{"id":1876,"date":"2024-08-23T13:51:57","date_gmt":"2024-08-23T11:51:57","guid":{"rendered":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1876"},"modified":"2024-08-23T13:53:13","modified_gmt":"2024-08-23T11:53:13","slug":"carnets-de-joinathan-episode-23","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1876","title":{"rendered":"Les carnets de Jonathan &#8211; \u00e9pisode 23"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>chapitre 23<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Retour en france<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le notaire fait les cent pas dans le hall de l&rsquo;a\u00e9rogare, et trahit ainsi une nervosit\u00e9 rare chez lui. Il prend particuli\u00e8rement l&rsquo;affaire \u00e0 c\u0153ur, car il la sent cruciale pour l&rsquo;avenir de son ami. S&rsquo;ils r\u00e9ussissent, c&rsquo;est s\u00fbr, Jacques retrouvera d\u00e9finitivement son entrain, et cette joie de vivre que peu sont capables de d\u00e9celer sous son apparence aust\u00e8re, mais que le notaire appr\u00e9cie en connaisseur, go\u00fbtant tout particuli\u00e8rement la capacit\u00e9 qu&rsquo;a le grand homme \u00e0 prononcer les \u00e9normit\u00e9s les plus incongrues sans se d\u00e9partir de son air de ne pas y toucher. Le vieil homme doit ainsi \u00e0 Jacques les plus grands fous rires de sa vie, moments d&rsquo;une joie intense encore d\u00e9cupl\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tonnement feint de son ami devant ces brusques acc\u00e8s d&rsquo;hilarit\u00e9. Ces s\u00e9ances manquent cruellement \u00e0 ma\u00eetre Leclerc qui, lucide sous son masque d&rsquo;insouciance, sent bien que s&rsquo;il veut rire encore, il vaut mieux ne pas tra\u00eener. Il sait aussi, h\u00e9las, qu&rsquo;un \u00e9chec plongerait in\u00e9luctablement son ami dans un d\u00e9sespoir sans fond, une tristesse aussi inexorable que muette, que ma\u00eetre Leclerc redoute d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques lui a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9, la veille, en milieu de journ\u00e9e, heure de Paris, c&rsquo;est \u00e0 dire au petit matin \u00e0 Qu\u00e9bec, pour lui indiquer simplement qu&rsquo;il d\u00e9calait son voyage de retour de vingt-quatre heures, avec pour seule explication le fait que le projet \u00e9tait un peu plus complexe que pr\u00e9vu \u00e0 monter. Ma\u00eetre Leclerc a cru sentir de l&rsquo;excitation dans la voix du grand homme, mais n&rsquo;\u00e9tait-ce pas seulement une impression, un espoir t\u00e9nu auquel il cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 s&rsquo;accrocher, comme un naufrag\u00e9 \u00e0 son \u00e9pave ? Calme de nature, peu sujet aux crises d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, le notaire se reconna\u00eet \u00e0 peine quand il croise son replet reflet dans le miroir d&rsquo;une vitrine. Une voix langoureuse comme une poup\u00e9e gonflable vient, par-dessus le march\u00e9, d&rsquo;annoncer que le vol de Jacques aurait une demi-heure de retard. R\u00e2lant d&rsquo;impuissance, le notaire en profite pour acheter le dernier num\u00e9ro du Canard Encha\u00een\u00e9. L&rsquo;\u00e9talage des turpitudes, r\u00e9elles sans doute, mais surtout bien mises en sc\u00e8ne, des notabilit\u00e9s du pays, r\u00e9ussit d&rsquo;ordinaire \u00e0 le divertir. Aujourd&rsquo;hui, rien n&rsquo;y fait, et la feuille \u00e0 peine ouverte est grossi\u00e8rement repli\u00e9e et fourr\u00e9e sans m\u00e9nagement dans une poche de son imperm\u00e9able, charge \u00e0 madame Leclerc de l&rsquo;en d\u00e9barrasser ult\u00e9rieurement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vol Air Canada, en provenance de Montr\u00e9al, arrive enfin. Jacques est l&rsquo;un des tout premiers passagers \u00e0 d\u00e9barquer, privil\u00e8ge des clients de la classe affaire. Le notaire, coinc\u00e9 dans la zone d&rsquo;attente, doit encore ronger son frein plusieurs interminables minutes avant que son ami puisse r\u00e9cup\u00e9rer son bagage, et franchir le contr\u00f4le douanier. Durant tout ce temps, le vieil homme essaie de lire sur le visage de Jacques une quelconque expression, mais c&rsquo;est en pure perte. La distance qui les s\u00e9pare encore est trop importante pour sa vue d\u00e9ficiente. Quand le grand homme se pr\u00e9sente devant lui, le notaire se crispe. Le visage de son ami est soucieux, tendu. Ils se serrent la main, et aussit\u00f4t ma\u00eetre Leclerc demande :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Quelque chose ne va pas, Jacques ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;ai faim !\u00a0\u00bb r\u00e9pond l&rsquo;autre, l&rsquo;air terrible.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Comment donc, on ne sert plus \u00e0 manger, dans ces oiseaux l\u00e0 ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous voulez parler de ces victuailles dont on peut l\u00e9gitimement se demander si elles ne sortent pas directement de la m\u00eame machine \u00e0 injecter le plastique que le plateau qui les supporte ? Je n&rsquo;appelle pas \u00e7a manger, ma\u00eetre, surtout quand on sait qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e, on peut compter sur ce somptueux carnet d&rsquo;adresses que vous tenez serr\u00e9 dans la poche int\u00e9rieure droite de votre veston.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>A ces mots, le notaire part d&rsquo;un gigantesque \u00e9clat de rire. Il s&rsquo;est, une fois de plus, laiss\u00e9 berner par Jacques, et appr\u00e9cie aujourd&rsquo;hui doublement la situation. Si son ami le chambre de cette mani\u00e8re, c&rsquo;est que tout va bien. Mais avant d&rsquo;avoir la moindre nouvelle d&rsquo;outre-Atlantique, ma\u00eetre Leclerc sait qu&rsquo;il lui faut accepter de jouer le jeu jusqu&rsquo;au bout. Il extrait donc le fameux carnet de la poche en question, et s\u00e9lectionne avec soin l&rsquo;adresse d&rsquo;un de ces restaurants qu&rsquo;ils affectionnent tous deux. Puis il embarque son ami dans la vieille Jaguar, et prend le chemin du c\u0153ur de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Il leur a fallut une heure pleine pour atteindre le havre de gastronomie s\u00e9lectionn\u00e9, puis pour passer leur commande, et se faire servir un ap\u00e9ritif l\u00e9ger destin\u00e9 \u00e0 les faire patienter, avant qu&rsquo;enfin Jacques, taquin, daigne se mettre \u00e0 table, au sens figur\u00e9, cette fois. Il trace \u00e0 grands traits son \u00e9pop\u00e9e des trois derniers jours, joue sur les silences pour m\u00e9nager le suspense, s&rsquo;arr\u00eate un long moment sur la description de ses six correspondants avant d&rsquo;admettre que l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9part qui a sous-tendu son action ne d\u00e9bouche que sur une voie de garage, compte tenu de l&rsquo;absence de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment-cl\u00e9 dont ils avaient tous deux n\u00e9glig\u00e9 l&rsquo;existence. Il laisse un bon moment encore mac\u00e9rer le notaire, qui pourtant sent que le cul-de-sac n&rsquo;est qu&rsquo;apparent, en lui d\u00e9crivant, avec force d\u00e9tail, son entrevue avec les Cl\u00e9menceau, jusqu&rsquo;au r\u00e9veil de ce bon Georgie. Il prend encore son temps pour expliquer comment il a pris contact avec Jean Valjean, nouvel arriv\u00e9 dans l&rsquo;histoire, qui coordonne maintenant le syst\u00e8me initialement cr\u00e9\u00e9 par son fils. Puis enfin, le hors d\u2019\u0153uvre exp\u00e9di\u00e9, l&rsquo;entr\u00e9e chaude fumant dans les assiettes, il raconte son entrevue avec le jeune homme en question.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb C&rsquo;est un jeune homme \u00e9trange que ce Jean Valjean. Il porte son nom \u00e0 merveille. On a v\u00e9ritablement l&rsquo;impression qu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu longtemps, quand pourtant ses poils de barbe sont aussi fins et clairsem\u00e9s que vos cheveux, mon cher Al.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jacques, s&rsquo;il vous pla\u00eet !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qu&rsquo;y a-t-il ? Je ne vais pas assez vite, \u00e0 votre go\u00fbt ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, il ne s&rsquo;agit pas de cela, et j&rsquo;appr\u00e9cie, au contraire, le talent que vous d\u00e9ployez pour me faire saliver, mais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;aimerais que vous cessiez de m&rsquo;appeler ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est que, si je crois ce que m&rsquo;en a dit Oc\u00e9ane, c&rsquo;est vous qui avez souhait\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est exact, mais j&rsquo;aurais souhait\u00e9 que ce diminutif lui soit, comment dire, r\u00e9serv\u00e9. Il a, dans sa bouche, une sonorit\u00e9 agr\u00e9able, et qui contribue \u00e0 me rajeunir. En revanche, quand vous l&#8217;employez, j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;Auguste, dans un duo de clowns.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et je serais donc, moi, le clown blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il y a de \u00e7a, en effet.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ma\u00eetre, je vous promets solennellement de faire mon possible pour ne pas l&rsquo;oublier. Il est vrai qu&rsquo;\u00e0 nos \u00e2ges, on s\u2019accommode d&rsquo;une certaine respectabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est tout \u00e0 fait cela. Ne sommes-nous pas grand-p\u00e8re, vous et moi ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous avez raison. J&rsquo;aurais maintenant mauvaise gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;oublier, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit, en ce qui me concerne, d&rsquo;un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. Puis-je poursuivre ma\u00eetre ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous en prie, mon cher Jacques.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Merci bien. Je vous disais donc que ce Jean Valjean donne l&rsquo;impression d&rsquo;avoir beaucoup v\u00e9cu. Il a, notamment, un extraordinaire talent d&rsquo;auditeur.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Que voulez-vous dire par l\u00e0 ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je veux dire qu&rsquo;il sait \u00e9couter. Les jeunes gens ont une inclination naturelle \u00e0 vouloir en remontrer aux anciens que nous sommes, et parlent \u00e0 tort et \u00e0 travers pour monopoliser l&rsquo;oreille de leur auditoire. Lui fait montre, au contraire, d&rsquo;une grande attention, n&rsquo;interrompant son interlocuteur que pour faire pr\u00e9ciser tel ou tel point du r\u00e9cit. Il incite \u00e0 la confidence, et je me suis trouv\u00e9 tr\u00e8s vite d\u00e9sarm\u00e9 devant lui. En moins d&rsquo;une heure, je lui avais tout racont\u00e9, de A \u00e0 Z, sans qu&rsquo;il ait besoin de me pousser. Je m&rsquo;\u00e9tais pourtant pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 cet entretien, me fondant sur l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il fallait, dans un premier temps au moins, rester sur la r\u00e9serve, car j&rsquo;ignorais \u00e0 quel point il \u00e9tait engag\u00e9 aupr\u00e8s de Dali di St\u00e9phano. Il \u00e9tait, apr\u00e8s tout, un ennemi potentiel de taille. Mais une fois devant lui, plus rien. Je crois avoir \u00e9t\u00e9 un n\u00e9gociateur habile, vous en avez souvent \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin. Et voil\u00e0 que devant ce gamin, qui doit tout au plus avoir vingt-sept ou vingt-huit ans, j&rsquo;\u00e9tais comme un d\u00e9butant qui se jette \u00e0 l&rsquo;eau avec na\u00efvet\u00e9, et livre sans calcul l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de ses atouts en une seule fois. Quand je me suis rendu compte de cette faiblesse inhabituelle, j&rsquo;aurais du me sentir mortifi\u00e9. Et bien, m\u00eame pas. Tout, dans son attitude, dans son regard, dans son sourire, aussi, indiquait que j&rsquo;avais eu raison de parier sur la confiance. J&rsquo;y ai beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi depuis, et bien qu&rsquo;il m&rsquo;en co\u00fbte de l&rsquo;admettre, je crois que si j&rsquo;avais essay\u00e9 d&rsquo;agir autrement avec lui, il m&rsquo;aurait roul\u00e9 dans la farine.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Voil\u00e0 un bien \u00e9trange jeune homme, en v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et ce n&rsquo;est pas fini. Une fois mon r\u00e9cit achev\u00e9, je restais l\u00e0, silencieux, \u00e0 attendre sa r\u00e9ponse. Il me fit patienter un bon moment, \u00e0 marcher doucement de long en large dans le petit salon que l&rsquo;h\u00f4tel avait mis \u00e0 notre disposition. Puis, \u00e0 son tour, il se mit \u00e0 parler. Il me fit un long r\u00e9cit, et me d\u00e9voila tout un pan de sa vie que d&rsquo;ordinaire, il pr\u00e9f\u00e9rait taire. Je vous r\u00e9sume les faits, car je n&rsquo;ai pas son talent de conteur. Je me limiterai donc aux \u00e9l\u00e9ments essentiels du r\u00e9cit, ceux qui expliquent sa d\u00e9cision finale. Ce jeune homme, ma\u00eetre, est une sorte de g\u00e9nie de la peinture, mais un mauvais g\u00e9nie. Il poss\u00e8de un talent exceptionnel pour copier, mieux encore, pour peindre \u00ab\u00a0\u00e0 la mani\u00e8re de\u00a0\u00bb, pour reprendre son expression. Il sait mieux que quiconque d\u00e9cortiquer ce qui constitue le coup de patte d&rsquo;un artiste, et recr\u00e9er, \u00e0 partir d&rsquo;une tache de peinture sur une toile, le mouvement qui l&rsquo;a fait na\u00eetre. Il sait analyser le type de pinceau, ou de couteau, qu&rsquo;a employ\u00e9 l&rsquo;artiste, et retrouve assez facilement la nature des pigments et des liants qu&rsquo;il a utilis\u00e9s. Il r\u00e9ussit, ainsi, \u00e0 se mettre dans la peau de n&rsquo;importe quel peintre, et peut alors, \u00e0 la demande, produire aussi bien un Matisse qu&rsquo;un Degas, voire un Van Gogh, un G\u00e9ricault ou un Delacroix, et je ne parle bien entendu que des artistes que je connais. Ce don, h\u00e9las, se double d&rsquo;un s\u00e9rieux handicap. Le gamin est incapable de s&rsquo;inventer un style personnel. Sorti de ses imitations, il n&rsquo;a, en effet, aucune inspiration, ce qui lui interdit de faire la carri\u00e8re que justifierait pourtant sa technique parfaite. Son talent particulier, pourtant, a fini par attirer l&rsquo;attention, et il a c\u00e9d\u00e9 sans vraiment r\u00e9sister aux sir\u00e8nes de la fortune, \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir profiter des trompettes de la renomm\u00e9e. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il s&rsquo;est mis \u00e0 fabriquer des faux, pour le compte d&rsquo;un gros marchand d&rsquo;art v\u00e9reux, un am\u00e9ricain qui a su lui donner l&rsquo;impression d&rsquo;exister. S&rsquo;il n&rsquo;avait travaill\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 petite \u00e9chelle, en copiant uniquement des artistes disparus, des cotes moyennes, l&rsquo;affaire aurait s\u00fbrement pu durer. Mais vous connaissez les am\u00e9ricains, n&rsquo;est-ce pas. Ils n&rsquo;en ont jamais assez. Les commandes \u00e9taient toujours plus importantes, les cotes des peintres copi\u00e9s plus \u00e9lev\u00e9es, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 il a livr\u00e9 un tableau cens\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 peint par un artiste anglais au nom impronon\u00e7able, toujours vivant, et tr\u00e8s avare de sa production. Le bonhomme a port\u00e9 plainte, et avant d&rsquo;avoir eu le temps de comprendre ce qui se passait, Jean Valjean s&rsquo;est retrouv\u00e9 en prison. C&rsquo;est l\u00e0 que, suivant des cours de dessins, plus par d\u00e9s\u0153uvrement que pour pr\u00e9parer une \u00e9ventuelle reconversion, vous en conviendrez avec moi, il s&rsquo;est li\u00e9 avec son professeur, qui n&rsquo;\u00e9tait autre que Georgie Cl\u00e9menceau. Georgie a parl\u00e9 de lui \u00e0 Jonathan, avec qui il venait de se lier, et mon gar\u00e7on s&rsquo;est mis \u00e0 jouer les visiteurs de prison. Une tr\u00e8s profonde amiti\u00e9 s&rsquo;est nou\u00e9e entre ces deux jeunes gens. Plus que cela m\u00eame. Jonathan s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 un petit fr\u00e8re, quelqu&rsquo;un qui avait enfin besoin de lui, et qui avait le pouvoir de casser sa solitude. Jean, de son c\u00f4t\u00e9, s&rsquo;est attach\u00e9 \u00e0 ce gar\u00e7on qui, pour le plaisir, venait passer plusieurs heures en prison, chaque semaine. Ils parlaient d&rsquo;art, bien s\u00fbr, mais aussi de filles, de musique moderne, de politique, tombant le plus souvent d&rsquo;accord sur tout. Tenez, il m&rsquo;a m\u00eame appris que Jonathan \u00e9tait tr\u00e8s entich\u00e9 d&rsquo;Oc\u00e9ane, mais qu&rsquo;il ne s&rsquo;en doutait pas !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Que voulez-vous dire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et bien, je vous l&rsquo;ai dit, Jo lui parlait r\u00e9guli\u00e8rement de tout et de rien, des petits faits qui \u00e9maillent une vie quotidienne. Et, d&rsquo;apr\u00e8s ce jeune homme, Oc\u00e9ane \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9sente dans ces discussions. Il m&rsquo;a pr\u00e9cis\u00e9, toutefois, que Jonathan ne parlait pas de sa compagne comme s&rsquo;il avait exist\u00e9 entre-eux une passion romantique, mais plut\u00f4t comme si elle avait \u00e9t\u00e9, d\u00e9j\u00e0, un \u00e9l\u00e9ment intangible de son univers.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tiens donc.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais je m&rsquo;\u00e9loigne de notre sujet. Notez quand m\u00eame, mon cher ma\u00eetre, \u00e0 quel point le r\u00e9cit de ce jeune homme fut complet, car je vous rappelle que je n&rsquo;ai pos\u00e9 aucune question. C&rsquo;est \u00e9trange, mais j&rsquo;en ai plus appris, sur mon fils, en deux heures de temps, qu&rsquo;en vingt-six ann\u00e9es de vie aupr\u00e8s de lui. Bref, \u00e0 sa sortie de prison, Jo \u00e9tait l\u00e0, et lui a mis le pied \u00e0 l&rsquo;\u00e9trier, en lui confiant une partie de la r\u00e9daction des fameuses chroniques. Il me faut pr\u00e9ciser ici que personne n&rsquo;\u00e9tait au courant, pas plus Oc\u00e9ane que Dali. Seul, Georgie se doutait de quelque chose. A la disparition de Jo, le gamin s&rsquo;est trouv\u00e9 dans une situation difficile, d&rsquo;autant qu&rsquo;il ne connaissait pas les pourvoyeurs de copie. Jo lui apportait les papiers, et ensemble, ils les mettaient en forme. Au bout de quelques semaines, il a pris le taureau par les cornes, et a suivi Dali di St\u00e9phano \u00e0 la sortie de son travail, jusqu&rsquo;\u00e0 chez elle. L\u00e0, il est parvenu \u00e0 lui parler. La jeune femme a d&rsquo;abord eu grand peur, car elle a cru avoir affaire \u00e0 un ma\u00eetre chanteur. Mais elle a vite compris le parti \u00e0 tirer de cette rencontre, d&rsquo;autant qu&rsquo;ayant r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les carnets de Jonathan de la fa\u00e7on que vous savez, elle poss\u00e9dait, elle, le moyen de retrouver ses fournisseurs de mati\u00e8re premi\u00e8re. C&rsquo;est ainsi que mademoiselle di St\u00e9phano, avec l&rsquo;aide de Jean Valjean, a remis le r\u00e9seau sur pied. Je vous passe les d\u00e9tails de l&rsquo;organisation. Sachez simplement que tout est effectivement cloisonn\u00e9, et passe par un syst\u00e8me de boites aux lettres perfectionn\u00e9, qui prot\u00e8ge l&rsquo;anonymat de tous. Il ne conna\u00eet pas les n\u00e8gres de base, et les n\u00e8gres de base ignorent tout de lui. Ils touchent une somme forfaitaire pour chaque compte-rendu, et lui est pay\u00e9 \u00e0 la pige. Le syst\u00e8me lui permet de vivre, chichement, mais honn\u00eatement, du moins, en ce qui le concerne.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous pr\u00e9sentez les choses comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait gu\u00e8re d&rsquo;espoir d&rsquo;en inverser le cours, pourtant&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pourtant ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je gage, \u00e0 voir votre mine r\u00e9jouie, que le jeune homme en question s&rsquo;est laiss\u00e9 convaincre de passer dans notre camp.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mieux que cela, ma\u00eetre, mieux que cela. Lors de mon expos\u00e9, je n&rsquo;avais en effet pas eu le temps de lui pr\u00e9senter l&rsquo;id\u00e9e que nous avions eue de constituer un cartel de r\u00e9dacteurs autonomes, afin de d\u00e9tr\u00f4ner l&rsquo;usurpatrice. Et voici que ce jeune homme, spontan\u00e9ment, se met \u00e0 m&rsquo;expliquer que la situation, si elle le nourrit, lui p\u00e8se. Il a conscience d&rsquo;\u00eatre un bon critique d&rsquo;art. Il est m\u00eame persuad\u00e9 qu&rsquo;il a trouv\u00e9 sa voie. Mais l&rsquo;artiste qui sommeille en lui se contente difficilement de l&rsquo;anonymat auquel le contraint le syst\u00e8me, d&rsquo;autant que la personnalit\u00e9 particuli\u00e8re de Dali di St\u00e9phano n&rsquo;est pas faite pour lui plaire, et que son inculture crasse, en mati\u00e8re d&rsquo;art, l&rsquo;horripile au plus haut point. Il r\u00eave d&rsquo;\u00e9crire sous son nom, et m&rsquo;explique que s&rsquo;il avait la possibilit\u00e9 de rencontrer ceux qu&rsquo;il nomme les vendangeurs, il leur proposerait un contrat d&rsquo;association, afin de s&rsquo;affranchir de la tyrannie de leur employeur. Avouez qu&rsquo;on ne pouvait r\u00eaver mieux !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;avoue, mon cher Jacques, j&rsquo;avoue, non sans me demander dans quelle mesure vous n&rsquo;enjolivez pas un peu le r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Allons ma\u00eetre, qu&rsquo;allez-vous imaginer l\u00e0 ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Passons. Finissez votre histoire, je vous en prie, afin que je vous raconte la mienne avant de vous accompagner \u00e0 la gare.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; A dire vrai, j&rsquo;en ai pratiquement termin\u00e9. Je lui ai expliqu\u00e9 notre projet de cartel, qui l&rsquo;a aussit\u00f4t emball\u00e9, et lui ai confi\u00e9 les coordonn\u00e9es de ses six associ\u00e9s potentiels. Il doit maintenant les r\u00e9unir, et mettre au point un modus operandi qui tienne la route, avant de demander audience au directeur du journal, et de lui mettre le march\u00e9 en main. Ou bien il vire Dali, et confie officiellement au Cartel la r\u00e9daction de la chronique, ou ils cessent de fournir au journal la mati\u00e8re premi\u00e8re dont il a d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment besoin. Je me suis engag\u00e9, pour ma part, \u00e0 financer le premier mois d&rsquo;activit\u00e9 de leur association, afin de leur fournir les moyens de contraindre la direction \u00e0 plier, si tant est qu&rsquo;elle veuille faire montre de mauvaise volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il ne nous reste donc plus qu&rsquo;\u00e0 attendre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En croisant les doigts.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Combien de temps pensez-vous qu&rsquo;il lui soit n\u00e9cessaire pour parvenir \u00e0 ses fins ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je pense que nous aurons une r\u00e9ponse avant un mois.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Un mois, c&rsquo;est long !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Que voulez-vous ? On ne peut faire marcher l&rsquo;orchestre plus vite que la musique. Tant que la direction du journal ne percevra pas la dimension r\u00e9elle du danger qu&rsquo;elle court, elle peut r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est exact, mais je ne peux m&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;\u00eatre inquiet tout de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Allons donc, mon cher ma\u00eetre. Que voulez-vous qu&rsquo;il arrive pendant ce temps-l\u00e0 ? Si nous nous d\u00e9brouillons bien, c&rsquo;est le laps de temps qui nous sera n\u00e9cessaire pour feindre de mener \u00e0 bien notre n\u00e9gociation avec l&rsquo;adversaire, non ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Justement, il me faut vous rendre compte de ma derni\u00e8re conversation t\u00e9l\u00e9phonique avec de Courcy.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous \u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Le bonhomme a eu du mal \u00e0 toucher son correspondant, mais il y est finalement parvenu. Ils sont d&rsquo;accord pour nous livrer le projet de protocole, et nous laissent une semaine de r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous voyez bien, voici d\u00e9j\u00e0 une semaine gagn\u00e9e. Plus que trois !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous trouve bien optimiste, mon ami, cela ne vous ressemble gu\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est que j&rsquo;ai de bonnes raisons de croire que Dali di St\u00e9phano ne devrait pas nous poser de probl\u00e8mes, du moins , tant qu&rsquo;elle n&rsquo;aura pas eu vent de l&rsquo;attaque qu&rsquo;elle va subir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce qui vous permet de l&rsquo;affirmer ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n&rsquo;affirme pas, je suppose. Jean Valjean m&rsquo;a confi\u00e9 qu&rsquo;il a bien \u00e9tudi\u00e9 le comportement de cette jeune et d\u00e9sagr\u00e9able personne. Trois semaines par mois, approximativement, elle papillonne de r\u00e9ception en vernissage, et sort beaucoup, afin de soigner son image de personnage mondain. La quatri\u00e8me semaine, elle s&rsquo;enferme pour faire croire qu&rsquo;apr\u00e8s avoir moissonn\u00e9 les informations n\u00e9cessaires, il lui faut travailler \u00e0 la r\u00e9daction finale de sa chronique mensuelle. Pendant les trois premi\u00e8res semaines, elle n&rsquo;a gu\u00e8re le temps de penser \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 ses mondanit\u00e9s. Elle ne peut devenir dangereuse pour nous, par d\u00e9s\u0153uvrement, que pendant le temps durant lequel elle est sens\u00e9e r\u00e9diger. Or Jean m&rsquo;a confi\u00e9 qu&rsquo;il vient d&rsquo;effectuer une livraison. Par cons\u00e9quent, nous pouvons vraisemblablement faire tra\u00eener l&rsquo;affaire durant les trois semaines qui viennent sans qu&rsquo;elle nous oppose trop de r\u00e9sistance. Il faut esp\u00e9rer que cela suffira.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Sinon ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Sinon, nous aviserons. Il n&rsquo;est quand m\u00eame pas sorcier de trouver une raison valable pour d\u00e9caler une signature de huit jours que diable !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si vous le dites !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mon Dieu, ma\u00eetre Leclerc, je ne vous reconnais gu\u00e8re aujourd&rsquo;hui. Vous \u00eates sinistre, mon bon ami, ce n&rsquo;est pas dans votre nature<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Excusez-moi, Jacques, je suis d\u00e9sol\u00e9. Vous avez s\u00fbrement raison. Mais j&rsquo;ai quand m\u00eame un sombre pressentiment.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Allons donc, dans un mois, au plus tard, nous en rirons ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je l&rsquo;esp\u00e8re Jacques, je l&rsquo;esp\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>###############<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques a beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi durant le voyage de retour. Sa grande carcasse est tellement engonc\u00e9e dans les si\u00e8ges de la SNCF, qui paraissent avoir \u00e9t\u00e9 con\u00e7us pour des passagers moyens dont la taille ne doit pas exc\u00e9der un m\u00e8tre soixante-quinze les jours de pluie, qu&rsquo;il lui est impossible de faire grand chose d&rsquo;autre. M\u00eame la lecture est p\u00e9nible dans de telles conditions. Comble de malchance, il n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 attraper un T.G.V. direct, et doit subir la litanie des gares qui jalonnent le trajet de retour vers le Manoir : Chartres, Le Mans, Laval, Vitr\u00e9, Rennes, Lamballe, Saint-Brieuc, avant d&rsquo;atteindre Guingamp. Chaque arr\u00eat ajoute encore \u00e0 la longueur d&rsquo;un voyage qui lui para\u00eet d&rsquo;autant plus interminable qu&rsquo;il br\u00fble d\u2019annoncer \u00e0 Oc\u00e9ane la fin du cauchemar. Il est conscient, pourtant, qu&rsquo;il y a loin, encore, de la coupe aux l\u00e8vres, et r\u00e8gle, en pens\u00e9e, les innombrables d\u00e9tails dont la parfaite r\u00e9alisation est seule capable de transformer en succ\u00e8s pratique l&rsquo;id\u00e9e qui, au d\u00e9part, se pr\u00e9sente dans la nudit\u00e9 de sa pure th\u00e9orie. En solide pratiquant d&rsquo;un cart\u00e9sianisme de bon aloi, il d\u00e9cortique les \u00e9tapes du processus de cr\u00e9ation du cartel, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment de \u00ab\u00a0Cartel\u00a0\u00bb, puisque Jean Valjean, emball\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e, a accept\u00e9 d&rsquo;en faire le nom du groupe. Il analyse les difficult\u00e9s pr\u00e9sent\u00e9es par l&rsquo;encha\u00eenement des \u00e9tapes, et leur trouve une, voire plusieurs solutions, qu&rsquo;il archive aussit\u00f4t, \u00e0 leur place, dans sa m\u00e9moire, sans ressentir le besoin de prendre la moindre note. De temps en temps, il r\u00e9capitule le syst\u00e8me dans son int\u00e9gralit\u00e9, afin de s&rsquo;assurer de la coh\u00e9rence de l&rsquo;organisation. Puis il reprend sa r\u00e9flexion \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 il l&rsquo;avait laiss\u00e9e, quelques minutes plus t\u00f4t. Il lui arrive quand m\u00eame, parfois, de laisser d\u00e9river ses pens\u00e9es au gr\u00e9 de la succession des paysages qui d\u00e9filent derri\u00e8re la vitre contre laquelle il s&rsquo;appuie. Mais ces escapades intellectuelles ne durent jamais plus d&rsquo;une ou deux minutes, avant qu&rsquo;il ne marque son impatience d&rsquo;un l\u00e9ger soupir, et ne replonge dans son univers d&rsquo;organigrammes, de plans et d&rsquo;objectifs \u00e0 court et moyen termes. La voix d&rsquo;un agent, rendue nasillarde par la pi\u00e8tre qualit\u00e9 des haut-parleurs, annonce enfin l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Guingamp. Contrairement \u00e0 sa conduite habituelle, Jacques se l\u00e8ve aussit\u00f4t, rassemble ses affaires, enfile son manteau, et se dirige \u00e0 grandes enjamb\u00e9es vers l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du wagon. La main sur la poign\u00e9e, il scrute le quai par la porte vitr\u00e9e en attendant l&rsquo;arr\u00eat complet du convoi, esp\u00e9rant d\u00e9couvrir les silhouettes gracieuses de ses petites prot\u00e9g\u00e9es flanquant celle, un peu vo\u00fbt\u00e9e maintenant, de Maurice. Las, l&rsquo;homme est seul, un peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des autres personnes venues chercher l&rsquo;un des leurs, qui se tiennent elles-m\u00eames en arri\u00e8re d&rsquo;un premier rideau compos\u00e9 de voyageurs pr\u00eats \u00e0 embarquer pour le far-west breton. Maurice a la t\u00eate basse, et tourne une vieille casquette entre ses mains noueuses. Le train s&rsquo;arr\u00eate dans un \u00e9pouvantable grincement de ferraille martyris\u00e9e, et Jacques aussit\u00f4t saute lestement sur le quai, organisant d\u00e9j\u00e0 en pens\u00e9e le r\u00e9sum\u00e9 qu&rsquo;il va faire \u00e0 son chauffeur, avant de pouvoir entreprendre le r\u00e9cit int\u00e9gral de son voyage devant la maisonn\u00e9e au grand complet. Pourtant, en arrivant devant le vieil homme, il sent imm\u00e9diatement que quelque chose ne tourne pas rond. Maurice, en effet, para\u00eet soulag\u00e9 de revoir son patron, mais personne n\u2019oserait pour autant pr\u00e9tendre qu\u2019il pr\u00e9sente la riante physionomie d\u2019un homme heureux. Il offre \u00e0 Jacques, bien au contraire, le faci\u00e8s d\u2019un homme tourment\u00e9 par un drame qu\u2019enfin il va pouvoir partager. Jacques ne s\u2019y trompe d\u2019ailleurs pas, et plut\u00f4t que d\u2019attendre du vieil homme, qui le regarde sans bouger avec des yeux de chien battu, qu\u2019il se d\u00e9cide enfin \u00e0 parler, il prend les devants :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab\u00a0Et bien, Maurice, on dirait que le ciel vous est tomb\u00e9 sur la t\u00eate. Que vous arrive-t-il ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oh, il ne s\u2019agit pas de moi, monsieur Jacques !\u201d R\u00e9pond le vieil homme d\u2019une voie \u00e9teinte.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u201c Il est arriv\u00e9 quelque chose \u00e0 Marie ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non monsieur, pas \u00e0 Marie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Alors \u00e0 qui, enfin, Maurice, parlez. Est-ce&#8230; C\u00e9cilia ? \u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Le vieux, pour toute r\u00e9ponse, se contente de baisser piteusement la t\u00eate, comme un gardien pris en flagrant d\u00e9lit d\u2019inattention. Jacques, conscient d\u2019avoir \u00e9lev\u00e9 la voix, et attir\u00e9 ainsi l\u2019attention des personnes alentours, saisit le bras de Maurice et l\u2019entra\u00eene vers la sortie de la gare. Dans sa t\u00eate se succ\u00e8dent \u00e0 grande vitesse les hypoth\u00e8ses les plus tragiques au sujet de sa petite fille. Est-elle morte, bless\u00e9e, a-t-elle \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e, et pour quelle raison&#8230;? Pas un instant, il ne songe que le drame que Maurice, qu\u2019il tra\u00eene toujours par la manche de sa veste, est encore incapable de lui raconter, peut \u00eatre li\u00e9 a l\u2019affaire en cours. Ils parviennent enfin \u00e0 la voiture, dont Jacques prend le volant sans m\u00e9nagements. Maurice, toujours silencieux, s\u2019installe sur le si\u00e8ge du passager avant.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u201d Maintenant que nous sommes seuls, allez-vous enfin me dire ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 C\u00e9cilia ?\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Maurice para\u00eet terroris\u00e9 par la physionomie du grand homme, dont les m\u00e2choires crisp\u00e9es sculptent les faisceaux musculaires des joues, conf\u00e9rant \u00e0 son visage d\u00e9j\u00e0 aust\u00e8re une apparence min\u00e9rale inqui\u00e9tante. Le vieux parvient \u00e0 peine \u00e0 bredouiller :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u201cPas seulement \u00e0 C\u00e9cilia, monsieur Jacques.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Enfin, Maurice, va-t-il me falloir vous arracher les mots de la bouche, un par un, pour parvenir enfin \u00e0 savoir ce qui se passe ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ce sont les gendarmes, monsieur Jacques, ils sont venus \u00e0 la maison.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>A ces mots, le grand homme sent son c\u0153ur se glacer. Par deux fois les gendarmes lui ont rendu visite au Manoir, depuis qu\u2019il s\u2019y est install\u00e9. Par deux fois seulement. Et, \u00e0 chacune de leur visite, c\u2019est une partie de sa vie qui s\u2019en est all\u00e9e. Les mains crisp\u00e9es sur le volant, il attend d\u00e9sormais que Maurice poursuive, sans plus chercher d\u2019aucune fa\u00e7on \u00e0 le faire acc\u00e9l\u00e9rer, l\u2019in\u00e9luctable arrivant toujours bien assez vite. Son visage a d\u00e9j\u00e0 repris l\u2019expression de d\u00e9tachement qu\u2019on lui a connu apr\u00e8s la mort de Jonathan, et qui faisait alors dire \u00e0 Marie que monsieur Jacques n\u2019appartenait plus tout \u00e0 fait au monde des vivants. Mais Maurice, le regard toujours baiss\u00e9, poursuit son r\u00e9cit \u00e0 petite allure.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u201cIls sont arriv\u00e9s hier matin, monsieur Jacques, juste apr\u00e8s votre appel t\u00e9l\u00e9phonique. On \u00e9tait tous l\u00e0, tranquilles, \u00e0 finir le petit d\u00e9jeuner, et puis ils ont d\u00e9barqu\u00e9, avec leurs papiers du juge, et ils les ont emmen\u00e9es, sans qu\u2019on puisse rien faire. Ils leur ont juste laiss\u00e9 le temps de prendre quelques affaires, et ont oblig\u00e9 mademoiselle Oc\u00e9ane \u00e0 mettre des menottes.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours du r\u00e9cit, le visage de Jacques, peu \u00e0 peu, a chang\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Une minute, Maurice ! Qu&rsquo;\u00eates-vous exactement en train de m&rsquo;expliquer ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ben, que les gendarmes sont venus au Manoir pour chercher mademoiselle Oc\u00e9ane et la petite C\u00e9cilia, hier matin.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dieu soit lou\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah, ben \u00e7a ! On peut dire que vous prenez les choses du bon c\u00f4t\u00e9, m&rsquo;sieur Jacques !\u00a0\u00bb Le ton qu&#8217;emploie Maurice h\u00e9site entre la surprise et la r\u00e9probation. Mais, chez le grand homme, le contrecoup de la peur s&rsquo;exprime avec col\u00e8re, et c&rsquo;est d&rsquo;une voix redoutable, que Maurice n&rsquo;a pas souvenir d&rsquo;avoir jamais entendue, qu&rsquo;il reprend :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb \u00c9videmment, que je prends \u00e7a du bon c\u00f4t\u00e9, bougre d&rsquo;andouille. A voir la t\u00eate d&rsquo;enterrement que vous faisiez, il y a un instant, je les ai crues mortes. La gendarmerie fran\u00e7aise n&rsquo;est pas la Gestapo, que je sache, elles ne seront pas maltrait\u00e9es. Si leur situation n&rsquo;a rien d&rsquo;enviable, elle n&rsquo;est pas irr\u00e9versible. Alors maintenant, reprenez votre calme, et racontez-moi l&rsquo;affaire dans tous ses d\u00e9tails, pendant que je ram\u00e8ne la voiture \u00e0 la maison.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>chapitre 23 Retour en france Le notaire fait les cent pas dans le hall de l&rsquo;a\u00e9rogare, et trahit ainsi une nervosit\u00e9 rare chez lui. Il prend particuli\u00e8rement l&rsquo;affaire \u00e0 c\u0153ur, car il la sent cruciale pour l&rsquo;avenir de son ami. 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