{"id":1808,"date":"2024-06-28T16:30:25","date_gmt":"2024-06-28T14:30:25","guid":{"rendered":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1808"},"modified":"2024-06-28T16:32:51","modified_gmt":"2024-06-28T14:32:51","slug":"les-carnets-de-jonathan-episode-15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1808","title":{"rendered":"Les carnets de Jonathan &#8211; \u00e9pisode 15"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1808\" class=\"elementor elementor-1808\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-40a16e0c e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"40a16e0c\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-46e9adee elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"46e9adee\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n<p>\/<\/p>\n\n\n\n<p><strong>chapitre 15<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>l\u2019\u00e9missaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Je suppose, madame, que vous n&rsquo;\u00eates pas Oc\u00e9ane Monplaisir. Me tromp\u00e9-je ? Non, n&rsquo;est-ce pas. Dans ce cas, pourriez-vous avoir l&rsquo;extr\u00eame obligeance de la pr\u00e9venir que monsieur de Courcy, d\u00e9tective priv\u00e9, d\u00e9sire l&rsquo;entretenir d&rsquo;une affaire canadienne la concernant ? J&rsquo;attendrais dehors, cela n&rsquo;a pas d&rsquo;importance, j&rsquo;ai l&rsquo;habitude.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le petit homme tend sa carte \u00e0 une Marie \u00e9berlu\u00e9e, en essayant de grandir autant que possible ses trop rares centim\u00e8tres. Sa peau, jaun\u00e2tre, est tir\u00e9e sur un visage aigu, au nez aquilin, qui s\u00e9pare deux yeux sombres, engonc\u00e9s dans leurs orbites, d&rsquo;o\u00f9 ils tentent d&rsquo;\u00e9chapper au regard de l&rsquo;interlocutrice en godillant sans cesse de droite et de gauche. C&rsquo;est une physionomie \u00e9trange, qui manque singuli\u00e8rement de rondeurs. Les narines sont plates, les l\u00e8vres presque inexistantes, les sourcils clairsem\u00e9s sous le front qui ne para\u00eet grand que gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9cocit\u00e9 d&rsquo;une calvitie qui n&rsquo;int\u00e9resse, pour l&rsquo;instant, que la partie ant\u00e9rieure du cr\u00e2ne. Pour le reste, les cheveux sont d&rsquo;un brun banal, sans reflets, raides et gras, un peu trop longs, aussi. Ils sont ratiss\u00e9s de conserve vers l&rsquo;avant afin de constituer une sorte de m\u00e8che plate qui s&rsquo;arrondit sur le haut du front pour venir mourir sur l&rsquo;oreille gauche. Derri\u00e8re, ils tombent en pointe sur le col de la veste, agr\u00e9mentant son bleu marine d&rsquo;une int\u00e9ressante collection de pellicules. Sous le menton, \u00e9troit et braqu\u00e9 vers l&rsquo;avant, un d\u00e9but de double menton d\u00e9tonne, et annonce le faux maigre, diagnostic confirm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;examen du reste du personnage. Le cou, ploy\u00e9, plonge sans la toucher dans une chemise au col haut et dur, serr\u00e9 par une cravate noire, fine et lustr\u00e9e. La veste de confection est crois\u00e9e, et un peu longue. Malgr\u00e9 le rembourrage, ses \u00e9paules s&rsquo;affaissent, faute d&rsquo;\u00e9tai. Trois boutons dor\u00e9s, en demi d\u00f4me, en condamnent l&rsquo;acc\u00e8s, mettant en \u00e9vidence un embonpoint vraisemblablement concentr\u00e9 sur la partie abdominale du buste, tant le bonhomme semble flotter dans son pantalon de flanelle grise, impeccablement repass\u00e9, qui casse de fa\u00e7on exag\u00e9r\u00e9e sur des mocassins de cuir noir, anciens, mais bien entretenus. Il tient \u00e0 la main un cartable, de cuir lui aussi, maintes fois recousu, qui doit s\u00fbrement \u00eatre un bien de famille pour n&rsquo;avoir pas encore fini \u00e0 la poubelle, et un immense parapluie, \u00e9videmment noir, qui doit provenir du m\u00eame h\u00e9ritage.<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;embl\u00e9e, Marie le trouve antipathique, malgr\u00e9 la tenta\u00adtive de sourire qui d\u00e9couvre des dents de lapin, dont la teinte rappelle le vieil ivoire, ou l&rsquo;\u00e9cume de mer d&rsquo;une pipe bien culot\u00adt\u00e9e. Elle marmonne un \u00ab\u00a0Je vais voir\u00a0\u00bb sans enthousiasme, avant de lui refermer la porte au nez, et de monter aussit\u00f4t chercher Jacques, r\u00e9fugi\u00e9, \u00e0 son habitude, dans son bureau. elle frappe, mais n&rsquo;attend pas d&rsquo;assentiment pour p\u00e9n\u00e9trer dans la pi\u00e8ce qu&rsquo;elle trouve trop sombre et froide. Jacques est assis derri\u00e8re sa table de travail, sur laquelle il a pos\u00e9 les mains, crois\u00e9es l&rsquo;une sur l&rsquo;autre. Il tire machinalement sur une pipe depuis longtemps \u00e9teinte, le regard perdu loin dans le temps. Comme il n&rsquo;a pas paru percevoir son intrusion, Marie, aussi inqui\u00e8te que g\u00ean\u00e9e, toussote. Le grand homme para\u00eet alors s&rsquo;\u00e9veiller. Il pose la pipe dans le grand cendrier d&rsquo;\u00e9tain qui orne le bureau, se frotte les yeux avec le pouce et l&rsquo;index de la main droite, tic qu&rsquo;il a conserv\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il travaillait tard dans la nuit pour \u00e9viter de se retrouver trop vite seul dans son lit trop grand, et s&rsquo;enquiert des causes de cette visite impromptue.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Un monsieur demande mademoiselle Monplaisir, monsieur, mais j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 vous pr\u00e9venir avant\u00a0\u00bb lui r\u00e9pond la vieille femme en lui tendant la carte du visiteur.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Gontran, Herv\u00e9, Sigismond, Marie de Courcy, d\u00e9tective priv\u00e9 ! Si vous ne faisiez pas cette t\u00eate d&rsquo;enterrement, je jure\u00adrais qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une blague, Marie. A quoi ressemble donc ce monsieur de Courcy ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; A un sale bonhomme, si vous voulez mon avis, monsieur Jacques. Je suis s\u00fbre qu&rsquo;il nous am\u00e8ne des ennuis.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qu&rsquo;il nous apporte des ennuis, Marie, \u00e0 moins que lesdits ennuis aient figure humaine, et constituent la suite de cet important personnage.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pardon ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, rien, ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une petite remarque de vocabu\u00adlaire, assez d\u00e9plac\u00e9e, je vous l&rsquo;accorde. Bien, r\u00e9fl\u00e9chissons. Est-ce que nous pr\u00e9venons mademoiselle Monplaisir tout de suite, ou recevons-nous ce monsieur seul ? A moins que nous le priions d&rsquo;aller pratiquer des m\u0153urs contre nature chez nos voisins hell\u00e8nes, faute d&rsquo;avoir pris la courtoise pr\u00e9caution de se faire annoncer par t\u00e9l\u00e9phone&#8230; J&rsquo;h\u00e9site. Que me conseillez-vous, Marie ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah ben \u00e7a ! J&rsquo;en sais rien. Je ne comprends plus rien \u00e0 ce qui se passe dans cette maison. Au d\u00e9but, vous tol\u00e9riez tout juste mademoiselle Oc\u00e9ane, puis vous avez paru devenir amis, tout allait de mieux en mieux, et depuis deux jours, c&rsquo;est \u00e0 peine si vous vous dites bonjour, bonsoir. Voil\u00e0 que ce d\u00e9tec\u00adtive d\u00e9barque maintenant sans crier gare, pour parler d&rsquo;une affaire de Canada, alors qu&rsquo;il vient de Paris, \u00e0 en croire ce qui est marqu\u00e9 sur sa carte. Comment voulez-vous que je vous donne mon avis, je ne sais m\u00eame pas de quoi il s&rsquo;agit ! Et d&rsquo;abord, est-ce que vous le savez vous m\u00eame ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, je crois que j&rsquo;ai une petite id\u00e9e sur la question. Dites moi quand m\u00eame, sur son allure, le recevriez-vous ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Sur son allure ? Au fumier que je le mettrais. Et encore, je ne suis m\u00eame pas s\u00fbre que \u00e7a ferait un engrais valable !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tr\u00e8s bien. Je vais le recevoir, et t\u00e2cher d&rsquo;en savoir plus. Apr\u00e8s avoir introduit ce monsieur, vous irez \u00e0 l&rsquo;office, et pr\u00e9parerez une bouteille de cet excellent Sauternes que je garde pour les grandes occasions, et les verres idoines. Puis vous attendrez que je sonne. Un coup, vous apportez la bouteille. Deux coups, vous allez demander \u00e0 mademoiselle Monplaisir de se joindre \u00e0 nous.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Du Sauternes, pour un faiseur d&#8217;embrouilles pareil ! Il ne m\u00e9rite m\u00eame pas une tasse de caf\u00e9 instantan\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Faites ce que je vous dis, Marie, et de gr\u00e2ce, calmez-vous. Si vous allez le chercher avec cette t\u00eate, il sera sur ses gardes, et beaucoup plus difficile \u00e0 faire parler.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bien monsieur Jacques, c&rsquo;est vous le ma\u00eetre de maison.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La porte \u00e0 peine referm\u00e9e sur les talons de Marie, Jacques compose le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone du vieux notaire, qui d\u00e9croche presque aussit\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00ab\u00a0Leclerc, j&rsquo;\u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bonsoir Ma\u00eetre, c&rsquo;est Jacques.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comment allez-vous mon cher Jacques ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Aussi bien que le permet la situation. \u00c9coutez, je ne peux pas vous parler maintenant, je vous appelle pour vous demander un service. Je m&rsquo;appr\u00eate \u00e0 recevoir un d\u00e9tective priv\u00e9 parisien, apparemment mandat\u00e9 par les canadiens qui accusent Oc\u00e9ane de vol. Je me propose de laisser le t\u00e9l\u00e9\u00adphone branch\u00e9, afin que vous puissiez entendre la teneur de ses propos. Mon poste permet de r\u00e9aliser l&rsquo;op\u00e9ration sans que le combin\u00e9 soit d\u00e9croch\u00e9. Qu&rsquo;en dites-vous ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est une excellente id\u00e9e, mon cher ami. Oc\u00e9ane parti\u00adcipe-t-elle \u00e0 la discussion ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pas pour l&rsquo;instant. Je la ferais demander si besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a me semble plus sage, en effet. Essayez d&rsquo;en savoir le plus possible avant. Et surtout, ne prenez aucun engage\u00adment vis \u00e0 vis de cet homme, et m\u00e9fiez-vous de tout ce que vous pourrez dire. Si j&rsquo;en crois mon exp\u00e9rience, il aura sans doute un attach\u00e9-case, ou un sac quelconque, dans lequel est peut-\u00eatre dissimul\u00e9 un magn\u00e9tophone.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous promets d&rsquo;\u00eatre prudent. D\u00e8s son d\u00e9part, nous reprendrons cette conversation \u00e0 chaud. D&rsquo;autant que j&rsquo;ai des informations compl\u00e9mentaires \u00e0 vous donner sur le sujet. Je sais quel est l&rsquo;objet du d\u00e9lit !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Que ne le disiez-vous plus t\u00f4t ? De quoi s&rsquo;agit-il ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pas maintenant, le voici. A tout \u00e0 l&rsquo;heure.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques repose alors son combin\u00e9, apr\u00e8s avoir man\u0153uvr\u00e9 de sorte \u00e0 ne pas couper la communication. Deux rythmes de pas s&rsquo;approchent dans le couloir. Le trottinement net de Marie, ais\u00e9ment reconnaissable, accompagn\u00e9 d&rsquo;un son plus feutr\u00e9, tout juste audible. On frappe, Jacques donne l&rsquo;ordre d&rsquo;entrer. Marie s&rsquo;efface alors pour laisser p\u00e9n\u00e9trer le visiteur, puis referme la porte derri\u00e8re lui, et s&rsquo;en va en ayant soin de faire suffisamment de bruit pour qu&rsquo;on ne la soup\u00e7onne pas d&rsquo;espionner par le trou de la serrure. Jacques ne s&rsquo;est pas lev\u00e9, pour accueillir le d\u00e9tective. Il a pris une nouvelle pipe, avec laquelle il indique d&rsquo;un geste le fauteuil qui lui fait face, sans un mot. Pendant que le bonhomme s&rsquo;installe tout \u00e0 l&rsquo;avant du si\u00e8ge, le cartable sur les genoux, il bourre consciencieusement sa bouffarde, et l&rsquo;allume sans pr\u00e9cipitation. Puis il l\u00e2che un nuage de fum\u00e9e bleue vers le plafond, avant de s&rsquo;enqu\u00e9rir :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Que puis-je pour vous, monsieur&#8230;Courcy ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De Courcy, monsieur R\u00e9miniac, s&rsquo;il vous pla\u00eet, de Courcy. Mes anc\u00eatres ne m&rsquo;ont gu\u00e8re laiss\u00e9 que cette particule, alors j&rsquo;y tiens, si vous n&rsquo;y voyez pas d&rsquo;inconv\u00e9nient.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Aucun, cher monsieur, aucun. Ainsi vous avez des anc\u00ea\u00adtres.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comme tout un chacun, monsieur.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;entends bien, mais tous les anc\u00eatres ne l\u00e8guent pas de particules \u00e0 leurs descendants.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;ai mes quatre quartiers de noblesse, m\u00eame s&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9margent pas au rang des grandes familles fran\u00e7aises. En d&rsquo;autres temps, ils m&rsquo;auraient valu une certaine reconnais\u00adsance, ainsi qu&rsquo;une situation plus enviable que celle que les contraintes mat\u00e9rielles m&rsquo;obligent \u00e0 exercer.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dois-je en d\u00e9duire que vous n&rsquo;aimez pas le m\u00e9tier que vous faites ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il en est de plus lucratifs, mais il serait faux de pr\u00e9tendre que je n&rsquo;\u00e9prouve aucun go\u00fbt \u00e0 d\u00e9m\u00ealer l&rsquo;\u00e9cheveau d&rsquo;intrigues polici\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ce qui constitue l&rsquo;essentiel de vos travaux.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; H\u00e9las non, cher monsieur, h\u00e9las non. Mon ordinaire est essentiellement constitu\u00e9 de surveillances d&rsquo;\u00e9poux des deux sexes, suppos\u00e9s volages, \u00e0 tort ou \u00e0 raison. Rien de bien passionnant, comme vous le constatez. Il arrive n\u00e9anmoins, de temps en temps, que se pr\u00e9sente un cas plus difficile, et donc plus int\u00e9ressant \u00e0 r\u00e9soudre. Mais je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps. Aussi, si vous n&rsquo;y voyez pas d&rsquo;inconv\u00e9\u00adnient, je souhaiterais que nous entrions directement dans le vif du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous rassure, monsieur Courcy, je suis riche de temps \u00e0 perdre. Un homme aussi renseign\u00e9 que l&rsquo;est un d\u00e9tec\u00adtive de votre valeur ne peut ignorer que je suis retir\u00e9 des affaires.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De Courcy, s&rsquo;il vous pla\u00eet. Je l&rsquo;ignorais pourtant. Il faut dire, sans vouloir vous offenser, que ce n&rsquo;est pas vous que je suis venu voir aujourd&rsquo;hui, mais une personne que vous h\u00e9ber\u00adgez : mademoiselle Oc\u00e9ane Monplaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mademoiselle Monplaisir nous rejoindra peut-\u00eatre tout \u00e0 l&rsquo;heure, si elle en a le temps, et le d\u00e9sir. J&rsquo;aimerais toutefois, auparavant, que vous m&rsquo;expliquiez le but de votre visite.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est que ce que vous me demandez l\u00e0 est assez d\u00e9licat. C&rsquo;est une affaire qui concerne exclusivement cette jeune personne, et il me para\u00eet difficile de vous en entretenir sans son accord.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il se trouve que je suis le conseiller de mademoiselle Monplaisir pendant son s\u00e9jour en France. Son homme de confiance, si vous pr\u00e9f\u00e9rez, ce qui explique qu&rsquo;elle loge ici. Elle m&rsquo;a charg\u00e9 de d\u00e9grossir pour elle toutes les affaires, et les contrats qui la concernent. Si je ne pouvais pas, moi-m\u00eame, traiter cette affaire en son nom, il serait temps, alors, de lui demander de venir nous rejoindre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vois, je vois. Vous m&rsquo;interdisez de rencontrer made\u00admoiselle Monplaisir directement, c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous n&rsquo;y \u00eates pas du tout, monsieur Courcy. Mademoiselle Monplaisir ne vous recevra pas tant que je ne lui aurais pas conseill\u00e9 de le faire. La nuance peut vous para\u00eetre subtile, mais elle a son importance.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De Courcy, s&rsquo;il vous pla\u00eet. Mais \u00eates-vous seulement au courant de l&rsquo;affaire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comment voulez-vous que je le sache, vous ne m&rsquo;avez pas encore indiqu\u00e9 de quoi il retourne !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il s&rsquo;agit d&rsquo;une affaire canadienne.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La plupart des affaires qui concernent mademoiselle Monplaisir sont canadiennes, puisque c&rsquo;est sa nationalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Nous parlons en l&rsquo;occurrence d&rsquo;un vol.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mademoiselle Monplaisir ne m&rsquo;a pas d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;un vol.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D&rsquo;un vol dont elle se serait rendue coupable.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mon Dieu, vous devez faire erreur. Mademoiselle Monplaisir est incapable d&rsquo;une action de ce genre, je m&rsquo;en porte garant.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Monsieur R\u00e9miniac&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Monsieur Courcy ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De Courcy, s&rsquo;il vous pla\u00eet. Cessons, je vous prie, ce jeu pu\u00e9ril. Il est peut-\u00eatre tr\u00e8s amusant, de votre point de vue, mais ne me semble pas susceptible de faire avancer les choses d&rsquo;une fa\u00e7on raisonnable.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne joue pas, de Courcy. Mais je go\u00fbte fort peu votre mani\u00e8re de ne livrer qu&rsquo;au compte-gouttes des informations fragmentaires. Livrez-moi donc l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du message que l&rsquo;on vous a charg\u00e9 de nous transmettre, et je verrai alors quelle attitude il nous semblera bon de prendre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce qui vous fait penser que je ne suis charg\u00e9 que de transmettre un message ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne sais pas si cela constitue votre seule mission, mais il me para\u00eet \u00e9vident que, dans une affaire d&rsquo;origine cana\u00addienne, un d\u00e9tective fran\u00e7ais ne peut \u00eatre que le correspondant local d&rsquo;un coll\u00e8gue d&rsquo;outre-Atlantique. Je trouverais maladroit, de la part de votre commanditaire, de vous confier la t\u00e2che de r\u00e9soudre compl\u00e8tement une affaire qui trouve ses racines ailleurs qu&rsquo;en France. Je pense par cons\u00e9quent que vous \u00eates charg\u00e9 de nous transmettre un message, et, \u00e9ventuellement, d&rsquo;en attendre une r\u00e9ponse. Je vous \u00e9coute donc.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous d\u00e9duisez tr\u00e8s bien, monsieur R\u00e9miniac. Je note \u00e9galement que vous admettez qu&rsquo;il existe une affaire \u00e0 r\u00e9sou\u00addre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si tel n&rsquo;\u00e9tait pas le cas, votre pr\u00e9sence ici n&rsquo;aurait aucun sens. Une derni\u00e8re fois, je vous offre la possibilit\u00e9 de me dire ce dont il s&rsquo;agit, mais je pr\u00e9f\u00e8re vous pr\u00e9venir que bien que je dispose de tout mon temps, ma patience a malgr\u00e9 tout des limi\u00adtes que vous vous pr\u00e9parez \u00e0 franchir. Venez-en au fait, je vous en prie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;y viens, j&rsquo;y viens. Comme vous l&rsquo;avez donc compris, je suis dans cette affaire le correspondant fran\u00e7ais d&rsquo;une officine canadienne qui travaille pour le compte d&rsquo;une personne tr\u00e8s connue \u00e0 Qu\u00e9bec. Cette personne d\u00e9clare que mademoiselle Monplaisir a profit\u00e9 d&rsquo;un court s\u00e9jour sans surveillance dans son bureau pour lui d\u00e9rober des documents de travail qui, s&rsquo;ils n&rsquo;ont aucune valeur marchande, sont n\u00e9anmoins de premi\u00e8re importance pour notre cliente. Celle-ci, mettant le geste de mademoiselle Monplaisir sur le compte d&rsquo;un moment d&rsquo;\u00e9garement passager, souhaite pouvoir r\u00e9cup\u00e9rer les documents en question dans le cadre d&rsquo;une proc\u00e9dure amiable. Je suis par cons\u00e9quent mandat\u00e9 pour r\u00e9cup\u00e9rer lesdits documents, ce qui interrompra toute proc\u00e9dure \u00e0 l&rsquo;encontre de mademoiselle Monplaisir. Si toutefois celle-ci refusait cette fa\u00e7on de proc\u00e9der&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ma cliente se verrait dans l&rsquo;obligation de confirmer un d\u00e9p\u00f4t de plainte pour vol. Dans cette hypoth\u00e8se, mademoiselle Monplaisir se trouverait dans une situation pour le moins incon\u00adfortable. Il lui serait en effet impossible d&rsquo;obtenir les documents n\u00e9cessaires \u00e0 la poursuite de son s\u00e9jour en France, et un retour au Canada la contraindrait \u00e0 traiter avec la justice de son pays.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous \u00eates-vous demand\u00e9 si mademoiselle Monplaisir s&rsquo;\u00e9tait effectivement rendue coupable du vol dont vous l&rsquo;accu\u00adsez ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Cela n&rsquo;entre pas dans mes attributions, monsieur R\u00e9miniac.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est bien ce que je pensais. Pouvez-vous m&rsquo;\u00e9clairer davantage sur la nature des documents en question ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Cela n&rsquo;entre pas non plus dans mes attributions.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dites plut\u00f4t que vous n&rsquo;avez aucune id\u00e9e de ce dont il s&rsquo;agit !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Libre \u00e0 vous de le croire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Libre \u00e0 moi, en effet. Je vais toutefois vous proposer une autre version de l&rsquo;histoire. Mademoiselle Monplaisir s&rsquo;est rendue au bureau de votre cliente par d\u00e9l\u00e9gation parce que celle-ci lui avait fix\u00e9 un rendez-vous qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas daign\u00e9 honorer, ce qui en dit long sur son manque de correction, soit dit en passant. Leur entretien devait concerner les documents en question qui n&rsquo;appartiennent pas \u00e0 votre cliente, mais \u00e0 mademoiselle Monplaisir. Celle-ci, constatant l&rsquo;absence de son interlocutrice, et la pr\u00e9sence desdits documents sur le bureau, s&rsquo;est tout bonnement content\u00e9e de les r\u00e9cup\u00e9rer. Il n&rsquo;y a donc, dans cette affaire, pas plus de vol que de beurre en broche. Point final, et je vous remercie de transmettre notre position \u00e0 vos correspondants, au revoir monsieur.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Monsieur R\u00e9miniac, je vous en prie, ne prenez pas cette affaire \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Elle est en effet plus complexe qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet au premier abord. Qu&rsquo;il y ait eu vol ou non, je n&rsquo;en sais rien, et cela ne me concerne pas. Je peux vous assurer, en revanche, que ma cliente est pr\u00eate \u00e0 aller en justice pour obtenir r\u00e9paration du tort qu&rsquo;elle estime avoir subi, et que seule une intervention de mes coll\u00e8gues canadiens a permis cette tentative de r\u00e8glement \u00e0 l&rsquo;amiable. Si mademoiselle Monplaisir estime que les documents en question lui appartiennent, la meilleure chose \u00e0 faire est de les rendre \u00e0 ma cliente, dans un premier temps, puis de demander ensuite \u00e0 la justice canadienne de trancher. Elle serait alors en position favorable pour faire reconna\u00eetre ses droits \u00e9ventuels. Toute autre attitude de sa part la mettra automatiquement en position tr\u00e8s d\u00e9licate.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il appartient pourtant \u00e0 votre cliente de prouver que ces documents lui appartiennent effectivement.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est tout \u00e0 fait exact. Mais l&rsquo;avantage, dans ce genre d&rsquo;affaire, appartient \u00e0 celui qui tire le premier. Si nous nous engageons dans une proc\u00e9dure, mademoiselle Monplaisir se trouvera en position de d\u00e9fenderesse, et devra, pour rester en libert\u00e9, verser une caution sans proportion avec ses moyens d&rsquo;existence. La justice canadienne n&rsquo;est pas plus rapide que son homologue fran\u00e7aise. Sa situation sera difficile pendant plusieurs ann\u00e9es. Je me dois d&rsquo;ajouter, qui plus est, que ma cliente jouit, dans son pays, d&rsquo;une tr\u00e8s grande notori\u00e9t\u00e9, ce qui ne pourra que lui attirer la sympathie du tribunal. Si mademoi\u00adselle Monplaisir d\u00e9cide, au contraire, d&rsquo;accepter la proposition que nous lui faisons, ses ennuis cesseront aussit\u00f4t, et elle se trouvera libre de ses mouvements pour poursuivre, si elle le souhaite, la proc\u00e9dure ad-hoc pour retrouver la jouissance de ce qu&rsquo;elle estime \u00eatre son bien.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous \u00eates en train de m&rsquo;expliquer que mademoiselle Monplaisir est tomb\u00e9e dans un traquenard, ni plus ni moins !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous \u00eates ma\u00eetre de votre interpr\u00e9tation, monsieur R\u00e9miniac. Je me permets toutefois d&rsquo;ajouter, afin que votre information soit compl\u00e8te, que mon homologue canadien dirige un cabinet de d\u00e9tectives honorablement connu, qui poss\u00e8de un service juridique de premi\u00e8re qualit\u00e9. Votre adversaire est de taille, si vous me pardonnez l&rsquo;expression.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et qu&rsquo;est-ce qui nous prouve qu&rsquo;une fois les documents en votre possession, les poursuites ne seront malgr\u00e9 tout pas engag\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Nous sommes pr\u00eats \u00e0 \u00e9changer ces documents contre une lettre qui stipulerait que notre cliente les avait pr\u00eat\u00e9s, pour consultation, \u00e0 mademoiselle Monplaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vois que vous avez tout pr\u00e9vu.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tout, en effet.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le petit homme a chang\u00e9 de position au cours de l&rsquo;entre\u00adtien. Il est maintenant assis confortablement, au fond du fauteuil, son cartable toujours sur les genoux, et un sourire de vaniteuse satisfaction ach\u00e8ve de le rendre antipathique. Jacques d\u00e9cide de rompre l&rsquo;engagement.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Tr\u00e8s bien, monsieur Courcy, je vais transmettre ces informations \u00e0 mademoiselle Monplaisir, et nous d\u00e9ciderons ensemble de la suite \u00e0 donner \u00e0 votre visite, suite que je vous ferais conna\u00eetre dans les prochains jours. Je vous remercie.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il actionne ensuite une fois l&rsquo;antique sonnette qui relie le bureau \u00e0 la cuisine. Maurice arrive quelques instants plus tard, avec un plateau sur lequel tr\u00f4nent deux verres et une bouteille de Sauternes.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Maurice, s&rsquo;il vous pla\u00eet, d\u00e9posez votre plateau sur le bureau et raccompagnez monsieur Courcy, il nous quitte. Vous demanderez ensuite \u00e0 mademoiselle Monplaisir de me rejoin\u00addre pour d\u00e9guster ce nectar. Merci.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9tective se l\u00e8ve, non sans avoir jet\u00e9 un regard d&rsquo;envie \u00e0 la bouteille dor\u00e9e. Il redresse autant que faire se peut ses pauvres centim\u00e8tres et prend cong\u00e9 de son h\u00f4te.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; De Courcy, monsieur R\u00e9miniac, de Courcy. J&rsquo;attends de vos nouvelles au plus vite, c&rsquo;est \u00e0 dire pour la fin de la semaine au plus tard, sans quoi, nous lancerons la proc\u00e9dure dont je vous ai parl\u00e9 !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand Jacques, supr\u00eame affront, semble ne m\u00eame plus l&rsquo;entendre. Il s&rsquo;est saisi de la bouteille avec d\u00e9licatesse, la soutenant par le fond, et en d\u00e9taille l&rsquo;\u00e9tiquette avec soin. Vex\u00e9, le petit homme s&rsquo;est retourn\u00e9 d&rsquo;un geste brusque et embo\u00eete le pas \u00e0 Maurice, majordome de circonstance, qui, s&rsquo;il n&rsquo;est pas au courant de l&rsquo;affaire, appr\u00e9cie toutefois en connaisseur l&rsquo;atti\u00adtude d\u00e9daigneuse du ma\u00eetre des lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois le sinistre vecteur des malheurs d&rsquo;Oc\u00e9ane parti, Jacques cesse son man\u00e8ge et repose la bouteille. Puis il inter\u00adpelle le notaire par t\u00e9l\u00e9phone interpos\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Alors, mon cher ma\u00eetre, que pensez-vous de tout ceci ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Une simple question, avant de r\u00e9pondre : de quel nectar avez-vous parl\u00e9 juste avant la sortie de ce d\u00e9sagr\u00e9able bonhomme ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il s&rsquo;agit d&rsquo;un Raynes-Vigneau 1953 que j&rsquo;avais charg\u00e9 Marie de sacrifier pour le cas o\u00f9 il aurait fallu d\u00e9lier un peu la langue de ce monsieur.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Un premier cru de Sauternes, et d&rsquo;une ann\u00e9e magnifique qui plus est, mazette, mon ami Jacques, vous ne l\u00e9sinez pas sur les moyens.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;admets que c&rsquo;eut \u00e9t\u00e9 donner de la confiture \u00e0 un cochon. Tant pis, je la boirais seul, pour oublier !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et pour oublier quoi, grands dieux ? Vous avez \u00e9t\u00e9 parfait, et nous savons maintenant exactement ce que nous voulions savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah \u00e7a ! Pour le savoir on le sait. Oc\u00e9ane est coinc\u00e9e, pieds et poings li\u00e9s, et il nous est impossible de tenter quoi que ce soit pour l&rsquo;aider. Il va falloir qu&rsquo;elle se d\u00e9brouille seule.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jacques, mon ami, comme vous abandonnez vite ! Je vous ai connu plus pugnace, en d&rsquo;autres temps.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous l&rsquo;avez dit, ma\u00eetre, c&rsquo;\u00e9tait en d&rsquo;autres temps. Je l\u00e8ve mon verre \u00e0 votre sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ne soyez pas d\u00e9faitiste, Jacques, vous en devenez ridi\u00adcule. Apr\u00e8s tout, cette affaire n&rsquo;est pas si ennuyeuse qu&rsquo;il y paraissait au premier abord, et le personnage que vous venez de cong\u00e9dier si cavali\u00e8rement nous propose une solution qui, me semble-t-il, m\u00e9nage les int\u00e9r\u00eats de tous.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah oui ? Et laquelle ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il suffit qu&rsquo;Oc\u00e9ane leur rende ces fichus papiers, et le tour est jou\u00e9. Nous prendrons ensuite les mesures n\u00e9cessaires pour qu&rsquo;elle puisse, si elle le d\u00e9sire, les r\u00e9cup\u00e9rer tout \u00e0 fait officiellement. Je ne vois pas l\u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;un probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il y en a un pourtant, et de taille. Il s&rsquo;appelle Oc\u00e9ane Monplaisir. Comment pouvez-vous supposer un seul instant qu&rsquo;elle accepte de se s\u00e9parer de ses inestimables carnets ? Vous connaissez mal la demoiselle, mon cher ma\u00eetre, pour raisonner ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Allons, allons, Jacques, je suis s\u00fbr que vous noircissez le tableau.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;aimerais tellement que ce soit vrai, et que vous ayez raison. Mais je mettrais ma main au feu qu&rsquo;elle trouvera mille et une raisons de refuser cette sage solution. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;irrite le plus chez elle. Non, ma\u00eetre, je vous l&rsquo;assure, elle n&rsquo;en fera qu&rsquo;\u00e0 sa t\u00eate, et va plonger droit dans les ennuis. Je commence \u00e0 bien cerner le personnage, je suis certain de ne pas me tromper. J&rsquo;ai bien fait de ne pas m&rsquo;attacher trop \u00e0 nos petites canadiennes. Elles n&rsquo;auront fait que passer.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jacques, je vous en prie, reprenez-vous. Je suis persuad\u00e9 qu&rsquo;Oc\u00e9ane se laissera convaincre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Justement, je l&rsquo;entends qui s&rsquo;approche. Libre \u00e0 vous d&rsquo;essayer, ma\u00eetre. Pour moi, les missions d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es ne me tentent plus. Entrez, mademoiselle, entrez. Asseyez-vous je vous en prie et go\u00fbtez-moi ce vin.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous remercie.\u00a0\u00bb dit Oc\u00e9ane, interloqu\u00e9e tant par la situation que par le ton d\u00e9sabus\u00e9 de son h\u00f4te, en saisissant le verre que Jacques, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre lev\u00e9, lui tend galamment.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Mademoiselle Monplaisir, je viens de recevoir l&rsquo;\u00e9mis\u00adsaire de vos adversaires canadiens, et je ne vous cache pas que le personnage est assez odieux. Ma\u00eetre Leclerc, qui, gr\u00e2ce \u00e0 un petit stratag\u00e8me \u00e9lectronique, a pu profiter de notre entre\u00adtien, va se faire un plaisir de vous en livrer la teneur. A vous ma\u00eetre.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques tourne l&rsquo;appareil t\u00e9l\u00e9phonique sur lui-m\u00eame, de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9senter le haut-parleur \u00e0 la jeune femme. Puis il s&rsquo;enfonce dans son fauteuil, l&rsquo;air sombre, le regard fix\u00e9 quelque part entre le haut du mur qui lui fait face et le plafond, en faisant tourner machinalement le soleil liquide du Sauternes dans son verre. Pendant ce temps, ma\u00eetre Leclerc se racle d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment la gorge \u00e0 l&rsquo;autre bout du fil, \u00e0 la recherche d&rsquo;une introduction qui ne soit pas trop quelconque. Oc\u00e9ane attend, inqui\u00e8te. C&rsquo;est une attitude qu&rsquo;elle ne quitte plus depuis la discussion qu&rsquo;elle a eue avec Jacques, deux jours auparavant. Elle attend le coup dur sans se faire d&rsquo;illusion sur l&rsquo;aide que pourrait lui fournir son h\u00f4te. Si d&rsquo;ailleurs elle avait os\u00e9 en avoir, l&rsquo;air lugubre qui tire vers le bas les traits du grand homme auraient t\u00f4t fait de d\u00e9truire cette trace d&rsquo;espoir. Pour se donner une contenance, elle go\u00fbte le vin, juste au moment que choisit ma\u00eetre Leclerc pour commencer son intervention.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\u00a0\u00bb Permettez-moi tout d&rsquo;abord de vous saluer, ch\u00e8re mademoiselle, et de vous pr\u00e9senter mes plus humbles excuses pour la fa\u00e7on cavali\u00e8re dont je me m\u00eale aujourd&rsquo;hui de vos affaires. J&rsquo;esp\u00e8re que vous admettrez que mon seul but est de vous aider \u00e0 rester parmi nous.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vous fais confiance, ma\u00eetre, et quoi que puisse donner cette conversation, je vous prie d&rsquo;accepter par avance mes remerciements pour votre sollicitude \u00e0 mon \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, bon, bien, passons, ce n&rsquo;est vraiment rien, je vous assure. Revenons-en plut\u00f4t \u00e0 notre affaire. Comme vous l&rsquo;a indiqu\u00e9 notre ami Jacques, il vient de recevoir la visite du correspondant fran\u00e7ais de vos adversaires canadiens. Si j&rsquo;ai bien saisi le discours de ce monsieur, ceux-ci vous accusent de vous \u00eatre appropri\u00e9 des documents de travail leur appartenant, par des moyens qui paraissent constituer un d\u00e9lit, \u00e0 leurs yeux tout du moins. Je pr\u00e9cise ici que, de nous trois, je suis le seul \u00e0 ne pas savoir de quoi il s&rsquo;agit, mais bref, poursuivons. Ces personnes tiennent, toujours d&rsquo;apr\u00e8s notre visiteur, \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer ces documents, et sont pr\u00eates \u00e0 passer avec vous un accord en ce sens, accord qui vous garantirait l&rsquo;abandon de toute poursuite \u00e0 votre encontre. Dans le cas o\u00f9 vous d\u00e9cideriez de conserver n\u00e9anmoins ces papiers, ils paraissent d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 d\u00e9poser une plainte pour vol, ce qui vous mettrait dans une situation tr\u00e8s difficile, que vous restiez en France ou que vous d\u00e9cidiez de rentrer au Canada. A la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, et apr\u00e8s en avoir discut\u00e9 quelques minutes avec Jacques, il nous para\u00eet sage de vous conseiller de rendre ces fameux documents, quitte \u00e0 ester ensuite \u00e0 votre tour pour les r\u00e9cup\u00e9rer, si vous estimez qu&rsquo;ils vous appartiennent effectivement. J&rsquo;ajoute que, dans une telle hypoth\u00e8se, nous vous apporterions notre soutien le plus r\u00e9solu. Voil\u00e0, je crois, la situation clairement r\u00e9sum\u00e9e. Qu&rsquo;en pensez-vous, ma petite Oc\u00e9ane ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je comprends parfaitement votre position, ma\u00eetre, puis\u00adque vous ignorez le fond de l&rsquo;affaire. Je ne peux, en revanche, en dire autant de monsieur R\u00e9miniac, qui lui, conna\u00eet toute l&rsquo;histoire, et sait par cons\u00e9quent qu&rsquo;il m&rsquo;est impossible de me dessaisir de ces papiers. Ne croyez surtout pas que j&rsquo;agis sur un coup de t\u00eate. Je ne cesse d&rsquo;y penser, depuis deux jours, et dans un premier temps, j&rsquo;ai envisag\u00e9 de rendre les carnets. Mais c&rsquo;est beaucoup trop risqu\u00e9. Ces carnets constituent mon seul moyen de me d\u00e9fendre contre ceux que vous appelez mes adversaires, m\u00eame s&rsquo;ils semblent, aujourd&rsquo;hui, constituer la source de mes ennuis.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Alors ma\u00eetre, ne vous l&rsquo;avais-je pas dit ?\u00a0\u00bb ricane le grand Jacques, du fond de son fauteuil. \u00a0\u00bb J&rsquo;\u00e9tais s\u00fbr que mademoiselle Monplaisir vous r\u00e9pondrait ainsi !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Calmez-vous Jacques, s&rsquo;il vous pla\u00eet. Oc\u00e9ane, j&rsquo;avoue que je ne comprends pas votre position. Vous choisissez d&rsquo;aller au devant de graves ennuis. Peut-\u00eatre pourriez-vous m&rsquo;expli\u00adquer pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est une bien longue histoire, ma\u00eetre, et je ne me sens pas l&rsquo;envie de la raconter de nouveau, d&rsquo;autant qu&rsquo;elle n&rsquo;a manifestement pas convaincu monsieur R\u00e9miniac de ma bonne foi !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;aimerais quand m\u00eame que vous m&rsquo;en donniez les grandes lignes.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Apr\u00e8s tout, pourquoi pas. La personne qui me poursuit est une femme, une ancienne amie de Jonathan. Elle est actuellement la critique artistique la plus en vogue au Canada. Mais en fait, elle n&rsquo;\u00e9crit pas elle-m\u00eame ses chroniques. Elle utilise pour ce faire un r\u00e9seau de n\u00e8gres organis\u00e9 par Jonathan. Celui-ci, quand il m&rsquo;a connue, a pass\u00e9 un accord avec celle qui, par ma faute, devenait son ex. La paix contre la poursuite de leur collaboration. \u00c7a a march\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la mort de Jo. Depuis lors, elle n&rsquo;a eu de cesse de m&#8217;emp\u00eacher de travailler. C&rsquo;est \u00e0 cause d&rsquo;elle que je suis venue me r\u00e9fugier ici.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et les fameux documents ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ce sont deux carnets qui appartenaient \u00e0 Jonathan, et dans lesquels est d\u00e9crit le syst\u00e8me complet, avec le nom des personnes qui fournissaient \u00e0 Jo la mati\u00e8re de ses fameuses chroniques. Tant que j&rsquo;ai ces carnets, je peux lui nuire, et esp\u00e9rer renverser le cours du jeu. Si je les lui rends, il me sera impossible de retourner travailler au Canada. J&rsquo;ai m\u00eame peur qu&rsquo;elle n&rsquo;ait les moyens de me d\u00e9truire professionnellement en France. Voil\u00e0, vous connaissez maintenant l&rsquo;essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il est \u00e9vident que ces \u00e9claircissements changent la nature du probl\u00e8me, et je comprends mieux, maintenant, votre position. Exploitons donc ces carnets, puisque vous les avez. Nous lui rendrons ainsi au centuple la monnaie de sa pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ce n&rsquo;est pas si simple. Dali di St\u00e9phano, c&rsquo;est le nom de cette femme, b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une grande notori\u00e9t\u00e9 dans le monde du journalisme, \u00e0 Qu\u00e9bec, alors que je n&rsquo;y connais personne. J&rsquo;ai bien r\u00e9fl\u00e9chi, je vous l&rsquo;ai dit. Ma seule chance, c&rsquo;est le proc\u00e8s qu&rsquo;elle veut me faire. Je pense que, devant la cour, je r\u00e9ussirai \u00e0 dire ce que sont ces carnets, que l&rsquo;on m&rsquo;accuse d&rsquo;avoir vol\u00e9, et \u00e0 d\u00e9voiler ainsi devant t\u00e9moins son syst\u00e8me de tricheuse.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je comprends bien votre id\u00e9e, ma petite Oc\u00e9ane, mais bien que je ne connaisse pas le syst\u00e8me juridique de votre pays, je crois que vous vous leurrez sur le d\u00e9roulement de ce fameux proc\u00e8s. Il ne ressemblera s\u00fbrement pas \u00e0 ces grandes dramatiques que nous montre la t\u00e9l\u00e9vision. Votre affaire passera plus vraisemblablement entre un abandon de famille, et une conduite en \u00e9tat d&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9. Qui voulez-vous qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 de si petits m\u00e9faits ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous avez peut-\u00eatre raison, ma\u00eetre, mais c&rsquo;est ma seule porte de sortie, si \u00e9troite soit-elle. Je ne rendrais pas les carnets de Jonathan. D&rsquo;ici quelques jours, le temps pour Dali de d\u00e9poser sa plainte, je retournerai dans mon pays avec C\u00e9cilia, afin de me d\u00e9fendre ainsi que je vous l&rsquo;ai dit.\u00a0\u00bb<\/p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\/ chapitre 15 l\u2019\u00e9missaire &#8211;\u00a0\u00bb Je suppose, madame, que vous n&rsquo;\u00eates pas Oc\u00e9ane Monplaisir. Me tromp\u00e9-je ? Non, n&rsquo;est-ce pas. Dans ce cas, pourriez-vous avoir l&rsquo;extr\u00eame obligeance de la pr\u00e9venir que monsieur de Courcy, d\u00e9tective priv\u00e9, d\u00e9sire l&rsquo;entretenir d&rsquo;une affaire canadienne la concernant ? J&rsquo;attendrais dehors, cela n&rsquo;a pas d&rsquo;importance, j&rsquo;ai l&rsquo;habitude.\u00a0\u00bb Le petit homme [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[64],"tags":[],"class_list":["post-1808","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-feuilleton"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Les carnets de Jonathan - \u00e9pisode 15<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Quinzi\u00e8me \u00e9pisode du feuilleton &quot;les carnets de Jonathan&quot;. 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