{"id":1855,"date":"2024-08-09T18:17:44","date_gmt":"2024-08-09T16:17:44","guid":{"rendered":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1855"},"modified":"2024-08-09T18:21:26","modified_gmt":"2024-08-09T16:21:26","slug":"les-carnets-de-jonathan-episode-21","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1855","title":{"rendered":"Les carnets de Jonathan &#8211; \u00e9pisode 21"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>chapitre 21<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>plan de campagne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le vieux notaire est assis \u00e0 son bureau. Il a pos\u00e9 devant lui un bloc-notes dont la premi\u00e8re page est couverte de phrases d&rsquo;une grande \u00e9criture un peu ampoul\u00e9e, et un stylo-plume \u00e0 pompe ant\u00e9diluvien. Il r\u00e9capitule rapidement les grandes lignes de son sc\u00e9nario, avant de d\u00e9crocher le combin\u00e9 t\u00e9l\u00e9phonique et de composer le num\u00e9ro du petit d\u00e9tective parisien. Il a, pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit, la boutade de Jacques, \u00e0 son propos : \u00a0\u00bb \u00f4tez-lui la particule, il en perdra la partie t\u00eate !\u00a0\u00bb Aussi, quand \u00e0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 de la ligne, une voix f\u00e9minine annonce :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Cabinet de Courcy, enqu\u00eates et filatures, que puis-je pour vous ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le notaire se contente de r\u00e9pondre :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Ici ma\u00eetre Leclerc, passez-moi Courcy.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne sais pas si monsieur de Courcy est l\u00e0, ma\u00eetre. C&rsquo;est \u00e0 quel sujet ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Allons donc, mademoiselle ou madame, ne me prenez pas pour un ben\u00eat. Votre r\u00e9ponse prouve qu&rsquo;il est pr\u00e9sent, et il s&rsquo;agit d&rsquo;une affaire qui ne vous concerne pas, mais dont il attend des nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est que&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est votre derni\u00e8re chance avant que je raccroche !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ne quittez pas, je vais voir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est \u00e7a, allez, allez.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la minute, la voix de fausset du d\u00e9tective parisien remplace celle, gu\u00e8re plus agr\u00e9able, de sa secr\u00e9taire que le notaire se compla\u00eet \u00e0 imaginer maigre, vo\u00fbt\u00e9e, moche et vieille fille, vraisemblablement amoureuse de son patron, qui plus est.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Ma\u00eetre Leclerc, je ne crois pas avoir le plaisir de vous conna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il ne saurait en aucun cas s&rsquo;agir d&rsquo;un plaisir, Courcy. D&rsquo;une opportunit\u00e9, tout au plus, mais elle ne s&rsquo;est, effective\u00adment, pas pr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De Courcy, s&rsquo;il vous pla\u00eet, ma\u00eetre Leclerc. Si donc, nous ne nous connaissons pas, peut-\u00eatre pouvez vous m&rsquo;indiquer les raisons de votre appel.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je peux, Courcy, je peux !<\/p>\n\n\n\n<p>Le notaire re\u00e7oit avec un plaisir gourmand le soupir d&rsquo;exasp\u00e9ration de son interlocuteur dans l&rsquo;oreille. Celui-ci reprend :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb De Courcy, s&rsquo;il vous pla\u00eet. Et bien, je vous \u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je repr\u00e9sente les int\u00e9r\u00eats de mademoiselle Monplaisir et de monsieur R\u00e9miniac p\u00e8re, dont je suis le conseiller juridique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vois. Vous \u00eates sans doute charg\u00e9 de n\u00e9gocier aupr\u00e8s de moi les conditions de l&rsquo;\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De l&rsquo;\u00e9change ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et bien oui, les carnets, contre la tranquillit\u00e9 de la petite demoiselle.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il est un domaine dans lequel excelle ma\u00eetre Leclerc, c&rsquo;est bien celui de faire l&rsquo;\u00e2ne pour avoir du foin. Son intention premi\u00e8re consistait \u00e0 envoyer Dali di St\u00e9phano se faire voir vertement, par d\u00e9tective interpos\u00e9. Les quelques phrases qu&rsquo;il a griffonn\u00e9es sur son carnet dans ce but constituent d&rsquo;ailleurs autant d&rsquo;exemples de sentences que ne renierait pas feu Michel Audiard, et qu&rsquo;il se promettait de l\u00e2cher au hasard de la conversation. Mais puisque son interlocuteur semble vouloir discuter, autant l&rsquo;\u00e9couter, au cas o\u00f9 il l\u00e2cherait des informa\u00adtions utilisables ult\u00e9rieurement. Il d\u00e9cide donc de changer d&rsquo;attitude, et de flatter le petit bonhomme.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb C&rsquo;est exactement cela, monsieur de Courcy, je constate avec plaisir que vous ma\u00eetrisez le sujet. Aussi, je propose que nous allions droit au but. En un mot comme en cent, que proposez-vous ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est que&#8230; je ne suis pas habilit\u00e9 \u00e0 faire des proposi\u00adtions.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Allons, cher monsieur, ne venez-vous pas de vous pr\u00e9senter comme un n\u00e9gociateur potentiel ? D&rsquo;ailleurs, si vos clients ne vous avaient pas confi\u00e9 une mission aussi \u00e9tendue, ils eussent pu se contenter d&rsquo;utiliser les services postaux pour nous d\u00e9livrer leur message. Que me proposez-vous donc ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est que&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et bien, mes commettants m&rsquo;ont simplement confi\u00e9 la mission de r\u00e9cup\u00e9rer un certain objet, en \u00e9change de ce que je pourrais appeler une lettre de d\u00e9charge.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vois. Je suppose que vous ne comptez pas \u00e9crire vous m\u00eame cette lettre, n&rsquo;est-ce pas ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, bien s\u00fbr, elle n&rsquo;aurait alors aucune valeur.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Puis-je par cons\u00e9quent avancer que vous poss\u00e9dez d\u00e9j\u00e0 le document en question ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tout \u00e0 fait ma\u00eetre, il est \u00e0 l&rsquo;abri dans mon coffre-fort.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tr\u00e8s bien. Pouvez-vous m&rsquo;en indiquer la teneur ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Cela m&rsquo;est h\u00e9las impossible, il s&rsquo;agit d&rsquo;un pli cachet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Voil\u00e0 qui est bien ennuyeux, monsieur de Courcy. Comment voulez-vous que je puisse conseiller utilement mes clients si je ne connais pas le texte du document que vous nous proposez en \u00e9change de &#8230; l&rsquo;objet en question ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous serez oblig\u00e9 de me faire confiance, comme je le ferai de mon c\u00f4t\u00e9, compte tenu du peu d&rsquo;informations dont je dispose quant \u00e0 la nature exacte de cet l&rsquo;objet qu&rsquo;il me faut r\u00e9cup\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comment ! Vous ne savez pas ce dont il s&rsquo;agit ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si bien s\u00fbr, je sais que ce sont des carnets. Deux gros carnets \u00e0 couverture de cuir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Me voil\u00e0 rass\u00e9r\u00e9n\u00e9. Ceci dit, mon probl\u00e8me ne s&rsquo;en trouve pas r\u00e9solu pour autant. Il me faut absolument le texte du message, sans quoi il nous sera impossible de prendre une sage d\u00e9cision. Je suppose que vous me comprenez.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui mais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et que, par cons\u00e9quent, vous partagez mon point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est \u00e0 dire que&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais, j&rsquo;y pense, peut-\u00eatre avez vous eu connaissance de ce texte, avant qu&rsquo;il ne soit cachet\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, ma\u00eetre, il est arriv\u00e9 ainsi directement du Canada.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est vraiment tr\u00e8s ennuyeux. Je ne vois qu&rsquo;une solu\u00adtion, en ce cas. Il va vous falloir appeler vos correspondants pour leur demander l&rsquo;autorisation de me faire passer une copie du protocole d&rsquo;accord qu&rsquo;ils nous proposent, afin que nous puissions l&rsquo;\u00e9tudier \u00e0 loisir avant de vous rendre notre r\u00e9ponse. Pensez-vous que cela prendra beaucoup de temps ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est que c&rsquo;est un peu complexe. Il faut que je joigne mon correspondant canadien, puis que lui r\u00e9ussisse \u00e0 toucher sa cliente, et qu&rsquo;enfin il m&rsquo;envoie sa r\u00e9ponse. Avec le d\u00e9calage horaire, je ne pense pas qu&rsquo;il me sera possible de vous fournir ce que vous me demandez avant demain.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Voil\u00e0 qui est contrariant, car je suis oblig\u00e9 d&rsquo;aller en province toute la journ\u00e9e, demain. Puis ce sera le week-end, et il me faut bien un jour complet pour pouvoir \u00e9tudier la question \u00e0 fond, au plan juridique, s&rsquo;entend. Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 mardi prochain, dans le meilleur des cas, c&rsquo;est \u00e0 dire si vous obtenez le feu vert de vos mandants. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;affaire est s\u00e9rieuse, et nous oblige \u00e0 faire les choses dans les r\u00e8gles, je m&rsquo;en voudrais par cons\u00e9quent de vous inciter \u00e0 outrepasser vos consignes. Alors, faisons comme cela. J&rsquo;attends votre fax lundi matin, et je vous rappelle le lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais, c&rsquo;est que&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bien, je pense que nous avons fait le tour de la question. Je vous salue, monsieur de Courcy.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Attendez, ma\u00eetre !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quoi encore ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous ne m&rsquo;avez pas donn\u00e9 votre num\u00e9ro de fax.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mon Dieu, vous avez raison, attendez que je le retrouve, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 le m\u00e9moriser.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Suit le num\u00e9ro en question, puis les salutations d&rsquo;usage, et ma\u00eetre Leclerc raccroche son t\u00e9l\u00e9phone, assez content du r\u00e9sultat de sa mission. N&rsquo;a-t-il pas gagn\u00e9 cinq jours ? Il ne peut s&#8217;emp\u00eacher de regretter que son interlocuteur ait pens\u00e9 \u00e0 lui demander son num\u00e9ro, \u00e7a lui aurait permis de grignoter encore quelques heures. Ma\u00eetre Leclerc consid\u00e8re en effet que la faille \u00e9ventuelle du plan de Jacques R\u00e9miniac pourrait bien se ni\u00adcher dans le planning de l&rsquo;op\u00e9ration. Plus il saura faire tra\u00eener les tractations, plus Jacques et Oc\u00e9ane auront de chances de r\u00e9ussir de leur c\u00f4t\u00e9. Cette id\u00e9e lui est venue au cours de la conversation. C&rsquo;est \u00e9tonnant que Jacques n&rsquo;ait pas accord\u00e9 davantage d&rsquo;importance \u00e0 cet aspect de la question. Il faut qu&rsquo;il pense \u00e0 lui en parler, lorsqu&rsquo;il lui fera son rapport. Mais pour l&rsquo;heure, il est temps de d\u00e9jeuner, et cette discussion lui a justement ouvert l&rsquo;app\u00e9tit. Il se propose donc d&rsquo;aller explorer un bistrot, du c\u00f4t\u00e9 des halles, dont on lui a dit le plus grand bien, et qu&rsquo;il compte bien, en cas de test positif, faire d\u00e9couvrir \u00e0 Oc\u00e9ane et Jacques lors de leur prochain s\u00e9jour \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00ab\u00ab\u00ab\u00ab<\/p>\n\n\n\n<p>Pour une fois, au Manoir, Jacques et Oc\u00e9ane ont inter\u00adverti leurs lieux de vill\u00e9giature. Depuis la fin du d\u00e9jeuner, la jeune femme, toute \u00e0 sa mission, squatte le bureau, tandis que le grand homme, d\u00e9s\u0153uvr\u00e9; s&rsquo;est install\u00e9 dans le vaste atelier et profite de la circonstance pour examiner en d\u00e9tail le travail accompli par Oc\u00e9ane durant les quelques semaines de son s\u00e9jour en Bretagne. Il a, bien s\u00fbr, d\u00e9j\u00e0 vu la plupart de ces esquisses, mais sans vraiment y pr\u00eater attention, m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, pas si lointaine, o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9tait piqu\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire pour elle des textes de contes. Il avait alors vraiment cru \u00e0 une vocation tardive, malgr\u00e9 ses difficult\u00e9s stylistiques, et s&rsquo;\u00e9tait concentr\u00e9 davantage sur ses pauvres tentatives que sur la qualit\u00e9 du travail d&rsquo;Oc\u00e9ane, qu&rsquo;il examine maintenant dans le d\u00e9tail. La jeune artiste ma\u00eetrise parfaitement son sujet. Quelle que soit la technique qu&rsquo;elle utilise, elle le fait avec douceur et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, mais sans mollesse pour autant. Ses personnages sont amusants, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de gentils petits enfants, \u00e0 la frimousse espi\u00e8gle, ou de gros m\u00e9chants monstres, ogres ou sorci\u00e8res, dont les grimaces ne sont gu\u00e8re susceptibles de provoquer des cauchemars, m\u00eame chez les plus \u00e9motifs de ses jeunes lecteurs potentiels. Jacques reste un long moment sur les premi\u00e8res esquisses du \u00ab\u00a0grand voyage de Perle de Nuage\u00a0\u00bb. Le notaire a raison, c&rsquo;est vrai qu&rsquo;il sort bien, ce projet. La minuscule h\u00e9ro\u00efne du conte ressemble \u00e0 C\u00e9cilia comme une goutte de pluie \u00e0 une goutte de ros\u00e9e, et le nouveau grand-p\u00e8re se trouve tout \u00e9mu \u00e0 cette pens\u00e9e. Puis il range le classeur, et s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 quitter la pi\u00e8ce lorsque son \u0153il tombe par hasard sur le coin d&rsquo;un autre carton \u00e0 dessins qui semble avoir \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 derri\u00e8re une pile de fournitures. Il le saisit, et se rassied avant de le poser sur ses genoux. C&rsquo;est un carton d&rsquo;assez grande taille, qui a manifestement tra\u00een\u00e9 plusieurs ann\u00e9es au hasard de diff\u00e9rents ateliers, tant ses coins sont r\u00e2p\u00e9s. Il n&rsquo;a pu qu&rsquo;arriver avec la grande malle d&rsquo;Oc\u00e9ane, car elle ne l&rsquo;avait pas en arrivant, et Jacques est absolument s\u00fbr qu&rsquo;il ne faisait pas partie des affaires de Martine. Plein de curiosit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9couvrir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur une partie du pass\u00e9 de sa quasi-belle-fille, il fait taire ses derniers scrupules d&rsquo;homme bien \u00e9lev\u00e9, et d\u00e9noue prestement les liens qui ferment le classeur. Les dessins qu&rsquo;il trouve \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur n&rsquo;ont strictement rien \u00e0 voir avec les travaux qu&rsquo;il vient d&rsquo;examiner. Il y a l\u00e0 toute une s\u00e9rie de croquis au crayon, \u00e0 la plume, au stylo \u00e0 bille, m\u00eame, griffonn\u00e9s sur des supports de rencontre, feuilles de cahier ou d&rsquo;agenda, voire de papier d&#8217;emballage. Ces essais h\u00e9t\u00e9roclites sont class\u00e9s dans une unique chemise, qui les s\u00e9pare d&rsquo;une s\u00e9rie de dessins plus aboutis qui reprennent les m\u00eames sujets, mais en grand format, sur un papier de tr\u00e8s belle qualit\u00e9. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, des brouillons, des \u00e9tudes, et le r\u00e9sultat fini de ces travaux d&rsquo;approche, de l&rsquo;autre. R\u00e9sultat remarquable, d&rsquo;ailleurs, empreint d&rsquo;une force rare, d&rsquo;une vigueur dans le trait qui les apparente \u00e0 des sculptures en deux dimensions, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 des dessins. Une seule technique a \u00e9t\u00e9 mise en \u0153uvre pour ces rendus d\u00e9finitifs : l&rsquo;encre de couleur, et l&rsquo;artiste n&rsquo;a utilis\u00e9 qu&rsquo;une seule gamme chromatique : le brun, dans toutes ses variations possibles, de l&rsquo;ocre rouge au kaki. Ce parti pris audacieux renforce encore la puissance de ces \u0153uvres qui, de l&rsquo;avis de Jacques, ne doivent rien au talent d&rsquo;Oc\u00e9ane. Il faut un esprit beaucoup plus critique et ac\u00e9r\u00e9 que celui de la jeune femme pour croquer ainsi une telle galerie de portraits. Car tous les dessins, \u00e0 une exception pr\u00e8s, sont des portraits d&rsquo;hommes et de femmes, c\u00e9l\u00e8bres pour la plupart, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de politiciens, de sportifs ou d&rsquo;artistes de vari\u00e9t\u00e9s. A la place de la signature, le nom de la victime, comme si l&rsquo;auteur, trop modeste, avait pens\u00e9 que son talent n&rsquo;\u00e9tait pas assez s\u00fbr pour permettre au spectateur de reconna\u00eetre la cible, ni pour oser en revendiquer le fruit. L&rsquo;avant-dernier portrait de la pile est ainsi baptis\u00e9 \u00ab\u00a0Dali la Tigresse\u00a0\u00bb. Jacques, en le d\u00e9taillant, peut enfin mettre un visage sur le nom de l&rsquo;ennemie, au demeurant s\u00e9v\u00e8rement servie par l&rsquo;artiste. Cette caricature-l\u00e0 est diff\u00e9rente des autres. Les dessins pr\u00e9c\u00e9dents, en effet, utilisent, pour faire rire, la technique traditionnelle de la caricature, qui consiste \u00e0 donner des dimensions impressionnantes aux caract\u00e8res physiques les plus marquants des personnalit\u00e9s vis\u00e9es : nez cyranesques, dentures de rongeur, plis multiples, cr\u00e2nes \u00e9normes, tout est bon, pour peu qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments caract\u00e9ristiques. Ce n&rsquo;est pas le cas du portrait de la jeune femme. En le d\u00e9taillant, Jacques n&rsquo;a pas l&rsquo;impression d&rsquo;observer une caricature de visage, mais plut\u00f4t l&rsquo;image grossie de la noirceur d&rsquo;une \u00e2me. Ce dessin exprime parfaitement les sentiments de son auteur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la dame, et Jacques, en frissonnant un peu, se dit que si l&rsquo;adversaire ressemble vraiment \u00e0 cette image, la partie n&rsquo;est pas gagn\u00e9e d&rsquo;avance. Puis il arrive au dernier portrait. Celui-ci est encore diff\u00e9rent : ce n&rsquo;est pas une caricature. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un buste d&rsquo;homme, de son buste \u00e0 lui, Jacques R\u00e9miniac, avec peut-\u00eatre quelques ann\u00e9es de moins. Il est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la mode des tableaux de capitaines d&rsquo;industrie tellement en vogue au d\u00e9but du si\u00e8cle, dardant un regard s\u00e9v\u00e8re sur l&rsquo;outrecuidant spectateur qui finit par baisser les yeux. Sous le dessin, un simple mot de quatre lettres : \u00ab\u00a0Papa\u00a0\u00bb. Jacques reste un long moment sans r\u00e9action, \u00e0 fixer le dessin comme s&rsquo;il cherchait encore, au travers du papier, \u00e0 communiquer avec son fils disparu. Puis, avec un soupir, il range ce portrait avec les autres, pour d\u00e9couvrir la derni\u00e8re feuille de la pile. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;un visage, bien que l&rsquo;on puisse en parler comme d&rsquo;une caricature. Jonathan, en utilisant toujours ses encres brunes, a trac\u00e9 sa vision du Manoir. Jacques, jusque l\u00e0, \u00e9tait persuad\u00e9 habiter une vaste demeure claire et agr\u00e9able. L&rsquo;image qu&rsquo;en a donn\u00e9e son fils est cauchemardesque, sombre et tortur\u00e9e, mais reste dr\u00f4le dans son exag\u00e9ration. Jacques rel\u00e8ve, dans cette \u0153uvre comme dans les pr\u00e9c\u00e9dentes, le soin apport\u00e9 au moindre d\u00e9tail, le trait rapide et pr\u00e9cis, la mani\u00e8re presque chirurgicale de diss\u00e9quer le sujet. Il ne peut s&#8217;emp\u00eacher de comparer ces encres aux souvenirs qu&rsquo;il a des travaux de Martine. La m\u00e8re et le fils avaient en commun un ind\u00e9niable talent, mais l&rsquo;exprimaient de deux fa\u00e7ons totalement diff\u00e9rentes. Martine peignait comme elle vivait, d&rsquo;un seul \u00e9lan, sans calcul, sans jamais reprendre son sujet. La technique de Jonathan est, au contraire, le fruit d&rsquo;un travail assidu, le r\u00e9sultat construit d&rsquo;une longue maturation. \u00ab\u00a0Il dessinait comme j&rsquo;\u00e9cris\u00a0\u00bb, pense Jacques qui, au travers de ce carton \u00e0 dessins ouvert par curiosit\u00e9, vient d&rsquo;en d\u00e9couvrir davantage sur son fils qu&rsquo;il n&rsquo;en a pu saisir en vingt-six ann\u00e9es d&rsquo;incompr\u00e9hension r\u00e9ciproque. L&rsquo;homme h\u00e9site un long moment, puis referme soigneusement le grand classeur, et le glisse de nouveau \u00e0 sa place, comme s&rsquo;il ne l&rsquo;avait jamais vu. Enfin il se d\u00e9cide \u00e0 quitter l&rsquo;atelier, pour rejoindre Oc\u00e9ane, et faire avec elle le point sur l&rsquo;avancement de ses travaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme il entre dans le bureau, la jeune femme est en pleine conversation avec un agent de voyage. Jacques s&rsquo;assied sans faire de bruit \u00e0 la place normalement d\u00e9volue \u00e0 ses visiteurs. Il d\u00e9taille avec amusement une Oc\u00e9ane tr\u00e8s appliqu\u00e9e dans son r\u00f4le d&rsquo;organisatrice, le t\u00e9l\u00e9phone dans une main, le crayon dans l&rsquo;autre, consultant tout en parlant les notes qu&rsquo;elle a pu prendre d\u00e9j\u00e0, les comparant \u00e0 de nouvelles propositions d&rsquo;horaires, biffant, raturant, soulignant, reprenant une solution pr\u00e9c\u00e9demment abandonn\u00e9e. Le grand homme, \u00e0 la voir ainsi radieuse dans son affairement, se dit que, d\u00e9cid\u00e9\u00adment, ce petit fruit de la terre canadienne r\u00e9serve bien des surprises, et ferait une secr\u00e9taire de direction tr\u00e8s convenable, pour un homme d&rsquo;affaire en semi-retraite. Apr\u00e8s tout, un mi-temps de secr\u00e9tariat et un autre d&rsquo;illustratrice, pour elle, un mi-temps d&rsquo;homme d&rsquo;affaire et un autre de grand-p\u00e8re au foyer, pour lui, voil\u00e0 qui serait de nature \u00e0 cr\u00e9er une certaine forme d&rsquo;\u00e9quilibre dans la maison. Il est encore en train d&rsquo;\u00e9chafauder son nouveau r\u00eave quand la jeune femme raccroche le t\u00e9l\u00e9\u00adphone.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb J&rsquo;ai tout arrang\u00e9 !\u00a0\u00bb Lui dit-elle dans un grand sourire. \u00ab\u00a0Vous partez demain matin en train jusqu&rsquo;\u00e0 Paris, o\u00f9 vous arri\u00adverez pour d\u00e9jeuner avec ma\u00eetre Leclerc, qui en profitera pour vous raconter sa conversation avec monsieur de Courcy.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Courcy, Oc\u00e9ane, s&rsquo;il vous pla\u00eet. C&rsquo;est un ennemi, ne l&rsquo;oubliez pas.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pour ce qui concerne l&rsquo;appellation \u00e0 lui donner, vous verrez avec Al, mais je pr\u00e9f\u00e8re vous pr\u00e9venir qu&rsquo;il pense, quant \u00e0 lui, qu&rsquo;il y a lieu de m\u00e9nager la susceptibilit\u00e9 du bonhomme.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Avec qui, avez-vous dit ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Avec Al.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qui est ce Al ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et bien, mais c&rsquo;est ma\u00eetre Leclerc.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ma\u00eetre Leclerc s&rsquo;appelle Al ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En fait, il s&rsquo;appelle Alphonse. Mais, comme il n&rsquo;aime pas son pr\u00e9nom, qu&rsquo;il est rest\u00e9 tr\u00e8s jeune dans sa t\u00eate, et qu&rsquo;il aime la musique actuelle, il m&rsquo;a dit :\u00a0\u00bbCall me Al\u00a0\u00bb. Alors, je l&rsquo;appelle comme \u00e7a, maintenant. Je crois que \u00e7a lui fait plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est extraordinaire. Vous rendez-vous compte que, jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant, j&rsquo;ignorais le pr\u00e9nom de ma\u00eetre Leclerc.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vais vous parler franchement, Jacques. \u00c7a ne m&rsquo;\u00e9tonne pas. Malgr\u00e9 le soin que Marie apporte au m\u00e9nage, il y a pas mal \u00e0 d\u00e9poussi\u00e9rer ici, si vous voyez ce que je veux dire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Doucement, s&rsquo;il vous pla\u00eet, doucement ! Donc Al vous aurait dit de m\u00e9nager le d\u00e9tective.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, mais je suppose qu&rsquo;il vous expliquera pourquoi demain soir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est quand m\u00eame dommage. Avec son museau pointu, je trouvais qu&rsquo;il ressemblait \u00e0 un rat, Courcy. S&rsquo;il faut lui rendre sa particule, \u00e7a ne marche plus.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; A vous entendre parfois, Jacques, je comprends mieux Jonathan.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Que comprenez-vous mieux ? Ses critiques \u00e0 mon \u00e9gard\u00b0?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, plut\u00f4t sa fa\u00e7on de faire ce qu&rsquo;il croyait \u00eatre de l&rsquo;humour.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous \u00eates dure avec moi, Oc\u00e9ane. Je suis certain que vous avez souri.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est sans doute parce que je d\u00e9couvre chez vous un personnage insoup\u00e7onn\u00e9 ! Bon, je poursuis. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, Al vous d\u00e9posera \u00e0 Roissy, o\u00f9 vous embarquerez dans le vol Air France 040 qui d\u00e9colle \u00e0 dix-huit heures, et vous d\u00e9posera \u00e0 Montr\u00e9al \u00e0 dix-neuf heures trente, par la gr\u00e2ce du d\u00e9calage horaire. L\u00e0, une voiture de location vous est r\u00e9serv\u00e9e. Vous prendrez l&rsquo;autoroute pour Qu\u00e9bec, o\u00f9 je vous ai r\u00e9serv\u00e9 une chambre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel M\u00e9ridien. Vous trouverez facilement, c&rsquo;est bien indiqu\u00e9. Vous pourrez aller d\u00eener dans la vieille ville, si le restaurant de l&rsquo;h\u00f4tel ne vous tente pas. Je vous ai not\u00e9 quel\u00adques adresses sympas, juste au cas o\u00f9. La r\u00e9union est pr\u00e9vue pour le lendemain matin, dans un salon mis \u00e0 disposition par l&rsquo;h\u00f4tel. Ils m&rsquo;ont promis d&rsquo;\u00eatre l\u00e0 tous les six. Mais vous aviez raison, ils ignorent tout du syst\u00e8me. A vous de voir dans quelle mesure il sera int\u00e9ressant de le leur expliquer. J&rsquo;ai pens\u00e9 que vous pourriez utilement d\u00e9jeuner avec eux, je vous ai donc retenu une table au restaurant de l&rsquo;h\u00f4tel. A l&rsquo;issue du repas, je vous ai pr\u00e9vu une petite visite chez mes amis Cl\u00e9menceau. Nous n&rsquo;en avions pas parl\u00e9, mais je suis s\u00fbre que \u00e7a leur fera grand plaisir de vous conna\u00eetre. Ne vous inqui\u00e9tez pas, je vous ai fait un plan. Vous pourrez d\u00eener avec eux, Steph est un v\u00e9ri\u00adtable cordon bleu. Puis retour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel, que vous quitterez de bonne heure, le lendemain matin, afin d&rsquo;attraper le vol Air Canada de neuf heures, qui vous d\u00e9posera \u00e0 Roissy \u00e0 vingt et une heures. Ma\u00eetre Leclerc vous y attendra, afin de profiter le premier des nouvelles que vous rapporterez. Il vous h\u00e9bergera pour la nuit, avant de vous mettre au train du matin, le jour suivant. Maurice vous attendra \u00e0 la gare de Guingamp avec la voiture. Vous serez donc parti juste deux jours et demi. Vous pensez que \u00e7a ira&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et bien, je vois que vous vous posez l\u00e0, comme organi\u00adsatrice, ma ch\u00e8re. Vous avez fait du tr\u00e8s bon travail. Pourquoi voudriez-vous donc que \u00e7a n&rsquo;aille pas ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ce n&rsquo;est pas toujours \u00e9vident de d\u00e9couvrir un nouveau pays en si peu de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais je connais d\u00e9j\u00e0 le Canada, qu&rsquo;est-ce que vous croyez. J&rsquo;ai pass\u00e9 plusieurs mois \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, c&rsquo;\u00e9tait il y a, voyons, disons quelques ann\u00e9es, d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;ignorais. Vous risquez de trouver que le pays \u00e0 bien chang\u00e9, en \u00ab\u00a0quelques ann\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous en prie, ne soyez pas ironique, et respectez mes cheveux blancs. Je pr\u00e9f\u00e9rerais que vous me parliez plus avant des contacts que vous avez eus avec mes futurs interlo\u00adcuteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si \u00e7a ne vous d\u00e9range pas, Jacques, j&rsquo;aimerais faire une pose. \u00c7a fait cinq heures que je parle et j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;avoir une langue en papier buvard.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais bien s\u00fbr Oc\u00e9ane, je m&rsquo;en veux de n&rsquo;y avoir pas pens\u00e9 moi-m\u00eame. Que diriez-vous d&rsquo;une tasse de th\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous n&rsquo;avez rien d&rsquo;autre \u00e0 me proposer ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; A cette heure-ci ? C&rsquo;est un peu t\u00f4t, pour l&rsquo;ap\u00e9ritif. Atten\u00addez, je sais. Je vais vous faire go\u00fbter un nectar. Un tr\u00e8s vieux porto, qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 offert il y a des ann\u00e9es par ma\u00eetre Leclerc, et que je n&rsquo;ai pas encore eu l&rsquo;occasion de d\u00e9boucher. Ne bougez pas, je reviens.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00ab\u00ab\u00ab\u00ab<\/p>\n\n\n\n<p>Il est tard. Depuis longtemps, les bureaux du journal sont d\u00e9serts. Loin de l&rsquo;agitation nocturne qui caract\u00e9rise les quoti\u00addiens, l&rsquo;\u00e9quipage sur le pont nuit apr\u00e8s nuit pour assurer le bouclage du matin, le rythme du magasine mensuel est conforme \u00e0 celui de n&rsquo;importe quelle soci\u00e9t\u00e9 de service, et s&rsquo;interrompt avec la fin de la journ\u00e9e, pour reprendre le lendemain avec le caf\u00e9 de neuf heures. A son habitude, Dali di St\u00e9phano est encore \u00e0 son bureau, pour mettre la derni\u00e8re main \u00e0 la chronique culturelle du mois. Ce n&rsquo;est pas un mince travail, car depuis son arriv\u00e9e \u00e0 ce poste, cr\u00e9\u00e9 sp\u00e9cialement pour elle par un patron de presse libidineux, elle a su grignoter de la surface, pour passer de quelques millim\u00e8tres-colonne, dans le premier num\u00e9ro, \u00e0 un ensemble de plusieurs pages qui fait la pluie et le beau temps dans l&rsquo;univers des arts plastiques du Canada d&rsquo;expression fran\u00e7aise. Ce qui justifie les longues soir\u00e9es qu&rsquo;elle passe, seule, dans l&rsquo;immeuble pour r\u00e9diger et mettre en forme les comptes-rendus de ses nombreuses visites. A chaque num\u00e9ro, les directeurs de la publication restent souffl\u00e9s par sa puissance de travail, et l&rsquo;art consomm\u00e9 qu&rsquo;elle a de saisir la quintessence d&rsquo;une exposition au cours d&rsquo;une visite de quelques minutes. Aussi, personne ne s&rsquo;\u00e9tonne qu&rsquo;\u00e0 la fin de chaque mois, elle soit astreinte \u00e0 ces s\u00e9ances de travail suppl\u00e9mentaires, qui justifient largement les \u00e9moluments importants qu&rsquo;elle touche, et qui font d&rsquo;elle la star du journal. A ceux qui pourraient penser qu&rsquo;il n&rsquo;est pas prudent, pour une jeune femme, de rester ainsi seule dans un b\u00e2timent vide \u00e0 cette heure avanc\u00e9e de la nuit, on opposera la conception r\u00e9volutionnaire du syst\u00e8me de t\u00e9l\u00e9surveillance, reli\u00e9 directement au poste de police du quartier, seulement distant de cinq cents m\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Dali est assise, et feuillette distraitement un magasine concurrent, en fumant une cigarette. Elle regarde sa montre, \u00e9crase son m\u00e9got dans un grand cendrier de cristal d\u00e9j\u00e0 encombr\u00e9 de sa consommation de la journ\u00e9e, puis se l\u00e8ve et s&rsquo;\u00e9tire longuement, avant de quitter son bureau. Elle n&rsquo;a pas pris son manteau, c&rsquo;est donc qu&rsquo;elle ne quitte pas le si\u00e8ge du journal. De fait, elle se dirige vers le local qui abrite la centrale d&rsquo;alarme, et d\u00e9connecte rapidement le syst\u00e8me qui condamne l&rsquo;entr\u00e9e du b\u00e2timent. Puis elle prend l&rsquo;ascenseur qui la m\u00e8ne au rez-de-chauss\u00e9e, et va ouvrir la porte de service, derri\u00e8re laquelle attend un jeune homme d\u00e9gingand\u00e9, v\u00eatu d&rsquo;un pull \u00e9lim\u00e9, d&rsquo;un jean qui a depuis longtemps oubli\u00e9 sa couleur d&rsquo;origine, et d&rsquo;un lourd blouson de cuir qui d\u00e9tonne dans la douceur de la nuit. Le gar\u00e7on, qui doit avoir \u00e0 peine vingt-cinq ans, balance nonchalamment un attach\u00e9-case de plastique brun au bout du bras. Sans un mot de salutation \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la jeune femme, il s&rsquo;engouffre dans l&rsquo;immeuble, et attend qu&rsquo;elle ait referm\u00e9 la porte pour la suivre, toujours silencieux, jusqu&rsquo;\u00e0 son bureau. L\u00e0, il s&rsquo;installe sans y avoir \u00e9t\u00e9 invit\u00e9, ouvre le porte-documents, et en sort une liasse de feuilles dactylogra\u00adphi\u00e9es qu&rsquo;il tend \u00e0 Dali. Celle-ci parcourt rapidement quelques lignes de chacun des feuillets, en hochant la t\u00eate de satisfac\u00adtion. Elle passe alors derri\u00e8re le bureau, et extrait d&rsquo;un tiroir une enveloppe de papier brun qu&rsquo;un contenu \u00e9pais d\u00e9forme, et la donne au gar\u00e7on, qui la glisse dans son blouson.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb La liste des expos \u00e0 couvrir est avec l&rsquo;argent\u00a0\u00bb dit elle simplement.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Comme d&rsquo;habitude.\u00a0\u00bb r\u00e9pond le gar\u00e7on, laconique. \u00ab\u00a0Rien d&rsquo;autre ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, rien. C&rsquo;est parfait comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; O.K. On se revoit le mois prochain.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est \u00e7a. Bonsoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeune homme quitte le bureau et reprend l&rsquo;ascenseur vers la sortie. Dali di St\u00e9phano attend quelques minutes avant d&rsquo;aller rebrancher le syst\u00e8me de surveillance, puis revient \u00e0 son bureau. Elle passe ensuite une petite demi-heure \u00e0 relire, plus attentivement, les textes qu&rsquo;on lui a donn\u00e9s, un fin sourire aux l\u00e8vres. Puis elle les classe dans des chemises d\u00e9j\u00e0 pr\u00eates, enfile son manteau et sort. En passant dans le secr\u00e9tariat de son service, elle d\u00e9pose \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb prose sur le bureau de sa colla\u00adboratrice, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait du fruit de ses studieuses soir\u00e9es solitaires. Elle prend bien soin de tout \u00e9teindre derri\u00e8re elle, avant de quitter enfin le journal. Il n&rsquo;y a pas \u00e0 dire, son syst\u00e8me, un moment mis en difficult\u00e9, tourne maintenant comme une montre suisse, et lui donne pleinement satisfaction. La voici de nouveau tranquille pour un mois. Dali est d&rsquo;autant plus heureuse qu&rsquo;elle a vraiment cru tout perdre avec la disparition de Jonathan. C&rsquo;est que son ex boy-friend contr\u00f4lait alors seul l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du syst\u00e8me. Il avait mis en place un r\u00e9seau compos\u00e9 de six personnes qui visitaient chacune un certain nombre d&rsquo;expos en d\u00e9tail, et lui en livraient les comptes-rendus. Il les mettait alors lui-m\u00eame en forme afin d&rsquo;assurer la coh\u00e9rence de l&rsquo;ensemble des textes, et de leur donner le mordant n\u00e9cessaire, l&rsquo;ensemble prenant ainsi l&rsquo;allure d&rsquo;une chronique que Dali n&rsquo;avait plus qu&rsquo;\u00e0 signer. Il lui suffisait par ailleurs de se montrer, rapidement, \u00e0 chacune des expositions, pour pouvoir en revendiquer sans crainte la maternit\u00e9. Sa seule erreur, mais elle aurait pu \u00eatre fatale, c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ignorer l&rsquo;identit\u00e9 de ses n\u00e8gres, et \u00e0 plus forte raison leur adresse. La disparition de Jo l&rsquo;avait donc laiss\u00e9e dans une situation particuli\u00e8rement scabreuse. Heureusement, elle connaissait l&rsquo;existence des carnets, et avait r\u00e9ussi \u00e0 les faire r\u00e9cup\u00e9rer par un duo de petites frappes qu&rsquo;elle avait connues alors qu&rsquo;ils faisaient de la figuration dans les m\u00eames films qu&rsquo;elle. Elle avait ainsi pu remonter son r\u00e9seau, en ayant soin, toutefois, d&rsquo;en contr\u00f4ler tous les \u00e9l\u00e9ments. Bien s\u00fbr, elle n&rsquo;allait pas jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9colter elle-m\u00eame les notes de chacun de ses n\u00e8gres, mais elle les connaissait n\u00e9anmoins tous, et pouvait \u00e0 tout moment remplacer n&rsquo;importe lequel d&rsquo;entre eux, en cas de d\u00e9faillance. La disparition des carnets de son bureau ne la g\u00eanait pas vraiment, elle poss\u00e9dait toutes les informations importantes en double, et imaginait mal comment l&rsquo;esp\u00e8ce d&rsquo;indienne m\u00e9tiss\u00e9e qui lui avait piqu\u00e9 Jonathan pourrait les utiliser contre elle, tant elle se sentait s\u00fbre de la solidit\u00e9 de sa position dans le m\u00e9tier. Elle avait les moyens d&#8217;emp\u00eacher la petite grue d&rsquo;avoir acc\u00e8s aux journaux. Quand bien m\u00eame elle y parviendrait, elle ne p\u00e8serait pas lourd contre une personnalit\u00e9 de son importance. En fait, son d\u00e9sir de r\u00e9cup\u00e9rer les documents n&rsquo;\u00e9tait dict\u00e9 que par sa volont\u00e9 d&rsquo;achever sa vengeance. Dali avait horreur de laisser les choses en plan.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>chapitre 21 plan de campagne Le vieux notaire est assis \u00e0 son bureau. 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