{"id":1589,"date":"2024-04-05T12:00:00","date_gmt":"2024-04-05T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1589"},"modified":"2024-04-05T11:25:11","modified_gmt":"2024-04-05T09:25:11","slug":"les-carnets-episode-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1589","title":{"rendered":"Les carnets &#8211; \u00e9pisode 3"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1589\" class=\"elementor elementor-1589\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-eafb162 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"eafb162\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-8e412ef elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"8e412ef\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>CHAPITRE 3<\/p><p>Racines<\/p><p>Il n&rsquo;est pas possible de d\u00e9crire la c\u00e9r\u00e9monie du mariage de Jacques et de Martine R\u00e9miniac plus sobrement qu&rsquo;en constatant qu&rsquo;il s&rsquo;agit justement d&rsquo;un mariage sans c\u00e9r\u00e9monie. N&rsquo;importe quel t\u00e9moin de la sc\u00e8ne serait en droit de se demander d&rsquo;ailleurs pour qui est organis\u00e9e la sayn\u00e8te. Pas pour les mari\u00e9s, manifestement. Ils n&rsquo;ont d&rsquo;yeux que pour l&rsquo;autre, et paraissent se promener sur un petit nuage, mod\u00e8le cabriolet \u00e0 deux places. Par pour les t\u00e9moins non plus. Cueillis par Martine dans un cours des beaux-arts, l&rsquo;un est mod\u00e8le, et assure son pain quotidien en se gelant les parties sensibles sous l&rsquo;oeil \u00e9grillard de quelques multig\u00e9naires qui, pr\u00e9textant l&rsquo;imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de se servir enfin de leurs dix doigts, apr\u00e8s une existence toute enti\u00e8re consacr\u00e9e \u00e0 ne rien faire avec classe, assistent aux cours du soir, le regard plein de nostalgie devant l&rsquo;inaccessible \u00e9ph\u00e8be. L&rsquo;autre se croit artiste, et badigeonne avec beaucoup d&rsquo;ardeur, et diff\u00e9rentes mati\u00e8res plus ou moins odorif\u00e9rantes, tout support \u00e0 peu pr\u00e8s plan, qu&rsquo;il baptise ensuite d&rsquo;une onomatop\u00e9e, avant de le classer dans ce qu&rsquo;il appelle son oeuvre cacophonique, en attendant la gloire. C&rsquo;est leur premier mariage, et l&rsquo;attention qu&rsquo;ils pr\u00eatent \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie rel\u00e8ve de l&rsquo;ethnologie plus que du recueillement. L&rsquo;adjoint, quant \u00e0 lui, exp\u00e9die manifestement sa corv\u00e9e du week-end, et comme le cur\u00e9 du conte de Daudet, se voit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 table. Seuls, les \u00e9poux Martinez, atterr\u00e9s, tentent de sauver les meubles en soufflant aux jeunes mari\u00e9s les r\u00e9ponses ad\u00e9quates. Les registres sont donc rapidement sign\u00e9s, et tout le monde se retrouve bien vite sur le parvis de la mairie, o\u00f9 le photographe commis par Martine immortalise l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Rapides poign\u00e9es de mains, f\u00e9licitations sommaires, s\u00e9paration et d\u00e9part pour la Bretagne.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Il est pratiquement dix-neuf heures quand ils parviennent \u00e0 Rennes, o\u00f9 Martine a retenu deux chambres dans le plus s\u00e9lect des h\u00f4tels. Les deux couples se s\u00e9parent, le temps d&rsquo;une rapide toilette, avant de se retrouver autour de la table. C&rsquo;est un \u00e9trange d\u00eener en v\u00e9rit\u00e9. Les Martinez ne sont pas \u00e0 leur aise, dans le somptueux d\u00e9cor, quand les tourtereaux, les yeux dans les yeux, se comportent avec autant de naturel que s&rsquo;ils \u00e9taient chez eux. Jacques, c&rsquo;est vrai, a connu le grand monde en suivant ses parents lors des longues et ennuyeuses soir\u00e9es qui ont marqu\u00e9 son admission progressive dans le cercle des gens qui comptent. Il conna\u00eet m\u00eame l&rsquo;\u00e9tablissement, pour y avoir d\u00e9j\u00e0 quelques fois subi les affres d&rsquo;interminables d\u00eeners en compagnie de son p\u00e8re, qui profitait de ces situations pour introduire inexorablement le jeune homme aupr\u00e8s des caciques bourgeois gras et couperos\u00e9s de la province. De temps en temps, un autre jeune homme \u00e9tait de la \u00ab\u00a0f\u00eate\u00a0\u00bb. Mais c&rsquo;est \u00e0 peine s&rsquo;ils avaient la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9changer un regard r\u00e9sign\u00e9, oblig\u00e9s l&rsquo;un comme l&rsquo;autre de feindre de boire avec d\u00e9lices les paroles ant\u00e9diluviennes des anciens dont le pouvoir l\u00e9nifiant semblait sans limites et les ber\u00e7ait, toute la soir\u00e9e durant. C&rsquo;est une sorte de revanche sur le pass\u00e9 que prend Jacques ce soir. De ce pass\u00e9, justement, il conserve le souvenir tr\u00e8s pr\u00e9cis du pouvoir que l&rsquo;argent et la respectabilit\u00e9 exercent sur le personnel des h\u00f4tels et restaurants de luxe. Ces gens l\u00e0 sont n\u00e9s pour servir, et l&rsquo;expriment dans toutes leurs attitudes, \u00e0 une condition toutefois. Il faut savoir commander. Ils ont un instinct particulier pour renifler la faiblesse, et en faire des gorges chaudes, ensuite, \u00e0 l&rsquo;office. Jeune, il a subi le regard m\u00e9prisant des larbins devant les maladresses de son inexp\u00e9rience. Il tire aujourd&rsquo;hui de leur attitude respectueuse une forme de vanit\u00e9. Martine, quant \u00e0 elle, est \u00e0 son aise o\u00f9 qu&rsquo;elle se trouve, ce qui lui conf\u00e8re une autorit\u00e9 naturelle, sans ostentation toutefois. Devant la d\u00e9contraction du couple de patrons, les Martinez peu \u00e0 peu se d\u00e9tendent, sans pour autant pouvoir pr\u00e9tendre qu&rsquo;ils passent une bonne soir\u00e9e. La ch\u00e8re est fine, pourtant, mais trop rare \u00e0 leur go\u00fbt, et ses saveurs inusit\u00e9es les d\u00e9routent plus qu&rsquo;elles ne les charment. Leur vrai bonheur, ils le puisent dans les regards qu&rsquo;\u00e9changent \u00ab\u00a0leurs\u00a0\u00bb amoureux. Tant et si bien que le repas \u00e0 peine achev\u00e9, ils pr\u00e9textent la fatigue du voyage pour se retirer dans leur chambre. Les jeunes mari\u00e9s ne les retiennent pas, et d\u00e9cident de faire durer encore un peu le plaisir presque douloureux de l&rsquo;attente. Jacques commande les liqueurs, et la bo\u00eete \u00e0 cigares. Au moment d&rsquo;en choisir un, il croise le regard de la jeune femme, et, pris d&rsquo;une inspiration subite, tourne vers elle le coffret. Martine sourit, et s\u00e9lectionne avec un go\u00fbt tr\u00e8s s\u00fbr un havane de taille moyenne, qu&rsquo;elle allume \u00e0 la chaleur d&rsquo;une bougie, sans que la cape touche la flamme. Jacques appr\u00e9cie en connaisseur, puis choisit \u00e0 son tour un demi-barreau de chaise, et rejoint son \u00e9pouse dans les volutes de la fine fum\u00e9e bleue. Ils restent longtemps ainsi, d\u00e9tendus, \u00e0 deviser avec tendresse des longs moments de solitude partag\u00e9e par-del\u00e0 les kilom\u00e8tres, durant trois ann\u00e9es qui aujourd&rsquo;hui, enfin, se terminent. Quand le dernier tron\u00e7on des cigares commence \u00e0 se r\u00e9chauffer et \u00e0 se ramollir sous les doigts, ils l&rsquo;\u00e9crasent d&rsquo;un m\u00eame geste. Puis, sans un mot, Jacques fait lever sa jeune \u00e9pouse et l&rsquo;entra\u00eene sans effort vers leur chambre nuptiale.<\/p><p>Au matin, Jacques et Martine, pas dupes de la g\u00eane res\u00adsentie lors du repas par les Martinez, d\u00e9cident de quitter l&rsquo;h\u00f4tel avant le petit d\u00e9jeuner, qu&rsquo;ils prennent dans un bistrot, en p\u00e9ri\u00adph\u00e9rie de la ville. Puis les deux couples repartent pour la der\u00adni\u00e8re partie du voyage. Il ne leur faut qu&rsquo;une paire d&rsquo;heures pour rallier le manoir. Jacques, en effet, a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;utiliser \u00e0 fond le potentiel de sa voiture, au grand dam de Marie, qui se terre dans la banquette arri\u00e8re. Martinez non plus n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;aise, mais, les pieds sur la braise, il ne l&rsquo;avouerait pas. Martine, quant \u00e0 elle, ne semble s&rsquo;apercevoir de rien. Ni des prouesses suppos\u00e9es de son mari, qui se vexe un peu, ni de l&rsquo;air constip\u00e9 de Maurice, ni m\u00eame des frayeurs de Marie, qui s&rsquo;expriment en de silencieuses pri\u00e8res, les yeux ferm\u00e9s. Alors que la route obnubile ses trois compagnons, elle gazouille sans arr\u00eat, organisant la future vie des deux couples au manoir. Elle ne conna\u00eet la b\u00e2tisse qu&rsquo;au travers de banales photographies d&rsquo;amateur, mais d\u00e9j\u00e0, elle en chamboule compl\u00e8tement l&rsquo;am\u00e9nagement, et la d\u00e9coration int\u00e9rieure qu&rsquo;elle suppose \u00ab\u00a0vieillotte et saugrenue\u00a0\u00bb. Ce ne sont pas les projets qui manquent. Par exemple, elle a d\u00e9cid\u00e9 de faire un salon d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de la vieille serre, dont l&rsquo;armature en fer forg\u00e9 m\u00e9rite s\u00fbrement une r\u00e9vision compl\u00e8te, avant quelques couches de peinture blanche. Marie, entre deux pri\u00e8res, l&rsquo;inter\u00adrompt :<\/p><p>\u00ab\u00a0&#8211; Dites, madame Martine, c&rsquo;est quoi, un salon d&rsquo;\u00e9t\u00e9 ?<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est une sorte de jardin d&rsquo;hiver, Marie.<\/p><p>&#8211; Ah, oui. Et c&rsquo;est quoi, un jardin d&rsquo;hiver ?<\/p><p>&#8211; Une orangerie, mais en plus petit. D&rsquo;ailleurs, au diable la modestie. Nous l&rsquo;appellerons l&rsquo;Orangerie.<\/p><p>&#8211; Ca sonne bien. Mais c&rsquo;est quoi, une orangerie ?\u00a0\u00bb<\/p><p>Martine se retient pour ne pas \u00e9clater de rire. Toute \u00e0 ses questions, Marie s&rsquo;est d\u00e9tendue. Jacques, contraint de ralentir par le profil tortueux de la d\u00e9partementale, se fait moins violent, au volant, et le voyage promet de finir comme il a commenc\u00e9, en une agr\u00e9able promenade au soleil. Martine reprend ses explications :<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb Une orangerie, Marie, c&rsquo;est une serre de bourgeois. D&rsquo;un outil de travail, ils ont fait un endroit de plaisir. Au lieu d&rsquo;y faire pousser des tomates, on y dispose des plantes d&rsquo;agr\u00e9ment, dans de grands bacs d\u00e9coratifs, et on y place, au milieu, des meubles en rotin ou en teck, pour y faire la d\u00eenette au soleil, ou prendre le th\u00e9 avec les amies du voisinage.<\/p><p>&#8211; Ma pauvre amie,\u00a0\u00bb intervient le conducteur, \u00ab\u00a0j&rsquo;ai bien peur que tu ne te fasses des illusions sur notre vie future. De l&rsquo;Oran\u00adgerie, comme tu l&rsquo;appelles, tu regarderas surtout tomber la pluie, sans m\u00eame pouvoir contempler la mer, puisqu&rsquo;elle est derri\u00e8re la maison. Quant \u00e0 la gent f\u00e9minine du voisinage, elle go\u00fbtera davantage un bol de caf\u00e9, \u00e9pais d&rsquo;avoir patient\u00e9 la journ\u00e9e durant sur le coin du fourneau le moment o\u00f9, enfin, on s&rsquo;int\u00e9ressera \u00e0 lui, accompagn\u00e9 de tartines beurr\u00e9es, et si possible assise au chaud, dans la cuisine. Pour r\u00e9sister \u00e0 ton orangerie, il va falloir y installer le chauffage.<\/p><p>&#8211; Jacques, tu es \u00e9pouvantablement terre \u00e0 terre. Si on ne peut pas en faire un salon d&rsquo;\u00e9t\u00e9, on en fera un salon de jeu, avec une table de roulette !<\/p><p>&#8211; De belote, Martine, de belote !<\/p><p>&#8211; Jacques !<\/p><p>&#8211; Martine ?<\/p><p>&#8211; Merde Jacques !<\/p><p>&#8211; Martine, on nous \u00e9coute !<\/p><p>&#8211; Ne vous g\u00eanez pas pour nous, madame Martine, on vous comprend tr\u00e8s bien\u00a0\u00bb intervient Marie.<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb Et toc ! \u00ab\u00a0reprend la jeune femme. \u00ab\u00a0A trois contre un, tu \u00e9crases, mon ami !<\/p><p>&#8211; Trois contre un, c&rsquo;est vite dit. Qu&rsquo;en pensez-vous, Mau\u00adrice ?<\/p><p>&#8211; Et bien, sauf votre respect, m&rsquo;\u00e2me Martine, y&rsquo;a des mots qui sont r\u00e9serv\u00e9s aux hommes, et encore, quand ils sont entre eux. Mon p\u00e8re, il vous aurait lav\u00e9 la bouche au savon pour moins que \u00e7a !<\/p><p>&#8211; Deux partout, ma ch\u00e8re ! Et la voix du conducteur, qui se trouve \u00eatre, de plus, le chef de famille et l&#8217;employeur, compte double, pour le moins.<\/p><p>&#8211; Je sens que nous allons avoir du travail, avec des lascars de cet acabit, Marie. J&rsquo;esp\u00e8re que l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 de la t\u00e2che ne vous fait pas peur.<\/p><p>&#8211; Ne vous inqui\u00e9tez pas pour moi, madame Martine. Les hommes, vous savez, ils parlent de culotte quand ils sont au-dehors, mais c&rsquo;est rarement eux qui la portent \u00e0 la maison.<\/p><p>&#8211; Marie, je sens que nous allons devenir une paire de copines !<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est vous qui voyez, madame Martine.\u00a0\u00bb<\/p><p>Les deux hommes \u00e9changent un regard d\u00e9sabus\u00e9 dans le r\u00e9troviseur int\u00e9rieur et soupirent. Puis Martine reprend son guilleret monologue jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;enfin, au d\u00e9tour d&rsquo;un chemin creux juste assez large pour laisser passer la voiture, ils d\u00e9couvrent le manoir. La grosse b\u00e2tisse de granit rose, bard\u00e9e de fanfreluches de pierres sculpt\u00e9es dans le style typique du d\u00e9but du si\u00e8cle, accueille les arrivants du large sourire de son perron \u00e0 escaliers lat\u00e9raux semi-circulaires. Elle est toute pimpante, sous le soleil de midi, mais on imagine sans peine qu&rsquo;une telle masse doit devenir lugubre, sous le crachin d&rsquo;hiver. Jacques aide son \u00e9pouse \u00e0 descendre de la voiture, tandis que Maurice en fait de m\u00eame avec Marie. Puis le grand homme prend la t\u00eate du cort\u00e8ge, et lui fait les honneurs de son domaine:<\/p><p>-\u00ab\u00a0Mesdames, monsieur, permettez-moi de vous pr\u00e9senter le manoir, ainsi baptis\u00e9 par mon p\u00e8re quand il le d\u00e9couvrit, en tomba amoureux, et d\u00e9cida de s&rsquo;en rendre l\u00e9gitimement propri\u00e9taire, pour un prix raisonnable, aupr\u00e8s de la vieille dame percluse de rhumatismes qui l&rsquo;habitait alors, et ne r\u00eavait que de finir ses jours sur la promenade des Anglais, voire, au pire, sur les rives de la Baie des Anges. Vous d\u00e9couvrez en ce moment la fa\u00e7ade sud, qui s&rsquo;ouvre sur un jardin trop petit pour m\u00e9riter le titre de parc, mais trop grand quand il s&rsquo;agit d&rsquo;en tondre la pe\u00adlouse. Il doit faire dans les six mille m\u00e8tres carr\u00e9s, si mes sou\u00advenirs sont exacts. Bon courage, Maurice ! A main gauche, d\u00e9licatement appuy\u00e9e sur la maison, la serre. Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;insinuait madame R\u00e9miniac, il y a quelques instants, elle est en parfait \u00e9tat, ce qui est d&rsquo;autant plus remarquable que mon cher p\u00e8re l&rsquo;a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e dans une vente aux ench\u00e8res, et que, malgr\u00e9 un \u00e2ge \u00e9valu\u00e9 \u00e0 plus de deux si\u00e8cles, elle a subi un d\u00e9montage, un transport par route, et un remontage sans donner de signes de faiblesse. Mais je te rassure tout de suite, Martine, tu pourras en faire ce que tu veux. A l&rsquo;int\u00e9rieur, seize pi\u00e8ces principales se r\u00e9partissent sur trois niveaux, sans compter les communs, qui se cachent en sous-sol, et dont on distingue les fen\u00eatres dans les cours anglaises qui flanquent le perron. Maintenant, si vous le voulez bien, nous allons d\u00e9couvrir l&rsquo;int\u00e9rieur, \u00e0 la d\u00e9coration \u00ab\u00a0vieillotte et saugrenue\u00a0\u00bb bien entendu. J&rsquo;ai demand\u00e9 au fermier voisin, qui fait office de gardien en mon absence, de brancher l&rsquo;eau et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. Nous allons donc pouvoir nous installer. Une grosse apr\u00e8s-midi de travail nous attend, aussi propos\u00e9-je que nous commencions, apr\u00e8s avoir fait le tour du propri\u00e9taire, par prendre un ap\u00e9ritif de bienvenue, puis par nous mettre \u00e0 table. Le programme vous convient-il ?\u00a0\u00bb<\/p><p>Le programme convient, il est donc mis \u00e0 ex\u00e9cution.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Puis les jours coulent sur cette vie somme toute normale. tous se sont jet\u00e9s \u00e0 corps perdus dans l&rsquo;aventure. Jacques, a install\u00e9 son bureau dans une grande pi\u00e8ce du rez-de-chauss\u00e9e. Il aime cet endroit aust\u00e8re, dont les murs, recouverts d&rsquo;\u00e9paisses boiseries sombres, semblent con\u00e7us pour celer les secrets. Une lourde biblioth\u00e8que court le long d&rsquo;un des grands c\u00f4t\u00e9s du rectangle, l&rsquo;autre \u00e9tant ouvert d&rsquo;une fen\u00eatre \u00e0 trois battants sur le Nord, et donc sur la mer. Jacques a dispos\u00e9 son bureau perpendiculairement au grand axe de la pi\u00e8ce, non loin de cette source de lumi\u00e8re. Dans le coin le plus obscur, qu&rsquo;une lampe sur pied essaie tant bien que mal d&rsquo;\u00e9clairer, il a install\u00e9 un profond fauteuil, et une table basse sur laquelle sont pos\u00e9es ses pipes, son coffret \u00e0 cigares, et les autres accessoires n\u00e9cessaires pour go\u00fbter en parfait connaisseur les meilleures fum\u00e9es du monde. Il fait venir ses tabacs de bien loin, mais c&rsquo;est le seul luxe qu&rsquo;il s&rsquo;accorde. Il passe dans ce bureau un grand nombre d&rsquo;heures chaque jour, accroch\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone, qui sonne de plus en plus souvent. Les visiteurs, rares au d\u00e9but, se font plus nombreux, et constituent rapidement un fonds de client\u00e8le appr\u00e9ciable. Pour leur compte, comme pour le sien, le grand jeune homme se rend r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Paris, o\u00f9 il organise les placements qu&rsquo;il g\u00e8re ensuite depuis la Bretagne. Il d\u00e9ploie beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 cette nouvelle activit\u00e9, mais elle le lui rend bien, et il peut tr\u00e8s vite se permettre de s\u00e9lectionner sa client\u00e8le, selon des crit\u00e8res qui lui appartiennent, mais qui ne se fondent pas tous sur la valeur du portefeuille \u00e0 g\u00e9rer.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>A chacun de ses retours, il d\u00e9couvre avec ravissement que ses trois compagnons transforment chaque jour davantage la grosse b\u00e2tisse bourgeoise en une agr\u00e9able vill\u00e9giature. Les \u00e9poux Martinez, sous la conduite d&rsquo;une Martine en verve de cr\u00e9ation, se r\u00e9v\u00e8lent de remarquables ex\u00e9cutants. Marie coud, brode, peint, tapisse, tandis que Maurice se charge du brico\u00adlage. L&rsquo;homme poss\u00e8de un v\u00e9ritable talent pluridisciplinaire, qui le voit assurer aussi bien le jardinage que les travaux lourds de plomberie, d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, de ma\u00e7onnerie ou de pl\u00e2trerie. Car Martine, \u00e0 qui Jacques a ouvert une confortable ligne de cr\u00e9dit, a boulevers\u00e9 toute la maison, le bureau except\u00e9. Des murs ont \u00e9t\u00e9 ouverts, et des cloisons mont\u00e9es. Le chauffage central a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9, et chaque chambre est maintenant dot\u00e9e de son sanitaire complet. Le mobilier, composite, est suivant l&rsquo;humeur, chin\u00e9 chez les antiquaires de la r\u00e9gion, ou construit sur mesure, dans des essences claires, sur des esquisses de Martine, par un artisan des environs.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Un soir, alors qu&rsquo;il se d\u00e9cide enfin \u00e0 lever le nez de ses dossiers, Jacques entend frapper \u00e0 la porte du bureau. Il se l\u00e8ve pour accueillir ce qu&rsquo;il pense \u00eatre un visiteur tardif, et se trouve, une fois la porte ouverte, face \u00e0 son \u00e9pouse rayonnante, encore en tenue de travail.<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb Jacques, viens vite, j&rsquo;ai quelque chose \u00e0 te montrer !\u00a0\u00bb<\/p><p>Avant que l&rsquo;homme ait eu le temps de dire quoique ce soit, elle lui prend la main et l&rsquo;entra\u00eene dans le grand escalier, jusqu&rsquo;au premier \u00e9tage. Elle le pousse ensuite dans le couloir, vers la porte d&rsquo;une petite pi\u00e8ce qui jouxte leur chambre, et dont il avait pens\u00e9 faire un boudoir pour Martine.<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb Allez, vas y, ouvre !\u00a0\u00bb<\/p><p>Il pousse l&rsquo;huis doucement, pour se trouver dans une ado\u00adrable petite chambre d&rsquo;enfant, au milieu de laquelle tr\u00f4ne un berceau ovale, surmont\u00e9 d&rsquo;un dais de dentelle. Il la regarde gentiment.<\/p><p>&#8211;\u00a0\u00bb C&rsquo;est vraiment tr\u00e8s joli, vous avez bien travaill\u00e9, vraiment.<\/p><p>&#8211; Mais il est b\u00eate, ce type ! Enfin, tu ne comprends donc pas ?<\/p><p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que je ne comprends pas ? Attends, tu veux dire que&#8230;<\/p><p>&#8211; Oui, je veux dire que ! Jacques R\u00e9miniac, tu vas \u00eatre Papa.\u00a0\u00bb<\/p><p>Le ciel lui tombe sur la t\u00eate. Tout \u00e0 ses affaires, il avait oubli\u00e9 qu&rsquo;il pouvait aussi fonder une famille. C&rsquo;est un grand mo\u00adment, qu&rsquo;il faut f\u00eater dignement. Il remercie, embrasse, \u00e9treint Martine \u00e0 l&rsquo;\u00e9touffer, appelle les Martinez, qui, plus obser-vateurs, se doutaient d\u00e9j\u00e0 de la chose. On \u00e9change des baisers, des f\u00e9licitations, on d\u00e9bouche le champagne. On est heureux.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Il ne mesure plus l&rsquo;\u00e9coulement du temps qu&rsquo;en regardant le ventre de Martine s&rsquo;arrondir, jusqu&rsquo;\u00e0 la naissance, enfin. Tout se passe pour le mieux, et Jonathan para\u00eet. Tout le monde est aux petits soins avec lui. C&rsquo;est comme s&rsquo;il avait deux m\u00e8res, et deux p\u00e8res, pour le couver, le nourrir, le bercer, le coucher, et lui faire d\u00e9couvrir le monde. Jacques vit son bonheur d&rsquo;\u00eatre p\u00e8re \u00e0 travers les regards que Martine porte \u00e0 l&rsquo;enfant. Lui est plus emprunt\u00e9, et passe volontiers son tour de biberon. Il suppose, en toute innocence, que le vrai r\u00f4le du p\u00e8re commence plus tard, quand le langage passe du stade instinctif \u00e0 quelque chose de plus construit, et se dit qu&rsquo;il a donc tout le temps devant lui, pour d\u00e9couvrir un fils chez celui qui n&rsquo;est encore qu&rsquo;un poupon. L&rsquo;avenir, h\u00e9las, va lui prouver qu&rsquo;il se trompe. Martine, toujours active, va se baigner tous les matins, afin, pr\u00e9tend-elle, de se refaire une taille de jeune fille. C&rsquo;est une excellente nageuse, mais elle prend trop de risques \u00e0 jouer dans les vagues comme une gamine. Un matin, elle ne revient pas, et le bonheur s&rsquo;\u00e9teint dans la grande maison. Il a dur\u00e9 trois ans.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Jacques n&rsquo;a pas vers\u00e9 de larmes, ni avant, ni apr\u00e8s l&rsquo;enterrement. Il est devenu froid, mais sans s\u00e9cheresse. Tout se passe comme s&rsquo;il avait \u00e9rig\u00e9 une barri\u00e8re entre le monde et lui, et il ne vit maintenant que m\u00e9caniquement. Il se consacre presque exclusivement \u00e0 ses affaires, et passe de plus en plus de temps \u00e0 Paris, o\u00f9 il a achet\u00e9 un petit appartement. Il ne rentre bient\u00f4t plus au manoir que pour les week-ends, confiant la gestion du domaine, et l&rsquo;\u00e9ducation de son fils, aux \u00e9poux Martinez, qui font face, comme d&rsquo;habitude. Au fil des semaines et des mois, il croise Jonathan, de temps en temps, mais les contacts sont difficiles. Le gamin a pourtant h\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;intelligence de son p\u00e8re, mais il est fantasque, et ne tient pas en place. Il r\u00e9ussit tr\u00e8s bien \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, mais elle ne l&rsquo;int\u00e9resse pas. Chaque instant qu&rsquo;il passe avec lui, Jacques croit le vivre avec le petit fr\u00e8re indisciplin\u00e9 de Martine, tant le gamin lui ressemble. Dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de pleurer, chaque fois, l&rsquo;homme se durcit un peu, et de m\u00eame se durcit l&rsquo;enfant. L&rsquo;adolescence est p\u00e9nible, et ils s&rsquo;\u00e9vitent afin d&rsquo;espacer les conflits, jusqu&rsquo;au d\u00e9part de Jonathan pour le Canada, o\u00f9 il va poursuivre de brillantes \u00e9tudes dans une universit\u00e9 r\u00e9put\u00e9e. Alors, ils com\u00admencent \u00e0 s&rsquo;\u00e9crire, de longues lettres, partant peu \u00e0 peu \u00e0 la d\u00e9couverte de l&rsquo;autre, traitant de tout, depuis la m\u00e9t\u00e9o jusqu&rsquo;aux fragiles \u00e9quilibres mondiaux. Ils n&rsquo;ont pas la m\u00eame fa\u00e7on de voir les choses, bien s\u00fbr, mais apprennent l&rsquo;un et l&rsquo;autre \u00e0 l&rsquo;accepter. Pourtant, d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;agit de se parler, m\u00eame au t\u00e9l\u00e9phone, les blocages resurgissent, et autant leurs lettres sont passionnantes, autant sont banales leurs conversations.<\/p><p>Jacques a refait sa vie. Pas sentimentalement, non. Il a m\u00eame oubli\u00e9 qu&rsquo;une femme peut \u00eatre autre chose qu&rsquo;une cliente, une consoeur, ou une employ\u00e9e. Mais il s&rsquo;est reconstruit un univers \u00e0 lui, dans lequel le souvenir de Martine, profond\u00e9ment cach\u00e9 au regard des autres, palpite comme une vieille blessure, qui fait toujours souffrir, mais que l&rsquo;on a apprivois\u00e9e. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce matin de No\u00ebl o\u00f9 il voit d\u00e9barquer Marie Martinez dans la salle \u00e0 manger, l&rsquo;air hagard, qui l&rsquo;informe que les gendarmes souhaiteraient lui parler. Il a compris, rien qu&rsquo;\u00e0 les voir. Et le monde, une fois encore, s&rsquo;effondre.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHAPITRE 3 Racines Il n&rsquo;est pas possible de d\u00e9crire la c\u00e9r\u00e9monie du mariage de Jacques et de Martine R\u00e9miniac plus sobrement qu&rsquo;en constatant qu&rsquo;il s&rsquo;agit justement d&rsquo;un mariage sans c\u00e9r\u00e9monie. N&rsquo;importe quel t\u00e9moin de la sc\u00e8ne serait en droit de se demander d&rsquo;ailleurs pour qui est organis\u00e9e la sayn\u00e8te. Pas pour les mari\u00e9s, manifestement. 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