{"id":1595,"date":"2024-04-12T13:56:48","date_gmt":"2024-04-12T11:56:48","guid":{"rendered":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1595"},"modified":"2024-04-12T13:59:17","modified_gmt":"2024-04-12T11:59:17","slug":"les-carnets-de-jonathan-episode-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1595","title":{"rendered":"Les carnets&#8230; \u00e9pisode 4"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1595\" class=\"elementor elementor-1595\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-92b5ed2 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"92b5ed2\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-0533646 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"0533646\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Chapitre 4<\/p><p>Retour sur terre<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb Eh, Jonathan, tu es pr\u00eat ?<\/p><p>&#8211; Hein ? Pour quoi faire ?<\/p><p>&#8211; Manifestement, tu n&rsquo;es pas pr\u00eat !<\/p><p>&#8211; Jeannou, je ne sais m\u00eame pas de quoi tu parles !<\/p><p>&#8211; Mais c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre de bonne humeur, le jeune homme ce matin ! Il n&rsquo;a pas bien dormi ?<\/p><p>&#8211; Il m&rsquo;est arriv\u00e9 un dr\u00f4le de truc, pendant ton absence.<\/p><p>&#8211; Mon absence, mon absence, faut le dire vite, vu que je rapplique d\u00e8s que tu le d\u00e9sires.<\/p><p>&#8211; Ca ne va pas recommencer, dis ? Puis-je esp\u00e9rer m&rsquo;ex\u00adprimer naturellement, sans craindre les sens cach\u00e9s ou les connotations vexantes que pourrait comporter mon discours pour une jeune fille de seize ans, morte dix ans avant moi ? Le puis-je dis moi ?<\/p><p>&#8211; Toi, tu ne vas pas fort. Bon, je vais essayer d&rsquo;\u00eatre moins vache. Alors, raconte, qu&rsquo;est ce qui t&rsquo;est arriv\u00e9 ?<\/p><p>&#8211; Tu sais, on pr\u00e9tend que quand on va mourir, on revoit toute sa vie d\u00e9filer, en l&rsquo;espace de quelques secondes. Et bien moi, je viens de refaire le tour complet de mon existence, mais lentement. L&rsquo;impression en \u00e9tait \u00e9trange. C&rsquo;est comme si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 au cin\u00e9ma. Je voyais se d\u00e9rouler le film de ma vie, mais sans pouvoir intervenir. J&rsquo;ai visionn\u00e9, le mot me semble juste, des sc\u00e8nes de mon pass\u00e9 dont je ne me souvenais pas. Je me suis vu, b\u00e9b\u00e9, t\u00e9ter le sein de ma m\u00e8re, et je l&rsquo;ai reconnue, alors qu&rsquo;elle est morte quand j&rsquo;avais six mois. C&rsquo;\u00e9tait une exp\u00e9rience extraordinaire, et g\u00eanante \u00e0 la fois. J&rsquo;avais vraiment l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre un voyeur un peu malsain&#8230;<\/p><p>&#8211; Mais tu es malsain !<\/p><p>&#8211; Jeannou, tu casses tout.<\/p><p>&#8211; Milexcuses, monseigneur. Je r\u00e9agis comme \u00e7a parce que je crains de te voir \u00e9clater en sanglots, et \u00e7a m&rsquo;ennuierait bigrement, vu que je ne suis pas franchement dou\u00e9e pour jouer les consolatrices.<\/p><p>&#8211; Eclater en sanglots ? Grands dieux, et pourquoi donc ? Outre le fait que la chose me semble \u00ab\u00a0immat\u00e9riellement\u00a0\u00bb impos\u00adsible, elle ne correspond pas au sentiment que je ressens.<\/p><p>&#8211; Les esprits peuvent souffrir, Jonathan, tant qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas atteint la pl\u00e9nitude de la phase trois. Quand \u00e7a m&rsquo;est arriv\u00e9 \u00e0 moi, je me suis mis \u00e0 pleurer comme une madeleine. Mon mentor, un vieux tonton cur\u00e9, mort quelques mois auparavant, a eu un mal fou \u00e0 me consoler. Mais heureusement, \u00e7a ne dure pas.<\/p><p>&#8211; Parce que, toi aussi, tu as tout rev\u00e9cu ?<\/p><p>&#8211; Ben oui, tu n&rsquo;es pas unique mon bonhomme, au contraire, tu suis le m\u00eame parcours que tout le monde.<\/p><p>&#8211; Et \u00e7a sert \u00e0 quoi, tout ce &#8230;cin\u00e9ma ?<\/p><p>&#8211; Ben, c&rsquo;est la pr\u00e9paration \u00e0 ton retour sur terre. C&rsquo;est pour \u00e7a que je suis l\u00e0.<\/p><p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que tu veux que j&rsquo;aille faire sur terre ?<\/p><p>&#8211; Jonathan, s&rsquo;il te pla\u00eet, ne te fais pas plus b\u00eate que tu n&rsquo;es. Je t&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 tout \u00e7a. Il faut te d\u00e9gager.<\/p><p>&#8211; Ah oui, c&rsquo;est vrai. Tu veux que je retourne voir ceux que j&rsquo;ai laiss\u00e9s derri\u00e8re moi, et que je m&rsquo;assure que je n&rsquo;ai plus rien \u00e0 faire avec eux. C&rsquo;est bien \u00e7a ?<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est \u00e7a.<\/p><p>&#8211; Jeannou, j&rsquo;ai une bonne nouvelle pour toi, tu y coupes d&rsquo;une corv\u00e9e, je n&rsquo;ai laiss\u00e9 personne derri\u00e8re moi. Je me sens donc parfaitement d\u00e9gag\u00e9, et te propose par cons\u00e9quent de passer directement en phase deux.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est pas si simple, mon gar\u00e7on.<\/p><p>&#8211; Ne m&rsquo;appelle pas comme \u00e7a, s&rsquo;il te pla\u00eet. Compte tenu de notre diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e2ge, c&rsquo;est ridicule.<\/p><p>&#8211; OK bonhomme. Je disais donc que ce n&rsquo;est pas si simple. Tu as forc\u00e9ment laiss\u00e9 des tas de gens derri\u00e8re toi, \u00e0 commencer par ton p\u00e8re, et monsieur et madame Martinez, et s\u00fbrement d&rsquo;autres encore.<\/p><p>&#8211; Mais je ne les ai pas vus depuis des ann\u00e9es. Pourquoi donc faudrait-il que j&rsquo;y retourne ?<\/p><p>&#8211; Il le faut, pour \u00eatre compl\u00e8tement et absolument s\u00fbr que tu n&rsquo;as plus aucun regret \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de ne jamais plus les revoir.<\/p><p>&#8211; Mais j&rsquo;en suis s\u00fbr ! Ton insistance en ce domaine me semble louche.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est ton insistance \u00e0 toi pour ne pas y aller qui est lou\u00adche, oui. Tu as peur de ce que tu vas rencontrer Jonathan. C&rsquo;est normal, c&rsquo;est une sacr\u00e9e \u00e9preuve. Nous sommes tous pass\u00e9s par l\u00e0. C&rsquo;est dur, mais n\u00e9cessaire.<\/p><p>&#8211; Arr\u00eate ton charre, Jeannou. De quoi voudrais-tu que j&rsquo;aie peur ?<\/p><p>&#8211; Mais, de d\u00e9couvrir l&rsquo;image que tu laisses aux autres, Jo\u00adnathan. C&rsquo;est \u00e7a, l&rsquo;\u00e9preuve la plus terrible. Toute sa vie, on la passe \u00e0 essayer de ressembler \u00e0 l&rsquo;image que l&rsquo;on aimerait que les autres se fassent de nous. Maintenant, tu vas \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image que tu as vraiment laiss\u00e9e de toi. Et c&rsquo;est l\u00e0 que naissent les regrets. C&rsquo;est l\u00e0 que l&rsquo;on voudrait revenir pour de bon, et leur dire, \u00e0 tous, \u00ab\u00a0vous vous trompez, je n&rsquo;\u00e9tais pas comme \u00e7a !\u00a0\u00bb Ce sont ces regrets-l\u00e0 qu&rsquo;il va te falloir affronter Jonathan. Et tu seras seul pour le faire. Je serai \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s, mais je ne pourrai pas faire grand chose pour t&rsquo;aider. Alors, je te repose la question : es-tu pr\u00eat \u00e0 y aller ?<\/p><p>&#8211; Si tu veux, mais c&rsquo;est vraiment pour te faire plaisir. L&rsquo;image que je laisse derri\u00e8re moi, j&rsquo;en ai vraiment rien \u00e0 faire. Je suis mort trop jeune pour m&rsquo;en pr\u00e9occuper.<\/p><p>&#8211; Libre \u00e0 toi de le croire, mais tu te trompes, bonhomme, et si tu restes dans cet \u00e9tat d&rsquo;esprit, tu risques d&rsquo;avoir de bien mauvaises surprises.<\/p><p>&#8211; Allons-y alors, et nous verrons bien !<\/p><p>&#8211; Ouais, allons-y.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Elles se font face, sur deux banquettes d&rsquo;un quelconque wagon du train express r\u00e9gional qui les m\u00e8ne de Rennes \u00e0 Guingamp. L&rsquo;une parle sans arr\u00eat, et l&rsquo;autre \u00e9coute, l&rsquo;air grave, sans la quitter des yeux. L&rsquo;une, c&rsquo;est la m\u00e8re. Elle peut avoir trente ou trente-cinq ans. Parce que le wagon est aux trois-quarts vides, elle s&rsquo;est mise \u00e0 son aise. Ses bottes de daim de style western gisent en vrac sous la banquette, et elle est allon\u00adg\u00e9e, les jambes repli\u00e9es, appuy\u00e9e sur un bras. C&rsquo;est une jolie jeune femme, tr\u00e8s brune, \u00e0 la peau mate. Les yeux tr\u00e8s som\u00adbres sont l\u00e9g\u00e8rement \u00e9tir\u00e9s vers les tempes, et laissent imaginer un m\u00e9lange de sangs, au r\u00e9sultat harmonieux. Les cheveux sont longs. Impeccablement natt\u00e9s, ils encadrent souplement le visage aux pommettes marqu\u00e9es, au nez long, l\u00e9g\u00e8rement busqu\u00e9, \u00e0 la bouche charnue, mais sans exc\u00e8s. La jupe de daim tr\u00e8s courte d\u00e9gage les jambes bien galb\u00e9es, longues et muscl\u00e9es, d&rsquo;une sportive. La taille est mince, et contraste avec la poitrine \u00e9panouie, agr\u00e9ablement accroch\u00e9e \u00e0 un torse tonique, aux \u00e9paules fermes. Trop petite pour pouvoir pr\u00e9tendre \u00e0 un titre de miss quelconque, elle n&rsquo;en est pas moins attirante, et sa pose alanguie renforce encore une sensualit\u00e9 qui ne doit rien ni aux cosm\u00e9tiques, ni \u00e0 une mise simple, pour ne pas dire \u00e9l\u00e9mentaire. Un collant de laine claire, la minijupe de daim, un pull irlandais, et une canadienne de cuir, dont le col et les poignets sont doubl\u00e9s de peau de mouton retourn\u00e9e, et qui est, pour l&rsquo;heure, roul\u00e9e en boule contre la paroi de la voiture, composent sa tenue. Elle s&rsquo;adresse \u00e0 la petite sans vraiment la regarder, laissant ses yeux se promener au hasard, dans un ailleurs ind\u00e9fini.<\/p><p>La gamine, en face, semble poser pour le portrait en pied d&rsquo;une petite fille mod\u00e8le. Elle n&rsquo;a pas trois ans, mais il \u00e9mane d&rsquo;elle un s\u00e9rieux presque g\u00eanant. A la lassitude qu&rsquo;exprime l&rsquo;attitude de la m\u00e8re, elle r\u00e9plique en se tenant fermement assise au bord de la banquette, les jambes pendantes, les mains pos\u00e9es sur les genoux. Le contraste ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0. Ses cheveux, longs et boucl\u00e9s, sont aussi dor\u00e9s que ceux de sa m\u00e8re sont noirs. Ils sont regroup\u00e9s en deux couettes hautes \u00e0 l&rsquo;aide de rubans de velours rouge. Sa carnation tr\u00e8s claire est rehauss\u00e9e par les grands yeux bruns, ronds comme des billes, qui fixent intens\u00e9ment l&rsquo;adulte, comme s&rsquo;il leur fallait venir au secours des petites oreilles roses, d\u00e9licatement ourl\u00e9es, pour que soit parfaitement re\u00e7u le monologue. Elle est v\u00eatue d&rsquo;une jolie robe de poup\u00e9e, en tissu \u00e9cossais \u00e0 dominante rouge, comme on en voit dans les magazines, et porte, par-dessus son collant de laine, de ravissants petits escarpins vernis. A c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, sur la banquette, est soigneusement pli\u00e9e sa cape de lainage bleu marine. Strictement immobile, elle \u00e9coute, cherchant l&rsquo;oracle dans les paroles de la grande. Elles ne sont pas gaies, ces paroles, pourtant, et promettent un avenir plein de vent et de nuages d&rsquo;orage. Pourquoi faut-il donc qu&rsquo;avec les adultes, les choses soient si compliqu\u00e9es ? Elle \u00e9tait bien, la petite, dans leur appartement. Il n&rsquo;\u00e9tait pas bien grand, c&rsquo;est s\u00fbr, mais suffisait largement \u00e0 les abriter toutes les deux. Maman dessinait et peignait, pendant qu&rsquo;\u00e0 ses pieds elle jouait avec son unique poup\u00e9e. Personne ne venait jamais les voir, mais \u00e7a non plus, ce n&rsquo;\u00e9tait pas grave, puisqu&rsquo;elles s&rsquo;aimaient toutes les deux. Il n&rsquo;y aurait pas eu de place pour quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre dans son coeur de petite fille sage. Parce qu&rsquo;elle est tr\u00e8s sage, pour ne pas g\u00eaner Maman qui travaille tant. Parfois, Maman prenait son grand carton \u00e0 dessins, et partait Dieu seul sait o\u00f9, apr\u00e8s l&rsquo;avoir d\u00e9pos\u00e9e chez la gardienne de l&rsquo;immeuble, une dame tr\u00e8s gentille, sauf qu&rsquo;elle r\u00e9p\u00e9tait sans cesse \u00ab\u00a0pauvre petite\u00a0\u00bb en la regardant, et qu&rsquo;elle la gavait de g\u00e2teaux, comme si elle avait eu faim. Elle n&rsquo;avait pas faim. Elle avait toujours fait ses trois repas par jour, plus le go\u00fbter. Des fois, on mangeait de bonnes choses, des confitures de toutes les couleurs, et puis d&rsquo;\u00e9normes steaks. D&rsquo;autres fois, on se contentait de sirop d&rsquo;\u00e9rable, et de p\u00e2tes. Mais il y en avait toujours largement. Le soir, Maman rentrait fatigu\u00e9e. Mais elle la prenait dans ses bras, et la serrait tr\u00e8s fort contre elle, en lui faisant des petits bisous partout, surtout dans le cou, parce que \u00e7a la fait rire. A certains de ses retours, elle remplissait le frigo de tas de trucs qui sentaient bon, et avec lesquels on se r\u00e9galait ensuite pendant plusieurs jours. Mais pas toujours. Ca n&rsquo;avait pas grande importance, \u00e0 ses yeux. Elles \u00e9taient ensemble, et donc, tout allait bien. Et puis voil\u00e0 qu&rsquo;il a fallu partir pour ce voyage interminable. L&rsquo;avion d&rsquo;abord, puis un grand train qui allait tr\u00e8s vite, puis cet autre train, plus petit, qui fait tant de bruit. Chaque fois, il a fallu attendre, dans les courants d&rsquo;air, bouscul\u00e9es par des gens press\u00e9s et grossiers, ou indiff\u00e9rents. Qu&rsquo;est-ce qui a bien pu lui prendre, \u00e0 Maman, pour qu&rsquo;elle se mette ainsi \u00e0 tout casser ? Et pourquoi lui parle-t-elle de s\u00e9paration, maintenant, m\u00eame si ce n&rsquo;est que \u00ab\u00a0pour un petit moment\u00a0\u00bb ? Maman a beau dire qu&rsquo;elle sera tr\u00e8s heureuse, si c&rsquo;est sans elle, merci bien. Comment pourrait-t-on bien \u00eatre heureuse sans sa maman ? Et puis, o\u00f9 va-t-on, \u00e0 la fin ? Pas une fois elle ne l&rsquo;a dit. Et pourtant, il est long, ce voyage. Il n&rsquo;en finit pas. Tiens, le train freine. Maman se l\u00e8ve, et lui demande de remettre son manteau. Serait-on arriv\u00e9 ? Non, voil\u00e0 qu&rsquo;elle parle de trouver un taxi, maintenant. C&rsquo;est reparti.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>-\u00ab\u00a0J&rsquo;avoue que je suis un peu inquiet.<\/p><p>&#8211; Tiens donc ! Je croyais que tu t&rsquo;en fichais pas mal, de ce retour.<\/p><p>&#8211; Je me fichais pas mal de ne pas revenir, ce qui est tr\u00e8s diff\u00e9rent.<\/p><p>&#8211; Et qu&rsquo;est-ce qui t&rsquo;angoisse, maintenant ?<\/p><p>&#8211; N&rsquo;exag\u00e9rons pas, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;angoisse. Je me de\u00admande simplement comment \u00e7a va se passer, c&rsquo;est tout.<\/p><p>&#8211; Oh, c&rsquo;est tout simple, en v\u00e9rit\u00e9. On y va, on regarde, on \u00e9coute, et quand tu en as marre, on rentre.<\/p><p>&#8211; Vu comme \u00e7a&#8230;<\/p><p>&#8211; Et comment voudrais-tu le voir ?<\/p><p>&#8211; Si \u00e7a se trouve, on va tomber comme un cheveu sur la soupe.<\/p><p>&#8211; Un cheveu d&rsquo;ange, alors&#8230;<\/p><p>&#8211; Tu n&rsquo;arr\u00eates donc jamais de plaisanter !<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est pour d\u00e9tendre l&rsquo;atmosph\u00e8re, c&rsquo;est tout. Allez, cesse de r\u00e2ler, et prends les choses comme elles viennent.<\/p><p>&#8211; Facile \u00e0 dire. Par o\u00f9 commence-t-on ? Par le manoir je suppose. Et que va-t-on y trouver ? Un p\u00e8re enferm\u00e9 dans son mutisme habituel, une Marie pleurant son \u00ab\u00a0cher petit ange\u00a0\u00bb, dans les bras d&rsquo;un Maurice, qui cherche \u00e0 la consoler, mais qui, lui aussi en a gros sur la patate ? Franchement, Jeannou, je ne le trouve pas dr\u00f4le du tout, ton jeu. Tu parles d&rsquo;un spectacle !<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est la douleur des autres qui t&rsquo;effraie \u00e0 ce point ?<\/p><p>&#8211; Quand c&rsquo;est par moi qu&rsquo;elle arrive, oui. D&rsquo;autant que je ne peux rien faire pour y rem\u00e9dier.<\/p><p>&#8211; Fallait y penser avant, et conduire moins vite.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;\u00e9tait une plaque de verglas. Je n&rsquo;y pouvais rien !<\/p><p>&#8211; Sauf que si tu \u00e9tais sorti de la route \u00e0 cinquante, au lieu de&#8230; Tiens, au lieu de combien d&rsquo;ailleurs ?<\/p><p>&#8211; J&rsquo;en sais rien, cinq mille tours en troisi\u00e8me, \u00e7a doit cher\u00adcher dans les cent vingt-cinq, cent trente.<\/p><p>&#8211; Au lieu de cent trente, donc, tu t&rsquo;en serais tir\u00e9, au pire, avec quelques jours d&rsquo;hosto, et une ou deux viriles balafres.<\/p><p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que tu en sais, d&rsquo;abord, du haut de tes seize berges m\u00eame pas m\u00fbres ? Tu ne connais rien \u00e0 la conduite. La preuve, tu t&rsquo;es tu\u00e9e en tracteur, \u00e0 m\u00eame pas trente \u00e0 l&rsquo;heure !<\/p><p>&#8211; Touch\u00e9. J&rsquo;admets que, sur ce sujet, je n&rsquo;ai pas de le\u00e7on \u00e0 te donner. En revanche, j&rsquo;en sais plus que toi sur notre situation actuelle. Ce qui me permet d&rsquo;affirmer sans grande chance de me tromper que nous risquons peu de tomber sur la sc\u00e8ne que tu d\u00e9crivais tout \u00e0 l&rsquo;heure.<\/p><p>&#8211; Ah bon ! Tu crois donc qu&rsquo;ils se tapent sur le ventre, en \u00e9voquant ma disparition, en bas ?<\/p><p>&#8211; Non, ce n&rsquo;est pas ce que je veux dire. Il est \u00e9vident que ta mort les a d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, sur le coup. Mais les douleurs les plus vives s&rsquo;estompent avec le temps. Et je te rappelle que \u00e7a fait bien trois ans, dur\u00e9e terrestre, que tu t&rsquo;es si d\u00e9finitivement viandach\u00e9 dans ta superbe auto.<\/p><p>&#8211; Ah oui, c&rsquo;est vrai. Quand j&rsquo;y pense, c&rsquo;est dommage pour la voiture.<\/p><p>&#8211; Jonathan, tu n&rsquo;es pas croyable.<\/p><p>&#8211; Faudra t&rsquo;y faire, je n&rsquo;ai pas l&rsquo;intention de changer. Tiens, tu sais \u00e0 quoi je pense, en ce moment ?<\/p><p>&#8211; Non, mais je m&rsquo;attends au pire !<\/p><p>&#8211; Et bien, je me dis que j&rsquo;ai de la chance, quand m\u00eame. Mon p\u00e8re aurait pu habiter un quelconque appartement, dans une tour moderne.<\/p><p>&#8211; Et alors, je ne vois pas o\u00f9 est le probl\u00e8me.<\/p><p>&#8211; Tu me vois, moi, hanter un T5 tout confort, vue sur parc, dernier \u00e9tage avec ascenseur et portier \u00e9lectronique ! C&rsquo;est compl\u00e8tement ringard. Alors qu&rsquo;un manoir&#8230;<\/p><p>&#8211; Jonathan ! Un peu de tenue, on arrive. Tiens, regarde, ils sont tous les trois ensemble, dans la cuisine.<\/p><p>&#8211; Attends un peu, o\u00f9 va-t-on se cacher ?<\/p><p>&#8211; Se cacher ? Mais enfin, Jonathan, nous sommes des es\u00adprits, invisibles par essence. On peut s&rsquo;asseoir \u00e0 table avec eux, ils ne s&rsquo;en rendront pas compte. Tu peux m\u00eame choisir de t&rsquo;installer sur les genoux de ton p\u00e8re, si \u00e7a t&rsquo;amuse.<\/p><p>&#8211; Arr\u00eate, c&rsquo;est pas possible qu&rsquo;ils ne sentent rien.<\/p><p>&#8211; Si, c&rsquo;est possible. Bon, maintenant tu cesses de faire la b\u00eate, et tu te tais. Ecoutons un peu ce qu&rsquo;ils disent.<\/p><p>&#8211; Eh, mais ce sont peut-\u00eatre des affaires priv\u00e9es. Ca ne te regarde pas !<\/p><p>&#8211; Jonathan ! Tout ce qui te concerne me concerne. Je te rappelle que mon salut, c&rsquo;est \u00e0 dire mon passage en phase trois, en d\u00e9pend. D&rsquo;autant que quoique j&rsquo;apprenne, \u00e7a ne peut me servir \u00e0 rien, si ce n&rsquo;est \u00e9ventuellement \u00e0 te charrier un peu.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est justement ce que je crains le plus, langue de vip\u00e8re.<\/p><p>&#8211; Ca y est, tu es calm\u00e9 ? Alors tu la fermes, et tu te con\u00adcentres sur ce qu&rsquo;ils disent, s&rsquo;il te pla\u00eet.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Dans la cuisine, c&rsquo;est l&rsquo;heure du d\u00eener. Comme nous som\u00admes en semaine, Jacques partage la table de Marie et Maurice. A l&rsquo;\u00e9poque de Martine, il en allait tout diff\u00e9remment. Semaine ou pas, ils d\u00e9jeunaient et d\u00eenaient tous les quatre dans la grande salle \u00e0 manger, ou, temps permettant, dans la serre r\u00e9am\u00e9nag\u00e9e. A la disparition de la jeune femme, Jacques, tout \u00e0 son chagrin, a d&rsquo;abord demand\u00e9 \u00e0 manger seul, et les Martinez se sont repli\u00e9s dans la cuisine, au demeurant fort confortable, pour y prendre leur repas en t\u00eate \u00e0 t\u00eate. Puis, un soir, plusieurs semaines apr\u00e8s l&rsquo;enterrement, presque timidement il est venu frapper \u00e0 la porte de la pi\u00e8ce, et demander s&rsquo;ils l&rsquo;accepteraient \u00e0 leur table. Comme Marie, aussit\u00f4t, proposait de dresser le couvert en haut, comme avant, il avait r\u00e9pondu qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e9rait la cuisine, avec eux, parce que rien ne serait plus comme avant. Marie se r\u00e9criant qu&rsquo;il ne fallait pas se laisser aller \u00e0 la morosit\u00e9, parce que m&rsquo;\u00e2me Martine ne l&rsquo;aurait pas permis, Jacques avait c\u00e9d\u00e9 un peu de terrain, et accept\u00e9 que la salle \u00e0 manger les abrite tous les trois pour les repas du week-end. Pour l&rsquo;ordinaire, la cuisine convenait tr\u00e8s bien.<\/p><p>Ils sont donc l\u00e0 tous les trois, avalant sans parler une soupe de pot-au-feu odorante. Jonathan, terroris\u00e9, voit sa jeune camarade flotter au milieu de la pi\u00e8ce, l&rsquo;oeil particuli\u00e8rement taquin. La voici au-dessus de la table, qui hume le fumet du potage, puis \u00e9clate de rire, en constatant le d\u00e9sarroi de son compagnon. Aucun des trois humains n&rsquo;a sembl\u00e9 remarquer quoi que ce soit. Ils paraissent absorb\u00e9s dans de lointaines pens\u00e9es, et avalent leur soupe, cuill\u00e8re apr\u00e8s cuill\u00e8re, comme des automates. Enfin, apr\u00e8s avoir soigneusement essuy\u00e9 le fond de son assiette avec un cro\u00fbton de pain, Jacques se racle la gorge, et se met \u00e0 parler :<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb Quel \u00e2ge avez-vous Maurice ?<\/p><p>&#8211; Ben, \u00e7a me fait soixante-quatre ans m&rsquo;sieur Jacques. Pourquoi ?<\/p><p>&#8211; Et vous, Marie, sans indiscr\u00e9tion ?<\/p><p>&#8211; Y a pas d&rsquo;indiscr\u00e9tion monsieur Jacques, j&rsquo;aurai bient\u00f4t soixante-deux ans. Pourquoi est-ce que \u00e7a vous int\u00e9resse ?<\/p><p>&#8211; Avez-vous d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 \u00e0 prendre votre retraite, tous les deux ?<\/p><p>&#8211; Et pourquoi on le ferait ?\u00a0\u00bb s&rsquo;insurge Maurice. \u00ab\u00a0Vous nous trouvez trop vieux pour rester tout \u00e0 coup ? On ne fait plus assez bien notre travail peut-\u00eatre ? Tu entends \u00e7a, Marie, depuis plus de trente ans qu&rsquo;on est l\u00e0 !<\/p><p>&#8211; Calmez-vous, Maurice, je n&rsquo;ai rien contre votre \u00e2ge, et la qualit\u00e9 de votre travail ne souffre aucune critique. J&rsquo;ajoute que, plus que le travail que vous accomplissez ici, c&rsquo;est votre amiti\u00e9 qui m&rsquo;importe.<\/p><p>&#8211; Alors, qu&rsquo;est-ce que vous venez nous parler de retraite ? Nous, on n&rsquo;en a rien \u00e0 faire, de la retraite. Tant qu&rsquo;on a la sant\u00e9, o\u00f9 est le probl\u00e8me ? Pas vrai Marie ?\u00a0\u00bb<\/p><p>Marie acquiesce d&rsquo;un hochement de t\u00eate, \u00e0 son habitude. Alors Jacques reste un moment silencieux, tournant sa langue plusieurs fois dans sa bouche, avant de se hasarder de nou\u00adveau:<\/p><p>&#8211; Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que nous vivons en France, \u00e0 l&rsquo;aube du vingt et uni\u00e8me si\u00e8cle. Il y a des lois sociales, dans ce pays, et elles pr\u00e9voient que les salari\u00e9s ont le droit de prendre leur retraite \u00e0 soixante-cinq ans. Comme vous approchez l&rsquo;un et l&rsquo;autre de cette limite, je me demandais si vous y aviez song\u00e9, c&rsquo;est tout.<\/p><p>&#8211; Pas du tout ! pas du tout du tout du tout ! Pas vrai Marie, on n&rsquo;y a pas song\u00e9 du tout ? Jamais on n&rsquo;y aurait pens\u00e9. Tant qu&rsquo;on a la sant\u00e9, on travaille. Un point c&rsquo;est tout. Surtout qu&rsquo;il faut bien dire, m&rsquo;sieur Jacques, que le travail ici, c&rsquo;est plut\u00f4t tranquille. Un peu de gazon par-ci, un peu d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 par-l\u00e0. J&rsquo;vais vous dire, tiens. Si je prenais ma retraite, ce qui me plairait vraiment, mais alors vraiment, ce serait une petite vie peinard, dans une grande maison au bord de la mer, et je m&rsquo;occuperais en faisant un peu de gazon par-ci, un peu d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 par-l\u00e0. Vous voyez, la retraite, on y est d\u00e9j\u00e0 ! D&rsquo;ailleurs, vous l&rsquo;avez dit vous m\u00eame. La retraite, c&rsquo;est un droit. Et bien nous, on ne veut pas faire valoir ce droit. Pas vrai Marie\u00b0?\u00a0\u00bb<\/p><p>Et Marie hoche, comme elle le fait depuis plus de quarante ans. Jacques, malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9nervement du petit homme, qui retrouve alors son accent pied-noir, poursuit n\u00e9anmoins son id\u00e9e :<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb Dans ce grand pays d\u00e9mocratique, Maurice, on ne peut pas refuser de b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un droit social, durement acquis par les masses laborieuses dans une lutte sans merci contre le grand patronat.<\/p><p>&#8211; Maintenant que je vous regarde, m&rsquo;sieur Jacques, je comprends enfin ce que \u00e7a veut dire, le grand patronat.<\/p><p>&#8211; Maurice ! tu n&rsquo;as pas honte de plaisanter comme \u00e7a ! Tu ne comprends pas que monsieur Jacques cherche \u00e0 nous dire quelque chose ?<\/p><p>&#8211; Oh si Marie, je le comprends. Mais comme je sais que ce qu&rsquo;il veut me dire, je n&rsquo;ai pas envie de l&rsquo;entendre !<\/p><p>&#8211; Mon cher Maurice, il le faut bien pourtant. Peut-\u00eatre trou\u00advez-vous injuste de ne pas pouvoir rester \u00e0 mon service, mais je pense que l&rsquo;esprit de la loi pr\u00e9tend en fait m&rsquo;interdire de vous garder plus qu&rsquo;il ne cherche \u00e0 vous condamner \u00e0 partir.<\/p><p>&#8211; Et elle est o\u00f9, la diff\u00e9rence ?<\/p><p>&#8211; Dans la philosophie, Maurice, dans la philosophie.<\/p><p>&#8211; Excusez-moi, monsieur Jacques, si je me m\u00eale de la conversation, mais avec votre philosophie, et l&rsquo;\u00e9nervement de Maurice qui vous emp\u00eache de finir vos phrases, je n&rsquo;y comprends plus rien. Ce que vous nous dites, c&rsquo;est que la loi nous interdit de continuer \u00e0 travailler pour vous quand nous aurons plus de soixante-cinq ans tous les deux, c&rsquo;est bien \u00e7a?<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est presque \u00e7a, Marie.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est quoi, presque ?<\/p><p>&#8211; La loi oblige les salari\u00e9s de soixante-cinq ans \u00e0 profiter de leur retraite, c&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer un peu des cotisations sociales pay\u00e9es pendant toute une vie.<\/p><p>&#8211; Donc, on n&rsquo;aura plus le droit de travailler pour vous contre r\u00e9mun\u00e9ration, c&rsquo;est \u00e7a ?<\/p><p>&#8211; Oui, c&rsquo;est \u00e7a.<\/p><p>&#8211; Et comment vous allez faire, alors ?<\/p><p>&#8211; Je n&rsquo;y ai pas vraiment r\u00e9fl\u00e9chi. Je trouverai s\u00fbrement un homme du coin que quelques heures de jardinage par semaine sauront int\u00e9resser. Et ce ne sont pas les femmes de m\u00e9nage qui manquent.<\/p><p>&#8211; Et les repas, qui vous les fera, les repas ?<\/p><p>&#8211; Oh, si je suis tout seul, il n&rsquo;y aura pas grand travail, et puis&#8230;<\/p><p>&#8211; Tu vois, Marie, on n&rsquo;est pas parti qu&rsquo;il enl\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 notre couvert !<\/p><p>&#8211; Mais jamais de la vie, qu&rsquo;est-ce que vous allez imaginer. C&rsquo;est quand m\u00eame terrible de ne pas pouvoir avoir une conver\u00adsation normale, entre adultes, au sujet de la retraite. Je ne vous mets pas dehors, nom de Dieu !<\/p><p>&#8211; Oh, monsieur Jacques !<\/p><p>&#8211; Je veux simplement savoir si vous avez, quelque part, une campagne ou vous serez heureux de vous retirer, quand vous aurez fini de travailler. Ce n&rsquo;est tout de m\u00eame pas vous faire injure que de le demander !<\/p><p>&#8211; Rien que de penser que nous aurions pu pr\u00e9parer un truc comme \u00e7a en douce, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 nous faire injure. Alors, le demander !<\/p><p>&#8211; Mais bon Dieu, qu&rsquo;est-ce que vous deviendrez, quand je ne serai plus l\u00e0 ?<\/p><p>&#8211; Et pourquoi donc ? Vous partez ?<\/p><p>&#8211; Maurice, tais-toi. Qu&rsquo;est-ce que vous voulez dire par l\u00e0, monsieur Jacques ? Vous \u00eates malade, ou quelque chose ?<\/p><p>&#8211; Mais non Marie, je ne suis pas malade.<\/p><p>&#8211; Alors quoi, vous \u00eates plus jeune que nous !<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est vrai. (Soupir) Mais pour vivre, il faut en avoir envie, et je n&rsquo;en ai plus la force.<\/p><p>&#8211; Monsieur Jacques ! Vous n&rsquo;\u00eates pas en train d&rsquo;essayer de nous dire que vous allez vous&#8230;<\/p><p>&#8211; Me supprimer ? Non Marie, pas au sens o\u00f9 vous l&rsquo;enten\u00addez, du moins. Mais il suffit de lire la presse m\u00e9dicale pour le savoir, quand l&rsquo;envie de vivre quitte un homme, la nature en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale le comprend, et ne lui impose pas un trop long parcours. Je ne crois pas que je vivrais tr\u00e8s vieux. Depuis la mort de Jonathan, et malgr\u00e9 votre amiti\u00e9 jamais d\u00e9mentie, plus rien, vraiment ne me retient ici. Je n&rsquo;ai pas cinquante-huit ans, mais je sens que j&rsquo;arrive au bout du chemin. Ma seule inqui\u00e9tude, aujourd&rsquo;hui, la seule chose qui me retienne, c&rsquo;est vous. Qu&rsquo;allez-vous devenir, quand je serai parti ?<\/p><p>&#8211; Rien ne dit que c&rsquo;est pour demain, monsieur Jacques, on a encore du temps pour r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p><p>&#8211; J&rsquo;y ai d\u00e9j\u00e0 beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi, Marie. Et je ne trouve pas de solution. Je vous l\u00e8gue tout ce que j&rsquo;ai. Mais comme nous ne sommes h\u00e9las pas parents, l&rsquo;\u00e9tat se chargera d&rsquo;en r\u00e9cup\u00e9rer la plus grosse part, et vous serez contraints de vendre le manoir, et d&rsquo;aller vous installer ailleurs. J&rsquo;aurais vraiment souhait\u00e9 que vous puissiez finir ici votre vie, tranquillement, et \u00e0 l&rsquo;abri du besoin. J&rsquo;ai bien peur que ce ne soit impossible. Voila pourquoi j&rsquo;ai provoqu\u00e9 cette discussion. C&rsquo;est tout.\u00a0\u00bb<\/p><p>Un ange passe, lentement, en rep\u00e9rage peut-\u00eatre. Puis Maurice, trop longtemps silencieux pour pouvoir r\u00e9fr\u00e9ner plus avant sa nature explose :<\/p><p>&#8211; Y&rsquo;en a d&rsquo;autres, des solutions. Des tas d&rsquo;autres !<\/p><p>&#8211; Ah oui, Maurice, et lesquelles ?<\/p><p>&#8211; Il suffirait que vous vous repreniez un peu, et que vous d\u00e9cidiez que la vie vaut la peine d&rsquo;\u00eatre v\u00e9cue. Beaucoup de gens ont connu des malheurs, et s&rsquo;en sont sorti, \u00e0 force de volont\u00e9. Quand vous \u00e9tiez l\u00e0-bas, dans le dj\u00e9bel, si vous vous \u00e9tiez laiss\u00e9 aller, toute votre compagnie y serait pass\u00e9e. Maintenant, c&rsquo;est pareil. Tant qu&rsquo;y a de la vie, y a de l&rsquo;espoir, comme disait mon p\u00e8re. Secouez-vous un peu, sortez, voyez du monde. Remariez-vous, m\u00eame, pourquoi pas. Cinquante-huit ans, \u00e0 notre \u00e9poque, c&rsquo;est encore jeune. D&rsquo;autant que vous n&rsquo;\u00eates pas mal, et intelligent en plus. J&rsquo;en connais des qui seraient bien heureuses de vous \u00e9pouser, et des jeunes encore !<\/p><p>&#8211; Et qui \u00e7a, Maurice ?<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est fa\u00e7on de parler, bien s\u00fbr ! Mais si on cherche, on trouvera.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est vrai, \u00e7a, Monsieur Jacques. Pourquoi vous n&rsquo;avez jamais cherch\u00e9 \u00e0 vous remarier ? Apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es ?<\/p><p>&#8211; Mais vous ne pensez pas vraiment \u00e0 ce que vous dites, Marie. J&rsquo;aurais eu l&rsquo;impression de trahir Martine.<\/p><p>&#8211; Allons donc ! Madame Martine, elle n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9go\u00efste comme \u00e7a. De l\u00e0-haut, elle vous regarde, et ne souhaite que votre bonheur.<\/p><p>&#8211; Mais, Marie, mon plus grand bonheur sera de la retrou\u00adver. Quand je l&rsquo;ai \u00e9pous\u00e9e, je lui ai jur\u00e9 fid\u00e9lit\u00e9&#8230;<\/p><p>&#8211; Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la mort vous s\u00e9pare. C&rsquo;est \u00e7a la phrase exacte, m&rsquo;sieur Jacques, vous ne pouvez pas pr\u00e9tendre le con\u00adtraire. Si vous vous remariez maintenant, y&rsquo;a pas parjure !<\/p><p>&#8211; Non Maurice. Mais lorsque j&rsquo;ai fait ce serment, c&rsquo;est ma mort que j&rsquo;envisageais, pas la sienne. Et comment voudriez-vous, en outre, que je trouve une femme qui puisse tenir la comparaison avec celle qui m&rsquo;a donn\u00e9 les trois seules vraies ann\u00e9es de bonheur de toute mon existence, et que j&rsquo;id\u00e9alise d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle m&rsquo;a quitt\u00e9 il y a si longtemps. C&rsquo;est l&rsquo;enfer que vous proposez \u00e0 n&rsquo;importe quelle suivante. Par simple respect pour elle, il ne saurait en \u00eatre question.<\/p><p>&#8211; On sonne.<\/p><p>&#8211; Que dites-vous, Marie ?<\/p><p>&#8211; Je dis que quelqu&rsquo;un sonne \u00e0 la porte.<\/p><p>&#8211; A cette heure ? Vous attendiez quelqu&rsquo;un ?<\/p><p>&#8211; Nous ? Non !<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est s\u00fbrement un signe que le ciel nous envoie.<\/p><p>&#8211; Arr\u00eatez de dire des b\u00eatises, Maurice, et allez ouvrir.<\/p><p>&#8211; Bien, monsieur Jacques. Excusez-moi.\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb Ben dis donc, mon pauvre Jonathan, il ne va pas fort, ton p\u00e8re.<\/p><p>&#8211; Tu l&rsquo;as dit. Je n&rsquo;en reviens pas. Moi qui le croyais \u00e0 peu pr\u00e8s aussi sensible que le granit. J&rsquo;en reste baba !<\/p><p>&#8211; Ouais, ben en attendant, j&rsquo;ai int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire fissa pour r\u00e9ussir \u00e0 t&rsquo;exp\u00e9dier en phase deux. J&rsquo;ai comme l&rsquo;impression qu&rsquo;ils vont avoir rapidement besoin d&rsquo;un nouveau mentor, l\u00e0-haut !<\/p><p>&#8211; Arr\u00eate tes conneries ! Mon p\u00e8re est en pleine forme. C&rsquo;est Maurice qui a raison, il faut lui trouver une nouvelle femme, ou au moins un nouveau centre d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Un point c&rsquo;est tout.<\/p><p>&#8211; Si tu le dis !<\/p><p>&#8211; Enfin, quoi, on n&rsquo;a pas le droit de se laisser crever comme un chien apr\u00e8s la mort de son ma\u00eetre quand on a seule\u00adment cinquante-huit ans.<\/p><p>&#8211; Le probl\u00e8me, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de te demander ton avis.<\/p><p>&#8211; Je vais me g\u00eaner pour le lui donner !<\/p><p>&#8211; Ca y est, voil\u00e0 les emmerdes qui commencent. Je savais bien qu&rsquo;avec toi, les choses ne seraient pas simples. Jonathan, fais gaffe. Tu es l\u00e0 pour te d\u00e9gager, pas pour te m\u00ealer des affaires des vivants.<\/p><p>&#8211; Et comment voudrais-tu que je me d\u00e9gage, en sachant que mon p\u00e8re veut se laisser mourir ? Il me faut r\u00e9soudre \u00e7a d&rsquo;abord.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est bien ce que je disais. On est dedans jusqu&rsquo;au cou.<\/p><p>&#8211; Eh, la m\u00f4me, je ne te retiens pas. Je saurais me d\u00e9\u00adbrouiller tout seul.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est pas si simple, bonhomme. Si je veux continuer mon parcours, il faut que je te d\u00e9gage. Tant que tu restes en phase un, je reste bloqu\u00e9e avec toi.<\/p><p>&#8211; T&rsquo;inqui\u00e8tes pas, \u00e7a ne va pas tra\u00eener.<\/p><p>&#8211; On dit \u00e7a&#8230;\u00a0\u00bb<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb Marie, tu peux venir, s&rsquo;il te pla\u00eet ?<\/p><p>&#8211; Oui Maurice, qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ?<\/p><p>&#8211; Viens je te dis.\u00a0\u00bb<\/p><p>Marie se l\u00e8ve de table, s&rsquo;essuie la bouche, et sort de la cuisine pour rejoindre son \u00e9poux dans le vestibule. La porte ex\u00adt\u00e9rieure est ouverte, et dehors, sur le perron de granit, une jeune femme et une petite fille attendent, la main dans la main, transies sous la pluie fine.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 4 Retour sur terre &#8211;\u00a0\u00bb Eh, Jonathan, tu es pr\u00eat ? &#8211; Hein ? Pour quoi faire ? &#8211; Manifestement, tu n&rsquo;es pas pr\u00eat ! &#8211; Jeannou, je ne sais m\u00eame pas de quoi tu parles ! &#8211; Mais c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre de bonne humeur, le jeune homme ce matin ! 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