraiment une tr\u00e8s bonne id\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous quittons la place Beauvau pour prendre le chemin d&rsquo;un c\u00e9l\u00e8bre bar parisien, dans lequel le notaire a donn\u00e9 rendez-vous \u00e0 l&rsquo;avocat. Le trajet est court, en distance, mais nous demande encore pr\u00e8s d&rsquo;une demi-heure. Au moment o\u00f9 nous passons devant l&rsquo;\u00e9tablissement en question \u00e0 la recherche d&rsquo;une place de stationnement, Leclerc junior, qui devait nous guetter, saute dans la voiture, excit\u00e9 comme un pou qui serait pass\u00e9, lors d&rsquo;une rapide \u00e9treinte, de la t\u00eate d&rsquo;un para \u00e0 celle d&rsquo;une chanteuse rasta. A sa demande, mon p\u00e8re lui confirme qu&rsquo;il est en possession de tous les papiers n\u00e9cessaires. L&rsquo;avocat, \u00e0 son tour, fait son compte-rendu. Il a r\u00e9ussi \u00e0 localiser mes deux petites canadiennes, mais il s&rsquo;agit maintenant de foncer, car il est pr\u00e9vu de les renvoyer \u00ab\u00a0by air mail\u00a0\u00bb au Canada d\u00e8s le lendemain matin. Le camp de transit se situant en banlieue, il y a peu de chances de r\u00e9ussir \u00e0 y arriver avant le d\u00e9part des responsables. Mon p\u00e8re objecte, \u00e0 mon avis de fa\u00e7on recevable, qu&rsquo;en ce cas il vaut peut-\u00eatre mieux se pr\u00e9senter \u00e0 la premi\u00e8re heure, le lendemain matin. Ce \u00e0 quoi l&rsquo;avocat r\u00e9torque qu&rsquo;au contraire, il lui para\u00eet plus ais\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e0 traiter avec un subalterne, et que si jamais l&rsquo;op\u00e9ration \u00e9chouait une premi\u00e8re fois ce soir, il serait toujours possible de la r\u00e9it\u00e9rer le lendemain. Partant du principe que l&rsquo;on est mieux arm\u00e9 avec deux cartouches qu&rsquo;avec une seule, le trio d\u00e9cide de filer jusqu&rsquo;au d\u00e9p\u00f4t en question. Bien que personne ne m&rsquo;ait demand\u00e9 mon avis, je partage finalement cette fa\u00e7on \u00e9nergique de voir les choses, plus que jamais d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne rien rater de l&rsquo;\u00e9pisode suivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est pratiquement vingt heures lorsque le notaire range sa vieille Jag le long d&rsquo;un trottoir de la banlieue Nord. Nous nous sommes un peu \u00e9gar\u00e9s, pour tout dire. Ou, plus exacte\u00adment, mes compagnons se sont \u00e9gar\u00e9s. En ce qui me concerne, il me suffit de lire les esprits des passants pour savoir imm\u00e9diatement o\u00f9 je me trouve. C&rsquo;est un jeu qui pourrait \u00eatre amusant si j&rsquo;avais les moyens de le partager. Mais puisque j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de n&rsquo;intervenir qu&rsquo;en toute derni\u00e8re extr\u00e9mit\u00e9, je les ai laiss\u00e9 patauger par deux fois sur des chemins de traverse. Nous y sommes tout de m\u00eame arriv\u00e9s, c&rsquo;est l&rsquo;essentiel. Le moteur de la voiture \u00e0 peine coup\u00e9, mon trio de choc se dirige vers l&rsquo;entr\u00e9e du camp de transit, en ordre de bataille, les deux Leclerc faisant de leurs corps un rempart \u00e0 la partie inf\u00e9rieure de celui de mon p\u00e8re. Le site n&rsquo;a de camp que le nom. Moi qui imaginais trouver ma fille et sa m\u00e8re derri\u00e8re les grillages d&rsquo;une esp\u00e8ce de camp de concentration, avec baraques pr\u00e9fabri\u00adqu\u00e9es, barbel\u00e9s, miradors et rondes de ma\u00eetres-chiens, je suis presque d\u00e9\u00e7u. Le camp tout entier est constitu\u00e9 d&rsquo;un unique b\u00e2timent, de type HLM de banlieue mod\u00e8le soixante-dix, qui \u00e9tire ses dix \u00e9tages gris\u00e2tres sur une centaine de m\u00e8tres de long. Le bloc est pos\u00e9 au bord du trottoir, et ferme le rectangle de grillage qui dessine un enclos de douze ou quinze cents m\u00e8tres carr\u00e9s cens\u00e9 servir, sans doute, de jardin d\u2019agr\u00e9ment \u00e0 la population \u00ab\u00a0en transit\u00a0\u00bb. On acc\u00e8de \u00e0 l&rsquo;ensemble par une large porte \u00e0 deux battants qui marque le centre de l&rsquo;\u00e9difice. Leclerc junior s&rsquo;y attaque sans rien demander \u00e0 personne pour constater aussit\u00f4t qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas verrouill\u00e9e. Elle donne acc\u00e8s \u00e0 un hall assez vaste d&rsquo;o\u00f9 partent deux escaliers sur les c\u00f4t\u00e9s. Le fond du hall h\u00e9berge deux cabines d&rsquo;ascenseur qui sont \u00e9galement orn\u00e9es d&rsquo;un petit panneau calligraphi\u00e9 qui indique, sans faute d&rsquo;orthographe, que les machines sont en d\u00e9rangement toutes deux. Entre les vol\u00e9es d&rsquo;escalier et les ascenseurs sont coinc\u00e9s \u00e0 droite un bloc sanitaire, et \u00e0 gauche un bureau sur la porte duquel l&rsquo;humour noir et involontaire de l&rsquo;administration a fait poser un panneau \u00ab\u00a0accueil\u00a0\u00bb. A gauche de cette porte, un guichet vitr\u00e9, muni de son r\u00e9glementaire hygiaphone, laisse passer de la lumi\u00e8re. L&rsquo;avocat s&rsquo;avance et, d&rsquo;un geste \u00e9nergique, propulse ses phalanges contre le panneau de bois. Le bruit r\u00e9sonne nettement dans le hall d\u00e9sert. On entend alors comme un grognement d&rsquo;animal d\u00e9rang\u00e9 dans sa tani\u00e8re, puis une sorte de glissement qui d\u00e9nonce sans appel le manque d&rsquo;enthousiasme du personnel charg\u00e9 de \u00ab\u00a0l&rsquo;accueil\u00a0\u00bb. Le bureau donne, par-derri\u00e8re, sur une sorte de loge de concierge dont s&rsquo;extrait un petit bonhomme rondouillard et presque chauve. Il s&rsquo;approche du guichet, man\u0153uvre le volet tournant de son bouclier \u00e0 postillons, et s&rsquo;enquiert du pourquoi de cette visite tardive. Ma\u00eetre Leclerc junior, avec un aplomb qui ne se d\u00e9ment pas, se pr\u00e9sente comme avocat d&rsquo;une Association de D\u00e9fense des Int\u00e9r\u00eats des Familles de France, dont je subodore qu&rsquo;il aurait bien du mal \u00e0 fournir les statuts. Il explique au pr\u00e9pos\u00e9, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, qu&rsquo;il est mandat\u00e9 par monsieur R\u00e9miniac, ici pr\u00e9sent, et fort judicieu\u00adsement accompagn\u00e9 de son conseil, pour r\u00e9parer une erreur funeste de l&rsquo;administration, et rendre sa libert\u00e9 \u00e0 mademoiselle Monplaisir et \u00e0 sa fille, ind\u00fbment retenues contre leur gr\u00e9, et au m\u00e9pris des lois r\u00e9publicaines, dans ce lugubre endroit. Puis il se tait et attend la r\u00e9action de l&rsquo;adversaire. Le bonhomme se gratte pensivement la t\u00eate, puis le nombril, et demande d&rsquo;une voix assez mal assur\u00e9e un compl\u00e9ment d&rsquo;informations. Sans plus entrer dans les d\u00e9tails, mais en changeant n\u00e9anmoins son vocabulaire, l&rsquo;avocat r\u00e9it\u00e8re sa requ\u00eate. Le pr\u00e9pos\u00e9 confirme alors qu&rsquo;il ne comprend toujours pas. Ma\u00eetre Leclerc senior sugg\u00e8re alors que s&rsquo;il avait la bont\u00e9 de leur ouvrir son bureau, peut-\u00eatre seraient-ils en mesure de lui fournir des informations plus d\u00e9taill\u00e9es quant au fond de l&rsquo;affaire. Avec un regret mani\u00adfeste, l&rsquo;homme \u00f4te sa serviette de table de son col de chemise, et d\u00e9verrouille la porte. Nous entrons dans la pi\u00e8ce. Son exigu\u00eft\u00e9 ne permet pas \u00e0 quatre personnes de s&rsquo;asseoir. Sans faire de fa\u00e7on, le fonctionnaire s&rsquo;installe pourtant dans un fauteuil et d\u00e9visage ses interlocuteurs, coinc\u00e9s derri\u00e8re le bureau, d&rsquo;un air peu am\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Je vous \u00e9coute.\u00a0\u00bb dit-il sobrement.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9r\u00f4me Leclerc ne se laisse pas d\u00e9monter pour si peu. Il avise une chaise, l&rsquo;installe face au fauteuil de l&rsquo;autre, et s&rsquo;assied \u00e0 son tour. Puis, toujours sans dire un mot, il d\u00e9pose son attach\u00e9-case sur le bureau, l&rsquo;ouvre, et en extrait un imposant dossier, rempli de papiers sans importance, dont le seul r\u00f4le est de donner du poids \u00e0 sa d\u00e9marche, et de la liasse r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e l&rsquo;apr\u00e8s-midi m\u00eame au minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur. Il referme ensuite soigneusement sa valisette, et la pose \u00e0 ses pieds. Puis il consent enfin \u00e0 regarder le petit homme qui lui fait face. Il le fixe au fond des yeux, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;autre, g\u00ean\u00e9, baisse le regard en r\u00e9p\u00e9tant :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Je vous \u00e9coute\u00a0\u00bb, mais sur un autre ton.<\/p>\n\n\n\n<p>Satisfait de l&rsquo;attention enfin marqu\u00e9e par cet auditoire restreint, ma\u00eetre Leclerc attaque sa d\u00e9monstration.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Mon cher monsieur, nous sommes ici, si je ne m&rsquo;abuse, dans un centre de d\u00e9tention pour \u00e9trangers en situation irr\u00e9gu\u00adli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De transit.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous demande pardon.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De transit. C&rsquo;est un centre de transit, pas de d\u00e9tention.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si vous voulez. Il n&rsquo;en demeure pas moins que vous retenez ici, contre leur gr\u00e9, des personnes de nationalit\u00e9s diverses au motif qu&rsquo;elles ne poss\u00e8dent pas les documents que l&rsquo;administration fran\u00e7aise exige des \u00e9trangers pour leur permet\u00adtre de r\u00e9sider sur le territoire de ce pays. Est-ce exact ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est exact.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bien. Si mes sources de renseignement ne m&rsquo;ont pas induit en erreur, vous devez compter, au nombre de vos&#8230;invit\u00e9s, une jeune femme qui r\u00e9pond au patronyme de Monplaisir, Oc\u00e9ane, et sa petite fille C\u00e9cilia. Me tromp\u00e9-je ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Faut que je v\u00e9rifie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Faites, je vous en prie.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme extrait d&rsquo;un tiroir du bureau un de ces cahiers noirs \u00e0 couverture de toile que l&rsquo;on ne trouve plus que dans les mus\u00e9es, et les administrations. Il le compulse un court instant, mouillant soigneusement l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de son index droit de salive pour en tourner les pages plus ais\u00e9ment, puis fini par arr\u00eater son doigt vagabond et n\u00e9anmoins humide sur une ligne calligraphi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Nous y sommes. Monplaisir Oc\u00e9ane et Monplaisir C\u00e9cilia, de nationalit\u00e9 canadienne. Visa expir\u00e9 non renouvel\u00e9. Elles partent demain.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et bien non, justement. Elles ne partent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a me ferait mal.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;en suis sinc\u00e8rement d\u00e9sol\u00e9 pour vous. Mais, contrai\u00adrement \u00e0 ce qu&rsquo;indique votre grand cahier, ces demoiselles ne sont pas canadiennes. Ou plus exactement, elles ne sont pas seulement canadiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;que vous voulez dire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Que mademoiselle Oc\u00e9ane Monplaisir b\u00e9n\u00e9ficie de la double nationalit\u00e9 canadienne et fran\u00e7aise, au m\u00eame titre que sa fille, et que, par cons\u00e9quent, elles sont ind\u00fbment retenues ici par vos services, ce que nous saurons oublier si le mal est rapidement r\u00e9par\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Double nationalit\u00e9 ! C&rsquo;est nouveau \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a date de cet apr\u00e8s-midi, dix-sept heures cinquante. C&rsquo;est assez frais, j&rsquo;en conviens, mais \u00e7a n&rsquo;en est pas moins vrai.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ben merde alors !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne vous le fait pas dire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; S\u2019cusez-moi. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je vois \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; B\u00e9nissez donc cette journ\u00e9e qui vous permet d&rsquo;appren\u00addre quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D&rsquo;toute fa\u00e7on, faut repasser demain, quand le chef sera l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous n&rsquo;\u00eates donc pas chef ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ben, j&rsquo;suis responsable de nuit, mais les d\u00e9parts, c&rsquo;est le chef de jour qui les signe. Revenez demain, on verra ce qu&rsquo;on peut faire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9tention ill\u00e9gale et s\u00e9questration abusive.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;que vous dites ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je dis que vous vous rendez coupable de d\u00e9tention ill\u00e9gale et de s\u00e9questration abusive.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est pas moi, c&rsquo;est le chef !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et non, mon pauvre ami. Je reconnais que la vie est mal faite, mais c&rsquo;est bien vous qui \u00eates en premi\u00e8re ligne. Il vous faut donc les lib\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais j&rsquo;ai pas le droit de faire \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Alors, appelez votre chef, nous traiterons avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;peux pas, il est au match, et apr\u00e8s, il va d\u00eener avec les coll\u00e8gues.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;en suis navr\u00e9 pour vous.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais puisque je vous dis que j&rsquo;ai pas le droit.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;un droit, cher monsieur, mais d&rsquo;un devoir. J&rsquo;ai peur de n&rsquo;avoir pas \u00e9t\u00e9 assez clair. Reprenons depuis le d\u00e9but. Vous \u00eates le gardien responsable d&rsquo;un centre de transit pour \u00e9trangers en situation irr\u00e9guli\u00e8re. Ce centre h\u00e9berge, suite \u00e0 une erreur de votre administration, deux personnes de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Tant que vous l\u2019ignoriez, rien ne pouvait \u00eatre retenu contre vous. Maintenant que vous \u00eates au courant, il n&rsquo;en va plus du tout de m\u00eame. Votre administration se rend coupable de d\u00e9tention ill\u00e9gale et de s\u00e9questration abusive, et, en tant que fonctionnaire d&rsquo;\u00e9tat, si vous ne faites rien pour rem\u00e9dier \u00e0 cette situation, vous vous rendez coupable de complicit\u00e9 sur les deux chefs d&rsquo;inculpation. Il va sans dire que mon association se portera partie civile dans cette affaire, et que les journaux nous pr\u00eatent une grande et bienveillante attention. Ce que voyant, vos responsables s&#8217;empresseront bien \u00e9videmment de jeter un lampiste en p\u00e2ture \u00e0 la vindicte populaire et de s&rsquo;en laver les mains. Or il me semble, h\u00e9las, que le lampiste tout d\u00e9sign\u00e9, c&rsquo;est vous.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a ne marche pas, votre truc. Pour que la petite dame se retrouve brusquement avec la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, il faudrait qu&rsquo;elle se soit mari\u00e9e, ou qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e. Et on n&rsquo;a pas le droit d&rsquo;\u00e9pouser ou d&rsquo;adopter un \u00e9tranger en situation irr\u00e9guli\u00e8re. C&rsquo;\u00e9tait bien essay\u00e9, mais c&rsquo;est rat\u00e9. On ne me roule pas aussi facilement, vous pensez bien, apr\u00e8s trente ans de bo\u00eete, j&rsquo;connais un peu les ficelles, et toc !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je reconnais que votre raisonnement d\u00e9montre \u00e0 la fois votre connaissance du sujet, et une ind\u00e9niable agilit\u00e9 intellec\u00adtuelle, pour aussi \u00e9trange que cela paraisse au premier abord, mon cher monsieur. Pourtant, je suis au regret de vous dire que vous commettez une erreur par omission.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;que vous voulez dire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il existe une troisi\u00e8me mani\u00e8re d&rsquo;obtenir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, comme l&rsquo;indiquent ces documents, et ce, quelle que soit la situation de la personne concern\u00e9e au regard de la loi fran\u00e7aise ! Et toc \u00e0 mon tour !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah ouais ? Et laquelle ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il suffit d&rsquo;\u00eatre reconnu !<\/p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>chapitre 25 Administration Le petit d\u00e9jeuner est vite exp\u00e9di\u00e9. 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