{"id":1879,"date":"2024-08-30T14:21:02","date_gmt":"2024-08-30T12:21:02","guid":{"rendered":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879"},"modified":"2024-08-30T14:21:04","modified_gmt":"2024-08-30T12:21:04","slug":"carnets-de-jonathan-episode-24","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879","title":{"rendered":"Les carnets de Jonathan &#8211; \u00e9pisode 24"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>chapitre 24<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;avocat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je tra\u00eene ma col\u00e8re sans fin dans les limbes depuis hier matin, sans pouvoir trouver quiconque \u00e0 qui me plaindre ou me confier. Martine, ma ch\u00e8re Maman, a disparu comme par enchantement. Mon histoire, sans doute, ne l&rsquo;int\u00e9resse plus. Et puis, je crois que nous n&rsquo;avons pas grand chose \u00e0 nous dire. Nous avons \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s si t\u00f4t ! Au d\u00e9but, j&rsquo;ai trouv\u00e9 amusant de faire la connaissance d&rsquo;une m\u00e8re de mon \u00e2ge. Mais cet engouement n&rsquo;\u00e9tait, h\u00e9las, qu&rsquo;un leurre. Si elle n&rsquo;a, en effet, v\u00e9cu que vingt-six ann\u00e9es sur terre, comme moi, il ne s\u2019agissait pas des m\u00eames ann\u00e9es, et le foss\u00e9 qui nous s\u00e9pare aujourd&rsquo;hui est bien plus large que celui que la vie creuse ordinairement entre deux g\u00e9n\u00e9rations qui partagent le m\u00eame toit. Il me semble \u00e9galement qu&rsquo;elle a d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 tant de temps entre les deux mondes que les vicissitudes du quotidien des vivants ne lui font plus ni froid ni froid. Jeannou, malgr\u00e9 mes tentatives d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, me reste, elle aussi, inaccessible, alors que j&rsquo;aurais tant besoin de son humour de gavroche pour me d\u00e9rider. Encore que nos derni\u00e8res rencontres n&rsquo;aient pas \u00e9t\u00e9 des plus dr\u00f4les, mais elle n&rsquo;y est pour rien. J&rsquo;esp\u00e8re que tout se d\u00e9roule maintenant pour elle conform\u00e9ment \u00e0 ses v\u0153ux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas que mon nouvel univers soit vide, notez. Sur ce point particulier, Martine ne m&rsquo;a pas menti. Il tra\u00eene, autour du Manoir, un faune \u00e9trange de fant\u00f4mes lugubres, tellement enferm\u00e9s sur eux-m\u00eames qu&rsquo;ils paraissent ne m\u00eame pas m&rsquo;apercevoir. Pourtant, dans l&rsquo;\u00e9tat dans lequel je me trouve, je crois que je me confierais \u00e0 n&rsquo;importe qui. La rapidit\u00e9 avec laquelle mes deux prot\u00e9g\u00e9es m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es m&rsquo;a laiss\u00e9 sans r\u00e9actions. J&rsquo;\u00e9tais l\u00e0, pourtant, au-dessus du perron, quand les tristes ex\u00e9cuteurs des basses \u0153uvres r\u00e9publicaines les ont emmen\u00e9es. Oc\u00e9ane fut tr\u00e8s digne, au point que c&rsquo;est sur le visage du gendarme, et non sur le sien, que se lisait la honte, quand il lui a pass\u00e9 les menottes. C\u00e9cilia \u00e9tait sage et silencieuse, tenant de sa petite main la jupe de sa m\u00e8re. Juste avant d&#8217;embarquer dans le fourgon, nos regards se sont crois\u00e9s, et j&rsquo;ai pu lire alors dans ses yeux d&rsquo;enfant la douleur que lui causait la trahison de cet ange en qui elle avait mis toute sa confiance. Je ne souhaite \u00e0 aucun homme de rencontrer un regard d&rsquo;une telle intensit\u00e9. Il ne doit pas exister chose plus terrible \u00e0 supporter que le regard d\u2019enfant de la confiance trahie. J&rsquo;ai baiss\u00e9 les yeux pour ne pas voir s&rsquo;en aller le fourgon.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;aurais pu intervenir, bien s\u00fbr. Au point o\u00f9 j&rsquo;en suis, que me reste-t-il \u00e0 perdre ? J&rsquo;aurais pu voler dans les plumes des perdreaux, et provoquer une belle pagaille dans la basse-cour. Mais pour quel r\u00e9sultat ? Jamais, depuis ma mort, je ne me suis senti aussi inutile et impuissant qu&rsquo;\u00e0 ce moment l\u00e0. Je crois que cette fois, j&rsquo;ai vraiment pris conscience que les affaires des vivants ne regardent pas les morts. Il ne me reste plus qu&rsquo;\u00e0 compter sur mon p\u00e8re pour les sortir de l\u00e0. J&rsquo;aimerais bien savoir o\u00f9 il se trouve, celui-l\u00e0, en ce moment ! C&rsquo;est toute l&rsquo;histoire ma vie, \u00e7a. Jamais l\u00e0 quand on a vraiment besoin de lui. Il devait rentrer hier. Il y avait alors, sans doute, encore quelque chose \u00e0 faire. Mais \u00e0 en croire les pandores, mes deux petites canadiennes ont d\u00fb \u00eatre transf\u00e9r\u00e9es \u00e0 Paris ce matin, et \u00e0 l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, elles doivent croupir dans une prison pour femmes de la capitale. Pourvu qu&rsquo;au moins, on ne les ait pas s\u00e9par\u00e9es !<\/p>\n\n\n\n<p>*********<\/p>\n\n\n\n<p>Oc\u00e9ane et C\u00e9cilia n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9es, pas plus qu\u2019elles ne sont en prison. Encore que&#8230; S\u2019il faut \u00eatre parfaite\u00adment honn\u00eate, nous dirons qu\u2019elles sont en r\u00e9sidence obliga\u00adtoire et surveill\u00e9e, dans un camp de transit pour immigrants clandestins. Les choses ont \u00e9t\u00e9 rondement men\u00e9es. D\u00e9non\u00adc\u00e9es par de Courcy, conform\u00e9ment aux instructions que lui a donn\u00e9es son employeur canadien, la m\u00e8re et la fille ont \u00e9t\u00e9, le jour m\u00eame, arr\u00eat\u00e9es par les forces de l\u2019ordre, en vertu d\u2019une loi exceptionnelle vot\u00e9e par le parlement pour d\u00e9fendre le terri\u00adtoire national contre l\u2019invasion des hordes barbares venues voler le travail dont les fran\u00e7ais ne veulent pas. Et un peu les allocations sociales, aussi. Elles ont pass\u00e9 la premi\u00e8re journ\u00e9e sans surveillance \u00e0 la pr\u00e9fecture du d\u00e9partement, dans une esp\u00e8ce de salle d\u2019attente dont tout d\u00e9linquant r\u00e9el, m\u00eame d\u00e9butant, n\u2019aurait eu aucun mal \u00e0 s\u2019\u00e9clipser, mais Oc\u00e9ane n\u2019est d\u00e9cid\u00e9ment pas de cette veine l\u00e0. Par deux fois, dans la jour\u00adn\u00e9e, on leur a amen\u00e9 une paire de sandwiches, assez peu adapt\u00e9s au r\u00e9gime nutritionnel normal d\u2019une petite fille, mais que C\u00e9cilia, avec l\u2019aide de sa m\u00e8re, a mang\u00e9 sans rien dire. Par deux fois, \u00e9galement, un petit bonhomme falot, trop gras et mal fagot\u00e9 est venu leur poser des questions afin de remplir sa liasse de formulaires Cerfa. Oc\u00e9ane a r\u00e9pondu \u00e0 toutes les questions. Il faut bien que tout le monde vive, non ? Puis on leur a allou\u00e9 une chambre pour la nuit, dans un h\u00f4tel voisin. La Bretagne n\u2019est pas confront\u00e9e au probl\u00e8me de l\u2019immigration clandestine de fa\u00e7on suffisamment cruciale pour que soit cr\u00e9\u00e9 un h\u00e9bergement sp\u00e9cial. Elle a par cons\u00e9quent recours \u00e0 la r\u00e9quisition. Un factionnaire a mont\u00e9 la garde dans le couloir, jusqu\u2019au petit matin. Elles ont alors eu droit \u00e0 un petit d\u00e9jeuner, avant qu\u2019une voiture de la gendarmerie ne vienne les prendre pour les emmener \u00e0 Paris. Apr\u00e8s six heures de route, elles ont \u00e9t\u00e9 livr\u00e9es comme des colis au personnel de r\u00e9ception d\u2019un centre de regroupement d\u2019immigr\u00e9s clandestins, en attente d\u2019expulsion. Depuis, elles attendent, sans rien faire, au milieu d\u2019une foule bigarr\u00e9e, tant par les v\u00eatements que par les couleurs de peau. Jamais, m\u00eame au Canada, Oc\u00e9ane ne s\u2019est sentie aussi am\u00e9rindienne qu\u2019aujourd\u2019hui. Elle est paria parmi les parias d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui cr\u00e8ve de trop manger, et qui se bat pour avoir plus encore. Pendant que C\u00e9cilia participe, timide\u00adment, aux jeux de ses petits compagnons d\u2019infortune, Oc\u00e9ane s\u2019enferme dans ses pens\u00e9es. Elle se pr\u00e9pare \u00e0 se battre en\u00adcore contre l\u2019adversit\u00e9 qui, depuis la disparition de Jonathan, la poursuit inlassablement de ses vicieuses assiduit\u00e9s, ne lui laissant, de temps en temps, que quelques semaines pour souffler, et pour reprendre espoir. Elle songe, avec tristesse, \u00e0 la renaissance avort\u00e9e de Jacques R\u00e9miniac, qui va sans doute retomber dans son lent suicide \u00e0 cause de cet \u00e9chec. Ils sont pourtant pass\u00e9s bien pr\u00e8s de la r\u00e9ussite, si elle en croit l\u2019excitation qui habitait le grand homme lors de son coup de fil de la veille, juste avant que ne d\u00e9barquent les gendarmes. Elle y a cru. Elle a voulu y croire, une fois de plus. Mais son histoire, d\u00e9cid\u00e9ment ne laisse gu\u00e8re de place au bonheur. Elle regarde C\u00e9cilia jouer, sagement assise par terre, et puise dans son d\u00e9sir de la prot\u00e9ger un restant d\u2019\u00e9nergie, pour affronter un futur qui s\u2019annonce bien sombre.<\/p>\n\n\n\n<p>********<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques a regagn\u00e9 le Manoir. Il a conduit sans dire un mot sa vieille voiture jusqu\u2019au garage, puis a laiss\u00e9 \u00e0 Maurice le soin de l\u2019y ranger, le temps d\u2019aller faire un brin de toilette. Il a ensuite retrouv\u00e9 le couple Martinez dans la cuisine o\u00f9 Marie, malgr\u00e9 des yeux rougis par les larmes qu\u2019elle verse sans presque discontinuer depuis vingt-quatre heures, a pr\u00e9par\u00e9 un solide en-cas. Mais personne, aujourd\u2019hui, n\u2019a vraiment d\u2019app\u00e9tit. Jacques, plus pour lui que pour eux, refait le r\u00e9cit de son p\u00e9riple qu\u00e9b\u00e9cois, comme s\u2019il s\u2019agissait de se convaincre que ce coup du sort ne peut \u00eatre qu\u2019un cauchemar engendr\u00e9 par la peur de gagner cette guerre qu&rsquo;entra\u00eene n\u00e9cessairement la proximit\u00e9 du but. Puis il abandonne ses deux vieux serviteurs et s\u2019enferme dans son bureau, comme il l\u2019a fait apr\u00e8s les disparitions successives de Martine et de Jonathan. De l\u00e0, il appelle le notaire, mais tombe sur son fac\u00e9tieux r\u00e9pondeur. Cette fois-ci, son vieil ami est v\u00e9ritablement absent. Il enregistre alors un laconique message qui d\u00e9crit sobrement la situation et raccroche. Enfin, il se prend la t\u00eate entre les mains et se met \u00e0 attendre.<\/p>\n\n\n\n<p>********<\/p>\n\n\n\n<p>Ma ch\u00e8re m\u00e8re me surprend au moment pr\u00e9cis o\u00f9 je m\u2019appr\u00eate \u00e0 rejoindre mon p\u00e8re dans son bureau. Depuis son retour au Manoir, je bous de ne pas pouvoir le rencontrer seul. Et voil\u00e0 que lorsque la situation se pr\u00e9sente enfin, elle d\u00e9bar\u00adque sans crier gare.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;\u201d Alors Jonathan, tout va comme tu le d\u00e9sires ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Martine, regarde-moi bien en face et repose ta question, s\u2019il te pla\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Donc, il y a un probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je peux savoir ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si tu n\u2019avais pas disparu sans crier gare, tu saurais.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Diable, c\u2019est que \u00e7a a l\u2019air s\u00e9rieux ! Tu me racontes, o\u00f9 il faut que je pose des questions ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oc\u00e9ane et C\u00e9cilia ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9es par les gendar\u00admes.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est f\u00e2cheux.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comment \u00e7a, f\u00e2cheux ? C\u2019est une vraie catastrophe, oui.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mon pauvre enfant, tu dramatises tout. Les gendarmes ne sont pas des tortionnaires, que je sache. Il ne peut rien leur arriver de bien grave.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais tu ne comprends donc rien ? Elles vont \u00eatre renvoy\u00e9es au Qu\u00e9bec, comme immigr\u00e9es clandestines, et vont, l\u00e0-bas, retomber dans les griffes de Dali !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je pense que mademoiselle di St\u00e9phano aura d\u2019autres chats \u00e0 fouetter, dans les semaines qui viennent.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Que veux-tu dire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019ai accompagn\u00e9 ton p\u00e8re, lors de son voyage, et je peux t\u2019affirmer qu\u2019il a fait du bon travail. Ta Dali est potentiel\u00adlement en bien f\u00e2cheuse posture. Je pense m\u00eame qu\u2019elle est cuite, si tu me pardonnes cette expression.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u2019abord, \u00e7a n\u2019est pas ma Dali. Et ensuite, comment fais-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u2019abord, \u201c\u00e7a\u201d l\u2019a \u00e9t\u00e9. Et ensuite, comment je fais quoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u2019abord, peut-\u00eatre, mais c\u2019est fini depuis suffisamment longtemps pour qu\u2019on n\u2019en parle plus. Et ensuite, comment fais-tu pour voyager ainsi ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c9coute, je te propose d\u2019essayer de ne traiter qu\u2019une question \u00e0 la fois, sinon on n\u2019arrivera \u00e0 rien.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u2019accord.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je commence donc ! En ce qui concerne cette demoi\u00adselle, je trouve que tu as une attitude un peu d\u00e9sinvolte, mon gar\u00e7on. S\u2019il n\u2019y avait jamais rien eu entre cette jeune femme et toi, nous n\u2019en serions pas l\u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Admettons. De toute fa\u00e7on, on ne peut pas revenir en arri\u00e8re. Quant au travail effectu\u00e9 par Papa, \u00e0 quoi veux-tu qu\u2019il serve, maintenant ? C\u2019est trop tard, tout est foutu.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quel langage ! Et quel d\u00e9faitisme ! Peux-tu me dire ce que risquent tes petites prot\u00e9g\u00e9es, exactement, \u00e0 part un rapide aller-retour pour leur pays d\u2019origine ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Premi\u00e8rement, je te rappelle que, de mes petites prot\u00e9\u00adg\u00e9es, pour reprendre ton expression, l\u2019une est ta petite-fille. Deuxi\u00e8mement, en vertu des nouvelles lois vot\u00e9es en France pour lutter contre l\u2019immigration clandestine, toute personne expuls\u00e9e de France pour y avoir s\u00e9journ\u00e9 de fa\u00e7on indue est condamn\u00e9e \u00e0 ne jamais pouvoir y revenir. Ce qui signifie, en clair, que si Oc\u00e9ane et C\u00e9cilia montent dans un avion pour le Canada dans ces circonstances, elles ne pourront jamais plus revenir en France.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est un d\u00e9tail que j\u2019ignorais. Mais a-t-il vraiment une grande importance ? Si Dali di St\u00e9phano n\u2019est plus en mesure de les ennuyer, ne seront-elles pas plus heureuses dans leur pays qu\u2019en exil ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je suis persuad\u00e9 du contraire, mais il est vrai que cette opinion n\u2019engage que moi. Quoi qu\u2019il en soit, elles ne seront plus libres de revenir, m\u00eame pour une courte visite. Et \u00e7a, c\u2019est de nature \u00e0 faire mourir Papa.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n\u2019avais pas vu les choses sous cet angle. O\u00f9 vas-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019ai besoin de lui parler.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jonathan ! Combien de fois faudra-t-il que je te rappelle que cette histoire ne te concerne pas !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est \u00e9trange, il y a cinq minutes \u00e0 peine, tu pr\u00e9tendais que j\u2019en \u00e9tais responsable. Allez, salut Martine, faut que j&rsquo;y aille. Tu m\u2019expliqueras un autre jour le truc que tu emploies pour te balader.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>********<\/p>\n\n\n\n<p>Ma\u00eetre Leclerc rentre d&rsquo;une soir\u00e9e passablement fatiguante. A son \u00e2ge, on se passerait volontiers de ce genre de corv\u00e9es mondaines, mais madame Leclerc n&rsquo;est pas octog\u00e9\u00adnaire, elle, loin s&rsquo;en faut. Elle est m\u00eame, pour quelques mois encore, plus proche de la quarantaine que du demi-si\u00e8cle, et supporterait difficilement de vivre coinc\u00e9e dans ses pantoufles aupr\u00e8s d&rsquo;un mari g\u00e2teux. D&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est pour son dynamisme et sa joie de vivre qu&rsquo;elle a \u00e9pous\u00e9 le notaire. Il aurait mauvaise gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;oublier, d&rsquo;autant qu&rsquo;elle est une \u00e9pouse parfaite, \u00e0 tous points de vue. Il accepte donc de bon c\u0153ur ces quelques sorties mensuelles, et s&rsquo;amuse des mines atterr\u00e9es que provoquent ses r\u00e9parties un peu lestes chez les gens de son \u00e2ge. Il est content, malgr\u00e9 tout, de retrouver ensuite le calme de son appartement, et go\u00fbte en g\u00e9n\u00e9ral par anticipation, d\u00e8s l&rsquo;ascenseur, le bonheur de se glisser sous la couette.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en d\u00e9boutonnant son gilet, et en d\u00e9faisant son n\u0153ud papillon, v\u00e9ritablement nou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ancienne, il passe, par habitude, le nez \u00e0 la porte de son bureau, avant de se pr\u00e9parer \u00e0 rejoindre son \u00e9pouse au lit. Une petite lampe rouge clignote sur le r\u00e9pondeur t\u00e9l\u00e9phonique, indiquant qu&rsquo;une personne, au moins, ne s&rsquo;est pas laiss\u00e9 d\u00e9monter par son original accueil. \u00c9tonn\u00e9, le vieil homme d\u00e9clenche l&rsquo;appareil, qui lui livre dans toute sa s\u00e9cheresse le message de son ami. Ma\u00eetre Leclerc est un homme d\u00e9cid\u00e9. Il rejoint aussit\u00f4t sa femme, lui demande de lui pr\u00e9parer une valise pour quelques jours, pendant qu\u2019il prendra une douche rapide. Elle ne s&rsquo;\u00e9tonne de rien et obtemp\u00e8re, connaissant suffisamment son mari pour savoir qu&rsquo;il ne sert \u00e0 rien de l&rsquo;interroger. Il lui racontera tout \u00e0 son retour, s\u2019il en ressent l\u2019envie. Quelques instants plus tard, la valise est pr\u00eate. Le notaire, ras\u00e9 de pr\u00e8s malgr\u00e9 l&rsquo;heure, s&rsquo;isole un court instant dans son bureau, d&rsquo;o\u00f9 il passe un rapide appel t\u00e9l\u00e9phonique. Puis il rejoint son garage, et r\u00e9veille sa vieille voiture pour lui faire prendre la route de la Bretagne. Si tout se passe bien, il arrivera au Manoir pour le petit d\u00e9jeuner.<\/p>\n\n\n\n<p>********<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai jamais vu mon p\u00e8re dans cet \u00e9tat. Il para\u00eet avoir pris vingt ans en quatre jours. Le teint gris, le cheveu en bataille, le rictus amer, les rides profondes entre les sourcils, les yeux rougis, s\u2019unissent pour donner de lui l\u2019image d\u2019un vieil homme compl\u00e8tement d\u00e9sabus\u00e9 que l\u2019espoir a abandonn\u00e9. J\u2019ai toujours trouv\u00e9 que mon p\u00e8re manquait d\u2019humanit\u00e9, et je d\u00e9couvre, aujourd&rsquo;hui, que cette humanit\u00e9 est inn\u00e9e chez tout \u00eatre, et que seule l\u2019attitude sociale derri\u00e8re laquelle nous nous abritons est capable de la masquer. Quand dispara\u00eet ce syst\u00e8me de d\u00e9fense, \u00e0 l\u2019abri des regards indiscrets, le plus s\u00e9v\u00e8re des hommes redevient un \u00eatre fragile et nu, dans son humanit\u00e9. L\u2019homme avachi sur son bureau n\u2019est pas le p\u00e8re aust\u00e8re avec qui j\u2019ai partag\u00e9 pendant tant d\u2019ann\u00e9es une incommunicabilit\u00e9 r\u00e9ciproque. C\u2019est le p\u00e8re que j\u2019aurais sans doute voulu rencontrer plus t\u00f4t, celui \u00e0 qui j\u2019ai envie de parler, celui de qui j\u2019ai envie de recevoir des r\u00e9ponses. Il est moins beau que l\u2019autre sans doute, il a moins de prestance. Et alors, la belle affaire vraiment ! Celui-l\u00e0, je lis d\u00e9j\u00e0 dans son pauvre regard qu\u2019il me comprend. Il n\u2019a rien \u00e0 prouver, rien \u00e0 enseigner, mais tout \u00e0 partager.<\/p>\n\n\n\n<p>\u201c- Salut P\u2019pa. Tu n\u2019as pas l\u2019air en grande forme, dis donc.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est toi Jonathan ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ben oui, qui veux-tu que ce soit ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n\u2019avais donc pas r\u00eav\u00e9, la premi\u00e8re fois ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, tu n\u2019avais pas r\u00eav\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est compl\u00e8tement fou, \u00e7a. Alors, tu es un&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Fant\u00f4me ? Ouais, si tu veux. Les choses sont en fait un peu plus compliqu\u00e9es. Disons que je fais un court s\u00e9jour pour essayer de nettoyer un peu le b&#8230;azar que j\u2019ai laiss\u00e9 derri\u00e8re moi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a, j\u2019avoue que&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Stop ! Je n\u2019\u00e9tais au courant de rien. On n\u2019en parle pas, sinon on va encore s\u2019eng&#8230; se disputer, ce qui ne sert \u00e0 rien. Partons de la situation telle que nous la connaissons tous les deux, et raconte-moi un peu ce qui t\u2019a fait rester si longtemps absent.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019ai fait aussi vite que j\u2019ai pu, je te l&rsquo;assure. Et m\u00eame si je m\u2019en \u00e9tais tenu au plan originel, je serais rentr\u00e9 trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Trop tard pour les emp\u00eacher de les emmener, sans doute, mais peut-\u00eatre pas pour les r\u00e9cup\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu te leurres, mon gar\u00e7on. Personne, en France, ne peut grand chose contre l\u2019administration. C\u2019est une \u00e9norme incongruit\u00e9 qui se nourrit de son propre immobilisme au point d\u2019opposer \u00e0 tous, aujourd\u2019hui, une inertie qui semble infinie. M\u00eame les hommes politiques les plus puissants s\u2019y sont cass\u00e9 les dents, alors moi, tu penses ! Les rouages de la machine se sont mis en branle, rien ne pourra plus les arr\u00eater. Nous ne sommes pourtant pas pass\u00e9s bien loin du succ\u00e8s. Je pense que Dali di St\u00e9phano ne se remettra pas du pi\u00e8ge que je lui ai tendu, avec l\u2019active complicit\u00e9 de ton ami Jean.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ainsi c\u2019est donc Jean qui a repris le flambeau ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui c\u2019est lui. Il a contact\u00e9 Dali quelques semaines apr\u00e8s ta disparition, et elle lui a demand\u00e9 de prendre ta place. Au d\u00e9but, Jean pensait n\u2019assurer qu\u2019un int\u00e9rim. Et puis, Dali ayant fait faire des recherches, il a appris ta mort. \u00c7a lui a fil\u00e9 un coup, tu sais.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je m\u2019en doute. Sacr\u00e9 P\u2019tit Jean. Au fond, c\u2019est bien que ce soit lui qui continue. C\u2019est vraiment un boulot dans ses cordes.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u2019autant qu\u2019il va pouvoir s\u2019affranchir de Dali, maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Explique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Plus tard. Dis-moi d\u2019abord une chose. Je viens de passer quelques semaines \u00e0 me frotter \u00e0 ton pass\u00e9, et une chose m\u2019intrigue. Pourquoi as-tu cloisonn\u00e9 ta vie de cette mani\u00e8re ? Jean, qui pr\u00e9tend que tu le consid\u00e9rais comme son petit fr\u00e8re ne conna\u00eet Oc\u00e9ane que par tes r\u00e9cits, et elle ne sait m\u00eame pas qu\u2019il existe. Seul, le vieux Georgie parait r\u00e9ellement te conna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n\u2019ai pas d\u2019explication \u00e0 tout \u00e7a. A vrai dire, je n\u2019y ai jamais pens\u00e9. Je crois que j\u2019avais tout b\u00eatement peur de m\u2019engager, en amour comme en amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Admettons. On ne peut plus y changer grand-chose de toute mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est dommage. Maintenant que tu m\u2019y fais penser, je crois que j\u2019aurais aim\u00e9 qu\u2019ils se rencontrent tous les deux.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il n\u2019est peut-\u00eatre pas trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Que veux-tu dire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oc\u00e9ane et C\u00e9cilia sont in\u00e9luctablement condamn\u00e9es \u00e0 retourner \u00e0 Qu\u00e9bec, et elles ne pourront plus revenir en France. Jean pourrait nous servir de correspondant l\u00e0-bas, et prendre soin d\u2019elles en notre nom. Qu\u2019en penses-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019en pense qu\u2019une fois de plus, tu jettes l\u2019\u00e9ponge trop vite. Elles n\u2019ont pas encore quitt\u00e9 la France, P&rsquo;pa, et je pr\u00e9f\u00e9re\u00adrais que P\u2019tit Jean vienne ici, au Manoir, pour faire leur connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Le moins que l&rsquo;on puisse dire, c&rsquo;est que tu es plut\u00f4t but\u00e9, pour un mort.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tr\u00e8s dr\u00f4le !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mets-toi bien dans le cr\u00e2ne que l&rsquo;on ne peut plus rien pour Oc\u00e9ane et C\u00e9cilia maintenant, \u00e0 moins d&rsquo;organiser une sorte de commando suicide et de prendre d&rsquo;assaut une \u00e0 une toutes les prisons de la capitale.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu vois bien qu&rsquo;il existe une solution !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu parles d&rsquo;une solution !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ce que je veux dire, c&rsquo;est que tant que le dernier coup n&rsquo;est pas jou\u00e9, on ne peut conna\u00eetre le vainqueur. S&rsquo;il existe une solution, m\u00eame stupide, rien ne prouve qu&rsquo;elle soit unique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu as une id\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Peut-\u00eatre, mais j&rsquo;aimerais que tu trouves tout seul. R\u00e9fl\u00e9chis un peu.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; A quoi joues-tu, Jo ? Si tu as une id\u00e9e, fais m&rsquo;en part, et mettons l\u00e0 \u00e0 ex\u00e9cution.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est un peu plus complexe que tu sembles l&rsquo;imaginer, mon cher p\u00e8re. Je suis mort, tu te souviens ? Les morts ne doivent pas se m\u00ealer des affaires des vivants.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qui le saura ? Personne !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si, toi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La belle affaire !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quand tout \u00e7a sera fini, pour peu que nous y arrivions, il faudra que tu m&rsquo;oublies.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Parce que tu crois que&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je veux dire, que tu oublies que nous avons communi\u00adqu\u00e9 par-del\u00e0 la mort. Ces trucs l\u00e0, tu sais bien que \u00e7a n&rsquo;existe pas. Si je te donne ma solution, et que tu passes ensuite des ann\u00e9es aupr\u00e8s de mes petites canadiennes, il ne se passera pas de journ\u00e9e sans que tu ne songes \u00e0 cette soir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et quand bien m\u00eame. Je sais tenir ma langue. Personne n&rsquo;en saura jamais rien.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Personne ici, peut-\u00eatre. Mais l\u00e0-haut, ils ne seront pas dupes, alors, mon grand voyage, je peux me l&rsquo;accrocher ou je pense.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Parce que c&rsquo;est ainsi que \u00e7a marche.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Franchement, je n&rsquo;en sais rien. Je crois que j&rsquo;en ai d\u00e9j\u00e0 trop fait. Mais on ne sait jamais. Il reste peut-\u00eatre un espoir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c9coute, si tel est le cas, je te comprends, et je veux bien essayer de jouer le jeu. Mais je ne sais vraiment pas par quel bout prendre le probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quand j&rsquo;\u00e9tais gosse, tu m&rsquo;as appris un jour une chose qui m&rsquo;a, ensuite servi toute ma vie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Laquelle ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Souviens-toi. C&rsquo;\u00e9tait un dimanche. Je devais avoir une douzaine d&rsquo;ann\u00e9e, et je s\u00e9chais lamentablement face \u00e0 une dissertation \u00e0 rendre le lendemain. Comme d&rsquo;habitude, tu t&rsquo;\u00e9tais enferm\u00e9 dans ce bureau, et c&rsquo;est Marie qui me faisait faire mes devoirs. Mais la pauvre Marie n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re plus inspi\u00adr\u00e9e que moi. Nous tournions sans fin la phrase de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 dans nos t\u00eates vides, sans trouver la moindre id\u00e9e pour commencer \u00e0 d\u00e9rouler le fil d&rsquo;une quelconque pens\u00e9e. Et puis tu es descendu prendre ton th\u00e9. Tu te rappelles dis ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pas pr\u00e9cis\u00e9ment. J&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;entendre la descrip\u00adtion assez banale d&rsquo;un dimanche ordinaire de l&rsquo;\u00e9poque. Il m&rsquo;est tout de m\u00eame arriv\u00e9 plusieurs fois de venir au secours de Marie quand elle n&rsquo;\u00e9tait plus capable de v\u00e9rifier tes devoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est exact. Seulement, cette fois l\u00e0, tu ne m&rsquo;as pas donn\u00e9 d&rsquo;id\u00e9e, ou de solution toute faite. Tu m&rsquo;as fait monter dans ce bureau, tu m&rsquo;as install\u00e9 \u00e0 ta place, et, tout en marchant de long en large, tu m&rsquo;as donn\u00e9 une m\u00e9thode.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Une m\u00e9thode ? Du diable si je m&rsquo;en souviens !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Elle \u00e9tait pourtant bien, cette m\u00e9thode. Je m&rsquo;en suis servi toute ma vie, d\u00e8s que j&rsquo;avais un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une dissertation, ou d&rsquo;une d\u00e9cision \u00e0 prendre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu peux me rafra\u00eechir la m\u00e9moire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ouais. Tu m&rsquo;as dit, je cite : premi\u00e8rement, posons-nous la bonne question. Quelle est-elle ? L\u00e0, je t&rsquo;ai relu l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 du devoir. Alors tu as continu\u00e9 : que veut dire la phrase que tu viens de me lire ? M&rsquo;as-tu demand\u00e9. Comme je ne r\u00e9pondais pas, tu as poursuivi : reprenons, un \u00e0 un, les mots qui compo\u00adsent cette phrase, et cherchons les sens qu&rsquo;ils peuvent prendre. De cette analyse, naturellement, na\u00eetront les bonnes questions. Puis tu as d\u00e9cortiqu\u00e9 le texte, mot \u00e0 mot, avec moi. Sans rien dire d&rsquo;autre, et tu m&rsquo;as laiss\u00e9 r\u00e9diger, l\u00e0, sur ce bureau. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 ma premi\u00e8re vraie bonne note de Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D&rsquo;accord. Posons-nous la bonne question. Quelle est-elle ? Comment faire pour emp\u00eacher qu&rsquo;Oc\u00e9ane et C\u00e9cilia ne soient renvoy\u00e9es au Qu\u00e9bec ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Faux ! Cette question, c&rsquo;est la d\u00e9finition de ton impasse. tu vas tourner en rond d&rsquo;une solution impossible \u00e0 une id\u00e9e ridicule. Il faut remonter encore plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais o\u00f9, bon sang, veux-tu me faire remonter ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; A l&rsquo;origine du probl\u00e8me. Quel est le probl\u00e8me ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; L&rsquo;expulsion de France de ta fille et de sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Gagn\u00e9. Quelle est alors la bonne question ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne vois pas.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pourquoi sont-elles expuls\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est stupide. Elles sont expuls\u00e9es parce que leurs papiers ne sont plus en r\u00e8gle et que nous vivons dans un monde de dingues !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu te laisses emporter. Ce n&rsquo;est pas ainsi que tu trouve\u00adra la r\u00e9ponse. Tu ne remontes pas encore assez loin. Pourquoi sont-elles expuls\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je viens de te le dire !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Remonte encore.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Elles sont expuls\u00e9es parce que ce sont des \u00e9trang\u00e8res en situation irr\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bien. D\u00e9composons cette phrase, qui comporte deux id\u00e9es. La seconde, c&rsquo;est qu&rsquo;elles sont en situation irr\u00e9guli\u00e8re. Elle n&rsquo;existe que parce que la premi\u00e8re existe. Ce sont des \u00e9trang\u00e8res. Si nous faisons dispara\u00eetre cet aspect de la question, le probl\u00e8me n&rsquo;existe plus.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;ai du mal \u00e0 te suivre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est pourtant simple, il suffit d&rsquo;\u00e9couter. Si Oc\u00e9ane et C\u00e9cilia cessent d&rsquo;\u00eatre des \u00e9trang\u00e8res, elles ne peuvent plus \u00eatre en situation irr\u00e9guli\u00e8re, et donc, on ne peut plus les expul\u00adser.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Belle d\u00e9monstration, en v\u00e9rit\u00e9. Si tu songes \u00e0 une natu\u00adralisation, je pr\u00e9f\u00e8re te pr\u00e9venir tout de suite que tu peux faire une croix dessus. C&rsquo;est une proc\u00e9dure qui demande un temps certain, et qui est inaccessible aux d\u00e9linquants. Or, pour dire les choses cr\u00fbment, Oc\u00e9ane, aux yeux de la loi fran\u00e7aise, est une d\u00e9linquante.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et si je ne songe pas \u00e0 une naturalisation ? N&rsquo;existe-t-il donc aucun autre moyen d&rsquo;obtenir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise ? Pour ma part, j&rsquo;en vois au moins trois.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Trois ? Et lesquels, bon sang ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comment font les \u00e9trangers en situation irr\u00e9guli\u00e8re qui veulent rester en France ? Allons, fais un petit effort. On en parle r\u00e9guli\u00e8rement dans les journaux et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Il existe m\u00eame de v\u00e9ritables r\u00e9seaux qui organisent ce trafic.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu veux parler des mariages blancs.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Blancs ou pas, peu importe. C\u2019est le mot \u201cmariage\u201d qui est important.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et qui veux-tu que nous trouvions pour \u00e9pouser Oc\u00e9ane, en si peu de temps ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne sais pas, moi. Un veuf, sans enfant, qui souhaite\u00adrait \u00e9gayer un peu sa solitude.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non mais tu vas bien ? Tu l\u2019imagines, cette gamine, mari\u00e9e \u00e0 un homme qui pourrait \u00eatre son p\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Depuis le temps qu\u2019elle le cherche, son p\u00e8re !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et tu me vois, moi, me pavaner au bras d\u2019une jeunesse, devant la bourgeoisie du coin. J\u2019aurais l\u2019air fin !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu ne crois pas que tu forces un peu le trait, l\u00e0 ? Oc\u00e9ane a pass\u00e9 la trentaine, et tu n\u2019es pas encore sexag\u00e9\u00adnaire. L\u2019\u00e9cart existe, c\u2019est vrai, mais il n\u2019est pas aussi large que tu sembles le croire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De toute mani\u00e8re, c\u2019est impossible. Le temps de publier les bans, elle sera d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9e au Canada. Et puis, je suppose que des dispositions l\u00e9gislatives interdisent le mariage aux \u00e9trangers qui se sont fait pincer.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne suis pas juriste, mais je veux bien admettre que cette remarque para\u00eet frapp\u00e9e au coin du bon sens. Abandon\u00adnons donc cette id\u00e9e. Ce n\u2019est pas tr\u00e8s important, il reste encore deux possibilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne vois toujours pas.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vais \u00eatre sympa avec toi, et mettre \u00e7a sur le compte de la fatigue du voyage. Si je te dis que l\u2019une des caract\u00e9risti\u00adques d\u2019Oc\u00e9ane, c\u2019est d\u2019\u00eatre n\u00e9e de p\u00e8re et de m\u00e8re inconnus, qu\u2019est-ce que \u00e7a t\u2019inspire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je sais cela, et \u00e7a ne m\u2019inspire pas grand chose.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; M\u00eame si tu replaces cette information dans le contexte de notre discussion ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Attends un peu. P\u00e8re et m\u00e8re inconnus plus nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e9gale&#8230; Adoption !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu voudrais que j\u2019adopte Oc\u00e9ane ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qu\u2019en penses-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne sais pas trop. Il faut que je r\u00e9fl\u00e9chisse. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, C\u00e9cilia deviendra ainsi officiellement ma petite fille, et il n\u2019y aurait aucun sous-entendu \u00e0 l\u2019installation d\u00e9finitive d\u2019Oc\u00e9ane au manoir. \u00c7a ne me semble pas sot, \u00e0 condition qu\u2019Oc\u00e9ane accepte.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et pourquoi refuserait-elle ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu dois savoir aussi bien que moi que ton amie est dot\u00e9e d\u2019un temp\u00e9rament, comment dire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Fort ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Le mot est simple, mais il convient assez bien. Donc, si elle estime qu\u2019elle n\u2019est pas en droit d\u2019accepter, ou qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un sacrifice de ma part, elle refusera cette solution, et rien ne saura la faire changer d\u2019avis.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il suffirait de lui dire que c\u2019est la seule solution existante pour que C\u00e9cilia rentre dans ses droits.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu as raison. C\u2019est exactement ce qu\u2019il faut lui dire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ben non.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comment \u00e7a, non ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a ne peut pas marcher.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et pourquoi donc ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pour les raisons qui rendent \u00e9galement le mariage impossible, mon cher p\u00e8re. L\u2019administration, grande consommatrice de temps et de papiers.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019\u00e9tait trop beau. J\u2019y ai vraiment cru un moment. Alors ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Alors, il reste la derni\u00e8re solution.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>********<\/p>\n\n\n\n<p>La vieille Jaguar fait crisser le gravier de l\u2019all\u00e9e en venant se garer devant le perron du Manoir. Le notaire en sort, frais comme une rose malgr\u00e9 presque cinq cents kilom\u00e8tres de route, avec, dans la main droite, un pochon de papier plein de croissants encore ti\u00e8des, cueillis en passant juste \u00e0 l\u2019ouverture de la boulangerie du village. Malgr\u00e9 l\u2019heure matinale, la maisonn\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 debout, et Maurice vient accueillir les visiteurs avant m\u00eame que ma\u00eetre Leclerc n\u2019ait eu le temps de sonner. Jacques arrive sur ses talons.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u201c Ma\u00eetre Leclerc ! Vous avez un don de divination, mon cher, je m\u2019appr\u00eatais justement \u00e0 vous appeler.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019ai pris la route aussit\u00f4t apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 le message que vous avez laiss\u00e9 sur mon r\u00e9pondeur. La situation est critique, Jacques, il va falloir agir tr\u00e8s vite.\u201d lui r\u00e9pond le notaire en brandissant son sac de croissants. Jacques l\u2019en d\u00e9barrasse, et dit :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u201c Vous devez \u00eatre \u00e9reint\u00e9, apr\u00e8s une nuit de route. Venez prendre un caf\u00e9. Mais, auparavant, verriez-vous, mon cher ami, un inconv\u00e9nient \u00e0 me pr\u00e9senter la personne qui vous accompagne ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme, qui s\u2019est jusque l\u00e0 tenu derri\u00e8re le notaire, fait un pas de c\u00f4t\u00e9 pour se rendre visible. Il para\u00eet avoir, tout au plus, une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, et pr\u00e9sente un visage avenant, aux yeux p\u00e9tillants d\u2019intelligence.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah, c\u2019est vrai, o\u00f9 ai-je la t\u00eate ? Jacques, je vous pr\u00e9sente ma\u00eetre Leclerc, avocat. Et oui, C\u2019est l&rsquo;a\u00een\u00e9 de mes enfants. J\u00e9r\u00f4me, je te pr\u00e9sente mon vieil ami, Jacques R\u00e9miniac.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Enchant\u00e9 de faire enfin votre connaissance, monsieur.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi de m\u00eame, ma\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Appelez-moi J\u00e9r\u00f4me, je vous en prie. J\u2019entends parler de vous depuis mon enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dites-moi donc, ma\u00eetre Leclerc p\u00e8re, je vous connaissais trois filles, mais j&rsquo;ignorais que vous aviez \u00e9galement un fils !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u00e9r\u00f4me est l&rsquo;unique enfant que j\u2019ai eu de mon premier mariage, et il a v\u00e9cu avec sa m\u00e8re apr\u00e8s notre s\u00e9paration. Comme je vous sais ennemi du divorce, et que c&rsquo;est une histoire qui date d&rsquo;avant notre rencontre, je n&rsquo;ai pas \u00e9prouv\u00e9 le besoin de vous en parler, c&rsquo;est tout. Pouvons-nous esp\u00e9rer nous sustenter, maintenant ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais oui, bien s\u00fbr, venez.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>chapitre 24 L&rsquo;avocat Je tra\u00eene ma col\u00e8re sans fin dans les limbes depuis hier matin, sans pouvoir trouver quiconque \u00e0 qui me plaindre ou me confier. Martine, ma ch\u00e8re Maman, a disparu comme par enchantement. Mon histoire, sans doute, ne l&rsquo;int\u00e9resse plus. Et puis, je crois que nous n&rsquo;avons pas grand chose \u00e0 nous dire. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[64],"tags":[],"class_list":["post-1879","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-feuilleton"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Les carnets de Jonathan - \u00e9pisode 24 - Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"24e \u00e9pisode du feuilleton &quot;les carnets de Jonathan&quot;. C&#039;est le branle-bas de combat dans l&#039;\u00e9quipe pour essayer de sauver des canadiennes.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Les carnets de Jonathan - \u00e9pisode 24 - Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"24e \u00e9pisode du feuilleton &quot;les carnets de Jonathan&quot;. C&#039;est le branle-bas de combat dans l&#039;\u00e9quipe pour essayer de sauver des canadiennes.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2024-08-30T12:21:02+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-08-30T12:21:04+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"26 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?p=1879#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?p=1879\"},\"author\":{\"name\":\"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/d0c76b8e868b8ac437c6cdda87d66057\"},\"headline\":\"Les carnets de Jonathan &#8211; \u00e9pisode 24\",\"datePublished\":\"2024-08-30T12:21:02+00:00\",\"dateModified\":\"2024-08-30T12:21:04+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?p=1879\"},\"wordCount\":5840,\"commentCount\":0,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/#organization\"},\"articleSection\":[\"Feuilleton\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"CommentAction\",\"name\":\"Comment\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?p=1879#respond\"]}]},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?p=1879\",\"url\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?p=1879\",\"name\":\"Les carnets de Jonathan - \u00e9pisode 24 - Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2024-08-30T12:21:02+00:00\",\"dateModified\":\"2024-08-30T12:21:04+00:00\",\"description\":\"24e \u00e9pisode du feuilleton \\\"les carnets de Jonathan\\\". C'est le branle-bas de combat dans l'\u00e9quipe pour essayer de sauver des canadiennes.\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?p=1879#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?p=1879\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?p=1879#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Les carnets de Jonathan &#8211; \u00e9pisode 24\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/\",\"name\":\"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\",\"description\":\"Une journ\u00e9e sans rire est une journ\u00e9e perdue\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/#organization\",\"name\":\"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\",\"url\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/12\\\/cropped-Logo-PiN-mini.webp\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/12\\\/cropped-Logo-PiN-mini.webp\",\"width\":90,\"height\":80,\"caption\":\"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"}},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/d0c76b8e868b8ac437c6cdda87d66057\",\"name\":\"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/9040020ed1f29ca2c6b219108a9f76508fca70be51f8b90b0074e0802ccc3603?s=96&d=mm&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/9040020ed1f29ca2c6b219108a9f76508fca70be51f8b90b0074e0802ccc3603?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/9040020ed1f29ca2c6b219108a9f76508fca70be51f8b90b0074e0802ccc3603?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec\"},\"sameAs\":[\"http:\\\/\\\/pierre-yves-nedelec.fr\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Les carnets de Jonathan - \u00e9pisode 24 - Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","description":"24e \u00e9pisode du feuilleton \"les carnets de Jonathan\". C'est le branle-bas de combat dans l'\u00e9quipe pour essayer de sauver des canadiennes.","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Les carnets de Jonathan - \u00e9pisode 24 - Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","og_description":"24e \u00e9pisode du feuilleton \"les carnets de Jonathan\". C'est le branle-bas de combat dans l'\u00e9quipe pour essayer de sauver des canadiennes.","og_url":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879","og_site_name":"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","article_published_time":"2024-08-30T12:21:02+00:00","article_modified_time":"2024-08-30T12:21:04+00:00","author":"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"26 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879"},"author":{"name":"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/#\/schema\/person\/d0c76b8e868b8ac437c6cdda87d66057"},"headline":"Les carnets de Jonathan &#8211; \u00e9pisode 24","datePublished":"2024-08-30T12:21:02+00:00","dateModified":"2024-08-30T12:21:04+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879"},"wordCount":5840,"commentCount":0,"publisher":{"@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/#organization"},"articleSection":["Feuilleton"],"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"CommentAction","name":"Comment","target":["https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879#respond"]}]},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879","url":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879","name":"Les carnets de Jonathan - \u00e9pisode 24 - Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","isPartOf":{"@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/#website"},"datePublished":"2024-08-30T12:21:02+00:00","dateModified":"2024-08-30T12:21:04+00:00","description":"24e \u00e9pisode du feuilleton \"les carnets de Jonathan\". C'est le branle-bas de combat dans l'\u00e9quipe pour essayer de sauver des canadiennes.","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1879#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Les carnets de Jonathan &#8211; \u00e9pisode 24"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/#website","url":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/","name":"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","description":"Une journ\u00e9e sans rire est une journ\u00e9e perdue","publisher":{"@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/#organization","name":"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","url":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/cropped-Logo-PiN-mini.webp","contentUrl":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/cropped-Logo-PiN-mini.webp","width":90,"height":80,"caption":"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec"},"image":{"@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/#\/schema\/logo\/image\/"}},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/#\/schema\/person\/d0c76b8e868b8ac437c6cdda87d66057","name":"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/9040020ed1f29ca2c6b219108a9f76508fca70be51f8b90b0074e0802ccc3603?s=96&d=mm&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/9040020ed1f29ca2c6b219108a9f76508fca70be51f8b90b0074e0802ccc3603?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/9040020ed1f29ca2c6b219108a9f76508fca70be51f8b90b0074e0802ccc3603?s=96&d=mm&r=g","caption":"Pierre-Yves N\u00e9d\u00e9lec"},"sameAs":["http:\/\/pierre-yves-nedelec.fr"]}]}},"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1879","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1879"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1879\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1880,"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1879\/revisions\/1880"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1879"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1879"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1879"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}