{"id":1583,"date":"2024-03-29T14:04:49","date_gmt":"2024-03-29T13:04:49","guid":{"rendered":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1583"},"modified":"2024-03-29T14:08:08","modified_gmt":"2024-03-29T13:08:08","slug":"les-carnets-episode-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierre-yves-nedelec.fr\/?p=1583","title":{"rendered":"Les carnets&#8230; \u00c9pisode 2"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1583\" class=\"elementor elementor-1583\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-333a1f4 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"333a1f4\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-0381251 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"0381251\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>CHAPITRE 2<\/p><p>D\u00e9couverte<\/p><p>C&rsquo;est un homme grand. Pas un g\u00e9ant toutefois. Mais un homme fondamentalement grand. C&rsquo;est \u00e0 dire que sa taille constitue la caract\u00e9ristique premi\u00e8re du personnage pour qui le d\u00e9couvre. Les autres particularit\u00e9s qui font de ce banal homo sapiens un individu unique disparaissent quelque peu derri\u00e8re cette altitude inusit\u00e9e. De l\u00e0 \u00e0 en pr\u00e9ciser l&rsquo;exacte mesure au premier coup d&rsquo;oeil, il y a un pas difficile \u00e0 franchir. Nombreux sont les \u00e9l\u00e9ments qui interf\u00e8rent dans une semblable \u00e9valuation. Un homme mince et nerveux para\u00eet plus grand qu&rsquo;un gros mou de la m\u00eame taille. De m\u00eame, une personne \u00e2g\u00e9e semble dominer une jeunesse qui culmine pourtant objectivement \u00e0 une identique hauteur. Il se trouve justement que Jacques R\u00e9miniac est \u00e0 la fois mince et nerveux, et qu&rsquo;il prom\u00e8ne sa grande carcasse dans cette p\u00e9riode de la vie qui m\u00e8ne insidieusement de la maturit\u00e9 \u00e0 la pl\u00e9nitude d&rsquo;un \u00e2ge o\u00f9 l&rsquo;on commence \u00e0 n&rsquo;avoir plus d&rsquo;autre centre d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que la mesure du temps qui passe. Surtout quand, comme dans son cas, rien ne vous rattache plus au monde des vivants, que l&rsquo;habitude de vivre.<\/p><p>Monsieur R\u00e9miniac a perdu son \u00e9pouse tr\u00e8s jeune, au plus fort de sa passion pour elle. C&rsquo;\u00e9tait une belle femme, tonique et tendre \u00e0 la fois, p\u00e9tillante de malice jusque dans leurs moments les plus intimes, et dont le grand jeu consistait \u00e0 faire rougir cet homme tellement plus grand, et surtout terriblement plus s\u00e9rieux qu&rsquo;elle. A la rigueur toute professionnelle de son \u00e9poux, elle opposait une fantaisie d&rsquo;artiste, impr\u00e9visible mais toujours joyeuse. La gaiet\u00e9 de la jeune madame R\u00e9miniac ne sut la prot\u00e9ger, h\u00e9las, de la lame de fond qui l&#8217;emporta, un matin du d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, sur une plage du fin fond de la terre. Elle avait alors tout juste vingt-six ans, et Jacques vingt-neuf. Jonathan venait de f\u00eater ses six mois.<\/p><p>Alors commen\u00e7a, entre le jeune homme et l&rsquo;enfant, une longue partie de cache-cache, de celles qui ne connaissent ja\u00admais de vainqueur. Jacques, apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 l&rsquo;arm\u00e9e, noyait son chagrin dans l&rsquo;exc\u00e8s de labeur qu&rsquo;exigeait de lui sa nouvelle activit\u00e9. Jonathan cherchait l&rsquo;amour dans le regard de son p\u00e8re absent. Toujours absent. M\u00eame quand, de temps en temps, ext\u00e9nu\u00e9, il s&rsquo;arr\u00eatait quelques jours au manoir pour souffler un peu. Deux jours, en fait, rarement trois, et il repartait livrer bataille aux confins du monde de la finance et des mati\u00e8res premi\u00e8res, laissant l&rsquo;enfant g\u00e9rer seul son Oedipe, et ses probl\u00e8mes de croissance. Monsieur Martinez, le r\u00e9gisseur du domaine, et son \u00e9pouse, gouvernante et ma\u00eetresse de fait de la maison depuis la disparition pr\u00e9matur\u00e9e de sa jeune patronne, avaient fait de m\u00e9ritoires efforts pour \u00e9viter \u00e0 l&rsquo;enfant de se confronter seul au n\u00e9ant de sa vie sans \u00e2me. Et il ne fait aucun doute que c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;amour d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 de ces deux \u00eatres que Jonathan connut une adolescence presque normale, se heurtant au p\u00e8re Martinez autant de fois que n\u00e9cessaire pour que s&rsquo;affirme son ego de m\u00e2le, puis courant pleurer dans le giron de celle qu&rsquo;il appelait affectueusement \u00ab\u00a0Mamie\u00a0\u00bb, pour rappeler encore qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un enfant. Qu&rsquo;on ne se m\u00e9prenne pas. Jacques, le p\u00e8re, n&rsquo;ignorait pas Jonathan. Il croyait m\u00eame ne se battre que pour lui, il aurait pu en jurer, persuad\u00e9 de n&rsquo;accumuler les richesses que pour offrir \u00e0 son enfant, par le truchement de l&rsquo;argent, un ersatz bien m\u00e9diocre de m\u00e8re, quand en fait il ne partait travailler que pour fuir chaque jour davantage le regard du gamin. Tout, dans cet enfant fr\u00eale et joueur \u00e0 la fois, tendre et t\u00eatu, intelligent, tout lui rappelait la femme dont il avait \u00e9t\u00e9 bien trop t\u00f4t s\u00e9par\u00e9. A Jacques, enfant amoureux, la vie n&rsquo;avait pas donn\u00e9 le temps de na\u00eetre adulte au regard d&rsquo;une femme. Et depuis, Jacques enfant fuyait, la refusant sans cesse, la supplique d&rsquo;amour du petit Jonathan. Puis les ann\u00e9es pass\u00e8rent, arrondissant toujours, comme les vagues les rochers, la douleur muette qui s\u00e9parait le p\u00e8re de l&rsquo;enfant. Ils apprirent, peu \u00e0 peu, \u00e0 vivre l&rsquo;un avec l&rsquo;autre, sans \u00e9prouver de haine, ni d&rsquo;autre sentiment. L&rsquo;effet \u00e9tait \u00e9trange. Quand les affaires de Jacques l&rsquo;appelaient au loin, ou bien quand Jonathan, \u00e0 ses activit\u00e9s, s&rsquo;absentait pour un camp, ils se manquaient l&rsquo;un l&rsquo;autre, et aussi en souffraient. Mais quand les hasards du calendrier les rassemblaient de nouveau, ils ne savaient que dire, et souvent se taisaient. Cet effet particulier de l&rsquo;absence partag\u00e9e d&rsquo;un \u00eatre irrempla\u00e7able d\u00e9teignait sur les \u00e9poux Martinez, volubiles et joyeux en pr\u00e9sence de l&rsquo;un des deux, quel qu&rsquo;il soit, faisant rire le fils et irritant le p\u00e8re, et qui soudain perdaient le go\u00fbt du verbe quand ils \u00e9taient tous ensemble r\u00e9unis. De pension en vacances, l&rsquo;enfant avait grandi, pour devenir aussi fort que son p\u00e8re. De sa m\u00e8re, il conservait la beaut\u00e9 espi\u00e8gle, et la fantaisie volubile. Puis l&rsquo;adolescence, et son cort\u00e8ge de certitudes, les avait un peu plus s\u00e9par\u00e9s. D&rsquo;inexistante, la conversation \u00e9tait devenue difficile, sans que personne ne p\u00fbt l\u00e0 d\u00e9celer un progr\u00e8s. Alors, Jonathan avait fui, mettant entre eux deux l&rsquo;Atlantique. Comme il travaillait bien, Jacques avait feint de croire \u00e0 une vocation, et avait donn\u00e9, vrai\u00adsemblablement soulag\u00e9, sa b\u00e9n\u00e9diction \u00e0 l&rsquo;installation outre-mer de son fils, qu&rsquo;il aimait de tout son coeur de p\u00e8re, sans trouver le chemin pour le dire. Puis il y eut l&rsquo;accident.<\/p><p>Pour la deuxi\u00e8me fois de sa vie, Jacques perdait tout son univers, en l&rsquo;espace d&rsquo;un instant. Pour la deuxi\u00e8me fois la ca\u00admarde lui volait un amour de vingt-six ans. Son amour d&rsquo;homme d&rsquo;abord, puis son amour de p\u00e8re. Il crut bien en mourir, mais il \u00e9tait trop fort. Un ressort s&rsquo;\u00e9tait pourtant rompu. Alors il liquida ses affaires, et s&rsquo;en vint s&rsquo;installer \u00e0 demeure au manoir, comme dans une retraite. Il se mit \u00e0 appr\u00e9cier l&rsquo;art, lui qui, jusqu&rsquo;\u00e0 lors, n&rsquo;en avait jamais eu le temps. Il se plut \u00e0 \u00e9crire, aussi, quelques nouvelles sans importance, juste pour meubler ses longues journ\u00e9es de solitude. Il s&rsquo;installa peu \u00e0 peu dans ce d\u00e9sert confortable, n&rsquo;attendant plus de la vie que l&rsquo;ultime instant du d\u00e9part, sans crainte et sans tourment, sans h\u00e2te non plus, maintenant que sa d\u00e9cision \u00e9tait prise. Il avait juste cinquante-sept ans. Sa femme l&rsquo;avait quitt\u00e9 depuis vingt-neuf ans, Jonathan \u00e9tait mort trois ans auparavant.<\/p><p>Cela peut sembler paradoxal, mais depuis qu&rsquo;il attendait paisiblement que la mort l&rsquo;autorise \u00e0 retrouver les siens, il n&rsquo;\u00e9tait plus press\u00e9 pour rien. Il promenait sa grande carcasse autour du domaine, sur les gr\u00e8ves et dans la proche campagne, jouissant de la solitude de ces balades comme on go\u00fbte les derniers instants d&rsquo;une p\u00e9riode que l&rsquo;on sait condamn\u00e9e, et que l&rsquo;on regrette d\u00e9j\u00e0 par habitude, quand bien m\u00eame elle ne fut pas heureuse. Jacques donnait ainsi au monde une assez bonne image de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, qui pourtant ne trompait pas les \u00e9poux Martinez.<\/p><p>D\u00e9barqu\u00e9s \u00e0 Marseille, en provenance de la campagne alg\u00e9roise, en 1963, Marie et Maurice Martinez avaient perdu l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de leurs biens et de leur histoire dans les m\u00e9andres d&rsquo;une politique qui les d\u00e9passait. Travailleurs acharn\u00e9s l&rsquo;un comme l&rsquo;autre, ils n&rsquo;avaient v\u00e9cu les \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;Alg\u00e9rie qu&rsquo;en spectateurs impuissants, puis r\u00e9sign\u00e9s. Contrairement \u00e0 certains, monsieur et madame Martinez avaient admis une fois pour toutes que la premi\u00e8re partie de leur vie appartenait \u00e0 l&rsquo;histoire, et qu&rsquo;il \u00e9tait inutile d&rsquo;en attendre un quelconque rebondissement. Ils arrivaient sur la terre de France riches d&rsquo;un fatalisme acquis au contact de l&rsquo;islam, et de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat suscit\u00e9 par la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 avec laquelle ils vivaient leur tr\u00e8s inconfortable situation chez un jeune lieutenant de vingt-cinq ans, r\u00e9cemment d\u00e9mobilis\u00e9, et qui rentrait au pays par le m\u00eame bateau qu&rsquo;eux. Jacques R\u00e9miniac, puisque c&rsquo;est de lui qu&rsquo;il s&rsquo;agit, avait accompli son devoir sans \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me apparent. La France l&rsquo;avait sollicit\u00e9 pour r\u00e9duire un ennemi, et il avait r\u00e9\u00adpondu pr\u00e9sent, traversant trois ans d&rsquo;op\u00e9rations sur le terrain sans blessure s\u00e9rieuse, malgr\u00e9 un engagement consid\u00e9r\u00e9 par sa hi\u00e9rarchie comme exemplaire. Il estimait que, d&rsquo;un strict point de vue militaire, l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise avait accompli sa mission avec succ\u00e8s. Le reste ne le concernait pas. L&rsquo;avenir de l&rsquo;Alg\u00e9rie lui importait peu, et il n&rsquo;\u00e9tait pas f\u00e2ch\u00e9 de quitter cette terre devenue inhospitali\u00e8re, et surtout cette arm\u00e9e qui se m\u00ealait de politique, ce qui, de l&rsquo;avis du jeune homme, n&rsquo;\u00e9tait pas son r\u00f4le. Or, \u00e0 cette \u00e9poque d\u00e9j\u00e0, Jacques R\u00e9miniac avait horreur du m\u00e9lange des genres, et du d\u00e9sordre en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p><p>Il rentrait en France afin de s&rsquo;installer triplement. Dans ses meubles, tout d&rsquo;abord, c&rsquo;est \u00e0 dire dans la vaste demeure que lui avaient l\u00e9gu\u00e9e ses parents, morts presque simultan\u00e9ment des oeuvres du crabe. Jacques \u00e9tant leur enfant unique, n\u00e9 sur le tard d&rsquo;une union fond\u00e9e sur la douceur et la tendresse, il restait seul R\u00e9miniac de la souche, ce qui simplifia les questions testamentaires. Le capital qui accompagnait le legs du manoir devait en effet suffire \u00e0 en assurer l&rsquo;entretien. Cette confortable assise financi\u00e8re lui permettait \u00e9galement d&rsquo;envisager de se lancer dans le monde de la finance d&rsquo;entreprise, domaine pour lequel il se sentait quelque capacit\u00e9. Il avait en effet d\u00e9cid\u00e9 de monter, bien avant que l&rsquo;intelligentsia parisienne ne s&rsquo;en attribue la paternit\u00e9, une v\u00e9ritable agence de capital-risque, afin de fournir aux inven\u00adteurs les moins farfelus les moyens d&rsquo;un d\u00e9veloppement indus\u00adtriel. Enfin, il rentrait en France pour se marier. Il \u00e9tait tomb\u00e9 \u00e9perdument amoureux d&rsquo;une jeune femme tout \u00e0 fait farfelue, qui vivait en dessinant des caricatures sur la butte Montmartre. Le portrait qu&rsquo;il lui avait laiss\u00e9 faire de lui n&rsquo;\u00e9tait pas bien fameux, en tant que caricature, et n&rsquo;avait rien d&rsquo;amusant. La jeune femme, avec une charmante ing\u00e9nuit\u00e9, lui avait expliqu\u00e9 que c&rsquo;est parce qu&rsquo;il la troublait. Ce qui lui avait offert l&rsquo;opportunit\u00e9 de l&rsquo;inviter \u00e0 boire un verre, puis de lui faire une cour effr\u00e9n\u00e9e, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle acc\u00e8de \u00e0 sa demande, et accepte de l&rsquo;\u00e9pouser. Son d\u00e9part pour l&rsquo;Alg\u00e9rie avait sonn\u00e9 le glas de ces beaux projets, et, arriv\u00e9 dans sa garnison, il s&rsquo;\u00e9tait senti stupide d&rsquo;avoir pu songer un instant qu&rsquo;un tel bonheur lui \u00e9tait accessible. Son p\u00e8re le lui avait pourtant bien expliqu\u00e9, il \u00e9tait le fils raisonnable de personnes respectables, pour qui le bonheur s&rsquo;exprime en termes de r\u00e9gularit\u00e9, d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, et d&rsquo;un zeste de mondanit\u00e9s. Pas de place dans son univers pour une fantaisie quelle qu&rsquo;elle soit. Jacques R\u00e9miniac et une artiste, une tra\u00eene-ruisseau, qui avait sans doute couch\u00e9 avec tout ce que Paris compte de parasites peinturlureurs. Autant chercher \u00e0 unir l&rsquo;eau et le feu.<\/p><p>Il n&rsquo;avait pas r\u00e9sist\u00e9, malgr\u00e9 tout, au d\u00e9sir de lui \u00e9crire une longue lettre, pleine d&rsquo;espoir et d&rsquo;interrogations, mais fut tout \u00e9tonn\u00e9 de recevoir une r\u00e9ponse, moins de huit jours plus tard. L&rsquo;artiste r\u00e9pondait \u00e0 son amour, et lui promettait de l&rsquo;attendre le temps qu&rsquo;il faudrait, en continuant \u00e0 faire ses petits dessins. Il lui avait enfin, apr\u00e8s trois longues ann\u00e9es seulement entrecoup\u00e9es de deux permissions de huit jours, annonc\u00e9 son retour d\u00e9finitif, et un rendez-vous avait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 \u00e0 Paris, dans une mairie d&rsquo;arrondissement aupr\u00e8s de laquelle la demoiselle s&rsquo;\u00e9tait charg\u00e9e de faire publier les bans. Elle s&rsquo;\u00e9tait \u00e9galement occup\u00e9e de trouver des t\u00e9moins, ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne pouvant compter sur le soutien d&rsquo;une famille disparue. Il \u00e9tait convenu que le mariage religieux serait c\u00e9l\u00e9br\u00e9 plus tard, apr\u00e8s leur installation en Bretagne. Le s\u00e9jour de Jacques \u00e0 Paris ne devait pas exc\u00e9der une douzaine d&rsquo;heures. Mais alors qu&rsquo;il pensait faire le trajet de Marseille \u00e0 Paris seul, avant de ramener son \u00e9lue sur ses terres de Bretagne, il se trouva soudain nanti du couple Martinez, ce qui modifiait certains d\u00e9tails du plan qu&rsquo;il avait si minutieusement con\u00e7u. Jacques R\u00e9miniac, d&rsquo;habitude si r\u00e9fl\u00e9chi, et qui calculait tout dix fois plut\u00f4t qu&rsquo;une, prit alors une d\u00e9cision soudaine, et, \u00e0 peine d\u00e9barqu\u00e9, acheta une voiture. S&rsquo;il \u00e9tait lent \u00e0 se d\u00e9cider, Jacques savait en revanche faire acc\u00e9l\u00e9rer la cadence quand enfin sa d\u00e9cision \u00e9tait prise. Car, s&rsquo;il n&rsquo;avait aucun scrupule \u00e0 faire attendre l&rsquo;assistance, quelle qu&rsquo;elle soit, le temps de sa r\u00e9flexion, il ne supportait pas qu&rsquo;on lui rende la pareille \u00e0 l&rsquo;heure de l&rsquo;ex\u00e9cution. Moins d&rsquo;une heure apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9, flanqu\u00e9 des Martinez toujours placides, dans la concession Citro\u00ebn de Marseille, il en ressortait au volant d&rsquo;une traction six cylindres flambant neuve. Sur la route de Paris, chant\u00e9e en son sens descendant par Tr\u00e9net, les trois passagers eurent le temps de faire plus ample connaissance.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>-\u00ab\u00a0O\u00f9 es-tu ?<\/p><p>&#8211; Ben l\u00e0 !<\/p><p>&#8211; Je ne te vois pas !<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est sans doute que tu n&rsquo;en as pas vraiment envie.<\/p><p>&#8211; Ce qui signifie ?<\/p><p>&#8211; Mon Dieu, mon pauvre Jonathan, ce que tu peux \u00eatre lourd, parfois. Nous sommes de purs esprits, sans existence mat\u00e9rielle. Tu ne peux donc pas me voir, avec les yeux que tu ne poss\u00e8des plus. Si tu veux me \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb, comme tu le dis si bien, il te suffit de te servir de ton imagination, et je serai \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi.<\/p><p>&#8211; Dis, quand tu es venue me chercher dans la voiture, je ne t&rsquo;ai pas imagin\u00e9e, tout de m\u00eame !<\/p><p>&#8211; C&rsquo;\u00e9tait diff\u00e9rent, bonhomme. Puisque j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e pour te guider, il fallait bien que je me pr\u00e9sente \u00e0 toi. Mon esprit est donc entr\u00e9 en contact avec le tien, et ta m\u00e9moire a fait le reste. T&rsquo;inqui\u00e8te pas. On s&rsquo;y fait assez vite. Tu te rendras bient\u00f4t compte que les verbes \u00ab\u00a0voir, entendre, parler, sentir\u00a0\u00bb, n&rsquo;ont plus aucune signification pour nous. Tout se passe entre esprits. C&rsquo;est la communication parfaite et absolue. Zebigfout, mec !<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est enregistr\u00e9. Au fait, Jeannou, tu n&rsquo;es pas toute seule, ici ?<\/p><p>&#8211; Bon, allons-y calmement. \u00ab\u00a0Ici\u00a0\u00bb, \u00e7a ne veut rien dire non plus. Si tu veux que nous nous trouvions au sommet de l&rsquo;Everest, on y est. Si tu veux te balader sous la mer, on y va. Tout tient dans notre capacit\u00e9 \u00e0 imaginer. Tu saisis ?<\/p><p>&#8211; Assez mal. Tu veux dire que nous ne pouvons nous d\u00e9\u00adplacer que dans nos souvenirs ?<\/p><p>&#8211; Je n&rsquo;ai pas dit \u00e7a. En fait, c&rsquo;est un peu plus compliqu\u00e9. C&rsquo;est m\u00eame quasiment impossible \u00e0 expliquer. Par exemple, si tu voulais voir ton p\u00e8re, l\u00e0, maintenant, on pourrait se transporter instantan\u00e9ment jusqu&rsquo;au manoir. Et on \u00ab\u00a0verrait\u00a0\u00bb ton p\u00e8re, et ce qu&rsquo;il est r\u00e9ellement en train de faire. On pourrait aussi d\u00e9couvrir dans son entourage des gens que nous ne connaissons pas encore. Ce n&rsquo;est donc pas seulement une histoire de m\u00e9moire. C&rsquo;est une question d&rsquo;esprit. Notre esprit, d\u00e9livr\u00e9 des contraintes mat\u00e9rielles, peut se brancher, a leur insu, sur l&rsquo;esprit des vivants. Nous pouvons ainsi avoir l&rsquo;impression de les voir et de les entendre. Mais on ne peut pas les toucher. Rappelle-toi l&rsquo;ambulance. Tu as \u00ab\u00a0vu\u00a0\u00bb ton corps, non\u00b0? En fait, nous \u00ab\u00a0passions\u00a0\u00bb alors par l&rsquo;esprit des brancardiers, sans effort. C&rsquo;est tellement naturel qu&rsquo;on n&rsquo;y pense m\u00eame pas. Tu commences \u00e0 comprendre ?<\/p><p>&#8211; Mouais&#8230; Et les vivants, eux, ne nous&#8230; per\u00e7oivent pas ?<\/p><p>&#8211; Tu fais des progr\u00e8s, tes questions s&rsquo;affinent. Non, les vi\u00advants ne nous per\u00e7oivent pas. A deux exceptions pr\u00e8s, tout de m\u00eame : les m\u00e9diums, et les fant\u00f4mes.<\/p><p>&#8211; Les m\u00e9diums et les fant\u00f4mes ? Mais je ne crois ni aux m\u00e9diums, ni aux fant\u00f4mes !<\/p><p>&#8211; Et ben t&rsquo;as tort. Branche-toi bonhomme, j&rsquo;explique. Les vivants ne nous per\u00e7oivent pas parce que leur corps agit comme une sorte de membrane semi-perm\u00e9able, qui laisse passer notre esprit vers le leur, mais interdit la r\u00e9ciproque. Les m\u00e9diums sont des \u00eatres humains dot\u00e9s d&rsquo;une amusante particularit\u00e9. Ils sont capables, pendant de brefs instants, et au prix d&rsquo;un effort de concentration extr\u00eame, de s&rsquo;affranchir de la mati\u00e8re corporelle. C&rsquo;est comme s&rsquo;ils pouvaient d\u00e9chirer la fameuse membrane. Tu me suis ? Pendant qu&rsquo;ils r\u00e9ussissent \u00e0 mobiliser suffisamment d&rsquo;\u00e9nergie pour garder ouvert le passage, ils peuvent nous ressentir, et, pour les plus dou\u00e9s d&rsquo;entre eux, communiquer avec tous les esprits encore en phase un ou deux. La consigne, dans ce cas de figure, c&rsquo;est de la fermer et de dispara\u00eetre.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est nul. Pourquoi ne pas en profiter pour dialoguer, par leur interm\u00e9diaire, avec les vivants, et leur dire comment \u00e7a se passe ici ?<\/p><p>&#8211; Ca p\u00e9p\u00e8re, c&rsquo;est pour nous prot\u00e9ger du risque de fant\u00f4\u00admisation. C&rsquo;est une r\u00e8gle essentielle, et tu es pri\u00e9 de l&rsquo;appliquer et de ne pas commencer \u00e0 foutre la merde, compris ?<\/p><p>&#8211; Et ho, mollo la n\u00e9nette ! tu me parles sur un autre ton, sinon je te donne la fess\u00e9e de ta vie.<\/p><p>&#8211; T&rsquo;es pas encore au point, question vocabulaire. Mais je te pr\u00e9sente tout de m\u00eame mes excuses les plus&#8230;ang\u00e9liques.<\/p><p>&#8211; J&rsquo;accepte les excuses. Reprenons. Tu en \u00e9tais aux fan\u00adt\u00f4mes.<\/p><p>&#8211; Ouais, bon. Les fant\u00f4mes sont, au d\u00e9part, des esprits comme toi et moi. Seulement, au lieu de profiter du moment de latence, qui nous est offert \u00e0 tous, pour se s\u00e9parer en douceur de leur pass\u00e9, ils s&rsquo;y accrochent. Quelque chose les retient, soit une peine infinie, soit un d\u00e9sir de vengeance, soit un incroyable amour. Ils finissent par intervenir dans l&rsquo;histoire des vivants, et restent coinc\u00e9s dans une sorte de sous-phase un, ce qui les emp\u00eache de se pr\u00e9parer au passage. On dit qu&rsquo;ils ne se d\u00e9gagent pas.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est quoi, exactement, le passage ?<\/p><p>&#8211; Stop, p\u00e9p\u00e8re, t&rsquo;en as eu assez pour aujourd&rsquo;hui. On rem\u00adballe et on rentre.<\/p><p>&#8211; Jeannou, tu me les broutes !<\/p><p>&#8211; Arr\u00eate de r\u00eaver, mon bonhomme. D&rsquo;ailleurs tu n&rsquo;en as plus.<\/p><p>&#8211; Comment \u00e7a, je n&rsquo;en ai plus ?<\/p><p>&#8211; On ne t&rsquo;a jamais appris que les anges n&rsquo;ont pas de sexe\u00b0?<\/p><p>&#8211; Mais je ne suis pas un ange, merde !<\/p><p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que \u00e7a change ?<\/p><p>&#8211; Rien, sans doute, mais j&rsquo;ai du mal \u00e0 m&rsquo;y faire. Les yeux, passe encore, mais les &#8230; C&rsquo;est que j&rsquo;y tenais, moi, \u00e0 ces petites choses l\u00e0 !<\/p><p>&#8211; Pfuitt. Pour ce que tu savais t&rsquo;en servir !<\/p><p>&#8211; Attends, j&rsquo;ai mal entendu l\u00e0 !<\/p><p>&#8211; Avoue, mon cher petit Jonathan, que tu \u00e9tais plut\u00f4t empot\u00e9 avec les filles, pour autant que je me souvienne. C&rsquo;est moi qui me suis tap\u00e9 tout le boulot. Tu n&rsquo;osais m\u00eame pas m&#8217;embrasser, au d\u00e9but.<\/p><p>&#8211; D&rsquo;abord, je n&rsquo;\u00e9tais pas empot\u00e9 avec LES filles. J&rsquo;\u00e9tais juste un peu coinc\u00e9 avec toi. Ceux qui t&rsquo;ont connue \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque m&rsquo;accorderont de larges circonstances att\u00e9nuantes. D\u00e9couvrir les joies de la chair dans tes bras relevait plus du parcours du combattant que d&rsquo;une partie de plaisir !<\/p><p>&#8211; Donc j&rsquo;\u00e9tais bien la premi\u00e8re !<\/p><p>&#8211; Ben oui, pourquoi ?<\/p><p>&#8211; Parce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, monsieur soutenait le contraire, et pr\u00e9tendait avoir une liaison avec je ne sais quelle pimb\u00eache parisienne beaucoup plus \u00e2g\u00e9e&#8230;<\/p><p>&#8211; Ah, c&rsquo;est vrai, j&rsquo;oubliais Magali.<\/p><p>&#8211; Magali, c&rsquo;est \u00e7a. Elle existait donc vraiment !<\/p><p>&#8211; Oui. Mais je peux te l&rsquo;avouer maintenant, elle ne m&rsquo;a ja\u00admais regard\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait la grande soeur d&rsquo;un copain de pension.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est bien ce que je pensais&#8230; Tout dans la frime !<\/p><p>&#8211; Dis-moi, Jeannou, tu le fais juste pour m&#8217;emb\u00eater, ou tu es naturellement peau de vache ? Cette histoire est vieille de plus de dix ans. Tu ne crois pas qu&rsquo;il y a prescription ?<\/p><p>&#8211; Dix ans ! Mon Dieu que le temps passe vite, ici. En fait, \u00e7a doit m\u00eame faire plus que \u00e7a. Il doit bien y avoir deux ou trois ans que tu nous as rejoints.<\/p><p>&#8211; Trois ans ! Tu es folle, c&rsquo;\u00e9tait hier.<\/p><p>&#8211; Ca aussi, tu l&rsquo;apprendras mon bonhomme. Le temps est devenu une dimension dr\u00f4lement \u00e9lastique, pour nous. Ce qui n&rsquo;a, je te l&rsquo;accorde, strictement aucune importance.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est comme pour le reste, je veux bien te croire pour l&rsquo;instant. Quoi qu&rsquo;il en soit, en ce qui concerne les femmes, je t&rsquo;assure que je me suis largement rattrap\u00e9 depuis le temps. Les petites canadiennes \u00e9taient folles de leur joli frenchie.<\/p><p>&#8211; Parce que c&rsquo;est au Canada que tu g\u00eetais !<\/p><p>&#8211; Et oui ! Il faut croire que les filles du vieux continent ne me suffisaient plus.<\/p><p>&#8211; Non mais \u00e9coutez-moi \u00e7a. T&rsquo;es incroyable comme mec. Je n&rsquo;aurais jamais pens\u00e9 que tu pourrais devenir aussi vantard. T&rsquo;es une sorte de champion, dans le genre ! je n&rsquo;ai pas encore explor\u00e9 d&rsquo;esprit aussi vaniteux !<\/p><p>&#8211; Donc, nous ne sommes pas seuls !<\/p><p>&#8211; Ca y est, il remet \u00e7a.<\/p><p>&#8211; Que veux-tu ? Comme tout breton qui se respecte, j&rsquo;ai de la suite dans les id\u00e9es.<\/p><p>&#8211; D&rsquo;accord, je vais essayer de t&rsquo;expliquer \u00e7a.<\/p><p>&#8211; Et le stade un, et le stade deux ?<\/p><p>&#8211; Ouais, les stades aussi.<\/p><p>&#8211; Et le passage ?<\/p><p>&#8211; Ben voyons, la totale du premier coup ! Apr\u00e8s tout, il n&rsquo;est pas interdit d&rsquo;essayer. Mais je pr\u00e9f\u00e8re te pr\u00e9venir tout de suite, tu vas \u00eatre d\u00e9\u00e7u. Nous sommes seuls, tout les deux. Ou plus exactement, nous sommes momentan\u00e9ment isol\u00e9s. Je dirais m\u00eame, pour \u00eatre encore plus exacte, que tu es isol\u00e9. Moi, je peux me balader et rencontrer les autres.<\/p><p>&#8211; Ma petite Jeannou, je suis pr\u00eat \u00e0 mobiliser l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de ma vaste intelligence pour essayer de te comprendre. Encore faudrait-il que tu commences par le commencement.<\/p><p>&#8211; Tu as raison. Je reprends au d\u00e9but. Apr\u00e8s notre mort, et la s\u00e9paration entre le corps et l&rsquo;esprit, nous passons par trois phases. La premi\u00e8re, celle que tu connais en ce moment, c&rsquo;est la phase de d\u00e9sensibilisation, ou de d\u00e9gagement. Pendant cette p\u00e9riode, le nouvel arrivant est isol\u00e9 des autres esprits, et n&rsquo;a de contact qu&rsquo;avec son mentor.<\/p><p>&#8211; Donc, tu es mon mentor.<\/p><p>&#8211; Ben oui, pourquoi ?<\/p><p>&#8211; Je trouve le terme assez peu en rapport avec ce que tu repr\u00e9sentes pour moi, mais passons. Au fait, pourquoi toi ?<\/p><p>&#8211; Je ne sais pas au juste. Je suppose que le mentor est choisi parmi les gens que le nouvel arrivant a connus et aim\u00e9s au moins un peu, afin d&rsquo;att\u00e9nuer la violence du choc. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, il faut \u00e9galement que le mentor soit toujours en phase deux, ce qui limite forc\u00e9ment le choix.<\/p><p>&#8211; Et pourquoi faut-il que le mentor soit toujours en phase deux ?<\/p><p>&#8211; Minute papillon. Si tu continues \u00e0 vouloir mettre la charrue avant les boeufs, tu n&rsquo;arriveras jamais \u00e0 tracer ton sillon, mon bonhomme !<\/p><p>&#8211; Jolie m\u00e9taphore agricole, je reconnais bien l\u00e0 la petite bouseuse que tu fus.<\/p><p>&#8211; La bouseuse, elle t&#8217;emmerde, bourgeois de mes fesses!<\/p><p>&#8211; OK, OK, milexcuses miss. Tiens, j&rsquo;ai une autre question.<\/p><p>&#8211; Ah ouais ?<\/p><p>&#8211; Allez, Jeannou, arr\u00eate de bouder, c&rsquo;\u00e9tait une blague. Dis-moi plut\u00f4t qui choisit.<\/p><p>&#8211; Qui choisit quoi ?<\/p><p>&#8211; Ben, le mentor !<\/p><p>&#8211; Ca, c&rsquo;est vraiment trop compliqu\u00e9 pour l&rsquo;instant. Disons que si tu crois en Dieu, c&rsquo;est Dieu.<\/p><p>&#8211; Et sinon ?<\/p><p>&#8211; Tu commences \u00e0 me gonfler s\u00e9rieux, Jonathan. Sinon, tu l&rsquo;appelles l&rsquo;\u00catre supr\u00eame, la Grande Conscience Universelle, ou le grand Mamamouchi, ou tout autre nom qui passera par ta sale caboche d&rsquo;enfant g\u00e2t\u00e9, et tu me laisses poursuivre, sans quoi je te plante l\u00e0 et je retourne en phase deux !<\/p><p>&#8211; Vos d\u00e9sirs sont des ordres, Princesse de ma nuit \u00e9ter\u00adnelle, et je me prosterne en pens\u00e9e pour baiser l&rsquo;esprit de vos pieds.<\/p><p>&#8211; Ils en ont plus que toi, de l&rsquo;esprit ! Bon, je fais une der\u00adni\u00e8re tentative. La phase un est donc destin\u00e9e \u00e0 pr\u00e9parer le nouvel arrivant \u00e0 abandonner sa vie terrestre.<\/p><p>&#8211; Parce qu&rsquo;il a le choix, le nouvel arrivant ?<\/p><p>&#8211; Non bien s\u00fbr. Quoique !<\/p><p>&#8211; Arr\u00eate, s&rsquo;il te pla\u00eet, de parler par \u00e9nigmes, \u00e7a devient fati\u00adgant.<\/p><p>&#8211; Tu n&rsquo;as qu&rsquo;\u00e0 ne pas m&rsquo;interrompre tout le temps !<\/p><p>&#8211; OK, OK, je la ferme.<\/p><p>&#8211; Je ne sais m\u00eame plus o\u00f9 j&rsquo;en \u00e9tais !<\/p><p>&#8211; \u00ab\u00a0La phase un est donc destin\u00e9e \u00e0 pr\u00e9parer le nouvel arrivant \u00e0 abandonner sa vie terrestre.\u00a0\u00bb Je cite.<\/p><p>&#8211; Ah oui. Bon. Pendant cette p\u00e9riode, le nouvel arrivant a la facult\u00e9 de se promener o\u00f9 bon lui semble sur terre. Il peut donc revoir les \u00eatres qu&rsquo;il a aim\u00e9s, ou d\u00e9test\u00e9s, s&rsquo;il est maso, autant qu&rsquo;il le d\u00e9sire. Il reste en revanche isol\u00e9 des autres \u00e2mes jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ait d\u00e9finitivement admis qu&rsquo;il ne fait plus partie du monde des vivants, et qu&rsquo;il d\u00e9cide de lui-m\u00eame de ne plus s&rsquo;y int\u00e9resser. On dit alors qu&rsquo;il est d\u00e9gag\u00e9. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un danger, lors de cette phase, c&rsquo;est la fant\u00f4misation. Je t&rsquo;en ai d\u00e9j\u00e0 touch\u00e9 un mot. Les fant\u00f4mes sont des \u00e2mes qui n&rsquo;arrivent pas \u00e0 franchir le pas, tant leur peine, leur douleur, leur haine, ou parfois leur amour est grand. Ils ne sont pas tr\u00e8s nombreux, en fait, car la plupart du temps la curiosit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me humaine l&#8217;emporte vite sur les regrets. Mais il y en a quand m\u00eame quelques uns.<\/p><p>&#8211; Et, c&rsquo;est un \u00e9tat &#8230; d\u00e9finitif ?<\/p><p>&#8211; Ca d\u00e9pend. On peut dire, sch\u00e9matiquement, qu&rsquo;il y a deux sortes de fant\u00f4mes. Les temporaires, et les d\u00e9finitifs. Les temporaires, ce sont des contemplatifs. Ils restent bloqu\u00e9s devant le spectacle de la vie sur terre comme un vieux vicieux au trou d&rsquo;une serrure. En g\u00e9n\u00e9ral, ils \u00e9pient une personne, un \u00eatre cher, ou au contraire un ennemi, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle aussi arrive \u00e0 mourir. Alors, ils semblent sortir d&rsquo;un r\u00eave, et reprennent le cours normal de leur d\u00e9gagement. Tiens, j&rsquo;ai m\u00eame vu le cas d&rsquo;une m\u00e8re, morte en mettant au monde un b\u00e9b\u00e9. Elle l&rsquo;a attendu en phase un pendant quatre-vingt-seize ann\u00e9es terrestres. Quand il est mort, elle a repris sa d\u00e9sensibilisation, et a fini par le retrouver en phase deux. Le plus dr\u00f4le, c&rsquo;est que lui l&rsquo;a reconnue tout de suite. C&rsquo;\u00e9tait \u00e9mouvant, tu ne peux pas savoir&#8230;<\/p><p>&#8211; Ah les n\u00e9nettes, vous \u00eates incroyables ! Parle-moi plut\u00f4t des d\u00e9finitifs, au lieu de t&rsquo;attendrir b\u00eatement.<\/p><p>&#8211; D&rsquo;abord, ce n&rsquo;est pas b\u00eate de s&rsquo;attendrir un peu. Et puis, tu veux br\u00fbler les \u00e9tapes. Je ne t&rsquo;ai pas tout dit sur les temporaires.<\/p><p>&#8211; Ah bon ?<\/p><p>&#8211; Jonathan, je te croyais plus malin que \u00e7a. Essaie de relier un peu les \u00e9l\u00e9ments que je t&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, et trouve ce qui manque, ou j&rsquo;arr\u00eate la le\u00e7on.<\/p><p>&#8211; Tu es vraiment une petite peste, Jeannou. Tu es r\u00e9solu\u00adment et d\u00e9finitivement rest\u00e9e la sale mioche de seize ans qui me faisait passer par tous ses caprices.<\/p><p>&#8211; Et gn\u00e2gn\u00e2gn\u00e2, et gn\u00e2gn\u00e2gn\u00e2 ! Bon, tu te d\u00e9cides, ou on dort ici.<\/p><p>&#8211; D&rsquo;accord, je vais essayer. Tes fant\u00f4mes temporaires restent donc bloqu\u00e9s en phase un jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une autre per\u00adsonne meure, quel que soit le temps qu&rsquo;il faut attendre, apr\u00e8s quoi tout redevient normal. Attends, je crois que je commence \u00e0 comprendre. S&rsquo;ils restent en phase un, ils sont inaccessibles au commun des mortels, et ne pr\u00e9sentent donc aucune des carac\u00adt\u00e9ristiques dont on affuble d&rsquo;ordinaire les fant\u00f4mes !<\/p><p>&#8211; Chapeau ! je ne pensais pas que tu trouverais aussi rapidement. Tu as tout \u00e0 fait raison. Ce qui en fait des fant\u00f4mes, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ne peuvent s&#8217;emp\u00eacher de r\u00e9pondre d\u00e8s qu&rsquo;un m\u00e9dium cherche \u00e0 contacter des \u00e2mes, consciemment ou pas.<\/p><p>&#8211; Comment \u00e7a, consciemment ou pas ?<\/p><p>&#8211; A\u00efe, a\u00efe, a\u00efe, \u00e7a va devenir compliqu\u00e9 de garder le fil ! Disons pour simplifier qu&rsquo;il y a deux cat\u00e9gories de m\u00e9diums. Ceux qui connaissent leur pouvoir, en usent et en abusent, et ceux qui l&rsquo;ignorent, mais qui, sous le coup d&rsquo;une forte \u00e9motion, deviennent suffisamment r\u00e9ceptifs pour ressentir la pr\u00e9sence d&rsquo;esprits. Quand un fant\u00f4me temporaire rencontre l&rsquo;esprit d&rsquo;une de ces personnes, il peut chercher \u00e0 communiquer avec elle. Et s&rsquo;il y parvient, alors il devient un fant\u00f4me.<\/p><p>&#8211; Si je comprends bien, c&rsquo;est le fait d&rsquo;intervenir dans l&rsquo;uni\u00advers des vivants qui g\u00e9n\u00e8re l&rsquo;\u00e9tat de fant\u00f4me temporaire.<\/p><p>&#8211; Si tu veux, oui. En fait, tout esprit qui intervient dans le monde des vivants devient un fant\u00f4me, et c&rsquo;est la forme de l&rsquo;in\u00adtervention, et sa gravit\u00e9, qui d\u00e9termine si cet \u00e9tat sera tempo\u00adraire ou d\u00e9finitif.<\/p><p>&#8211; Et quelle est l&rsquo;\u00e9chelle des p\u00e9ch\u00e9s ?<\/p><p>&#8211; Ne plaisante pas avec \u00e7a, Jonathan. C&rsquo;est s\u00e9rieux. En gros, tant que l&rsquo;esprit en question se contente de quelques si\u00adgnes \u00e0 destination de personnes ayant des qualit\u00e9s m\u00e9diumni\u00adques, il reste un fant\u00f4me temporaire. D\u00e8s qu&rsquo;il d\u00e9cide d&rsquo;aller au-del\u00e0, et d&rsquo;appara\u00eetre \u00e0 n&rsquo;importe qui, il devient fant\u00f4me d\u00e9finitif.<\/p><p>&#8211; Comme dans les ch\u00e2teaux hant\u00e9s !<\/p><p>&#8211; Ca n&rsquo;est vraiment pas dr\u00f4le, je t&rsquo;assure. Ce sont de pau\u00advres esprits qui errent aux confins des deux mondes, sans plus appartenir \u00e0 aucun d&rsquo;entre eux.<\/p><p>&#8211; Pourtant, dans toute histoire de fant\u00f4me qui se respecte, la d\u00e9livrance est toujours possible.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est du roman, mon pauvre vieux.<\/p><p>&#8211; Mais qui d\u00e9cide qu&rsquo;ils ne pourront jamais s&rsquo;en sortir ? Toujours ton grand Mamamouchi ?<\/p><p>&#8211; Non, Jonathan, chaque esprit d\u00e9cide lui-m\u00eame de son destin. Ici, personne ne condamne personne, surtout pas \u00e0 per\u00adp\u00e9tuit\u00e9.<\/p><p>&#8211; Alors, pourquoi ne s&rsquo;en sortent-ils pas ?<\/p><p>&#8211; Parce que pour s&rsquo;en sortir, il faudrait qu&rsquo;ils trouvent la paix. Mais ils \u00e9prouvent une telle attirance morbide pour leur souffrance que la partie est en g\u00e9n\u00e9ral perdue d&rsquo;avance, et ce d&rsquo;autant plus que nous ne pouvons pas leur venir en aide.<\/p><p>&#8211; Et pourquoi ?<\/p><p>&#8211; Ce qui diff\u00e9rencie pour l&rsquo;essentiel un temporaire d&rsquo;un d\u00e9\u00adfinitif, c&rsquo;est que le temporaire reste en phase un, et que son mentor, qui reste lui bloqu\u00e9 en phase deux pendant la m\u00eame dur\u00e9e, peut essayer de le r\u00e9conforter, et m\u00eame parfois de le raisonner. Si le temporaire franchit la barri\u00e8re, il quitte la phase un et se retrouve entre les deux mondes. Son mentor ne peut plus, alors, avoir de contact avec lui. Son seul recours, c&rsquo;est de trouver un humain compatissant, qui r\u00e9ussisse \u00e0 le renvoyer vers le droit chemin. Ce n&rsquo;est pas impossible, remarque, mais c&rsquo;est rarissime.<\/p><p>&#8211; Et bien c&rsquo;est gai. Heureusement que je ne laisse derri\u00e8re moi personne \u00e0 aimer ou \u00e0 ha\u00efr assez pour risquer un tel drame. Ca fait froid dans le dos, ton histoire.<\/p><p>&#8211; Jonathan, tu es d\u00e9sesp\u00e9rant. Tu n&rsquo;as pas froid, et tu n&rsquo;as plus de dos non plus. Vu ?<\/p><p>&#8211; Eh, stop, princesse. J&rsquo;ai parfaitement imprim\u00e9 cette partie du discours. Accepte n\u00e9anmoins que j&rsquo;use encore de ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler des expressions populaires !<\/p><p>&#8211; Comme \u00ab\u00a0ferme ta boite \u00e0 camembert\u00a0\u00bb, par exemple ?<\/p><p>&#8211; Si tu veux, encore qu&rsquo;elle ne soit pas de la derni\u00e8re mode!<\/p><p>&#8211; Ce qui signifie ?<\/p><p>&#8211; Rien, apr\u00e8s tout, \u00e0 l&rsquo;impossible, nul n&rsquo;est tenu. Pour une gamine des ann\u00e9es quatre-vingts, paum\u00e9e au fin fond des C\u00f4tes d&rsquo;Armor, c&rsquo;est m\u00eame tr\u00e8s bien !<\/p><p>&#8211; Arr\u00eate de te foutre de moi ! Et d&rsquo;abord, c&rsquo;est quoi, les C\u00f4tes d&rsquo;Armor ?<\/p><p>&#8211; Comment, tu ne sais m\u00eame pas \u00e7a ! Mais on ne vous ap\u00adprend rien ici. C&rsquo;est le nouveau nom des C\u00f4tes du Nord pardi ! Ils ont d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;en changer pour avoir moins froid.<\/p><p>&#8211; Tr\u00e8s dr\u00f4le ! Et qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;aurais du dire pour \u00eatre \u00e0 la page ?<\/p><p>&#8211; Ben, par exemple, si on se fonde sur le niveau de com\u00admunication pr\u00f4n\u00e9 par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, on ne dit plus \u00ab\u00a0\u00e0 la page\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0ch\u00e9bran\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0ferme ta bo\u00eete \u00e0 camembert\u00a0\u00bb devient \u00ab\u00a0nique ta m\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est \u00e9l\u00e9gant !<\/p><p>&#8211; Je te l&rsquo;accorde. Mais poursuis plut\u00f4t tes explications, el\u00adles m&rsquo;int\u00e9ressent.<\/p><p>&#8211; Bon. A l&rsquo;issue de la phase un, si tu as \u00e9vit\u00e9 le pi\u00e8ge de la fant\u00f4misation, tu passes en phase, deux, ce qui est mon statut actuel.<\/p><p>&#8211; Racont\u00e9 comme \u00e7a, on jurerait un jeu d&rsquo;arcade : \u00ab\u00a0Sonic \u00e0 la conqu\u00eate du paradis\u00a0\u00bb&#8230;<\/p><p>&#8211; Un jeu de quoi?<\/p><p>&#8211; Un jeu d&rsquo;arcade. Bon \u00e7a va, laisse tomber.<\/p><p>&#8211; Qui c&rsquo;est, \u00ab\u00a0Sonic\u00a0\u00bb ?<\/p><p>&#8211; Ecoute, si je te dis que c&rsquo;est une sorte de porc-\u00e9pic extraterrestre qui devient redoutable d\u00e8s qu&rsquo;il se met en boule, et que son meilleur copain est un renard qui se sert de sa queue comme un rotor d&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re, tu vas me prendre pour un d\u00e9bile, non ?<\/p><p>&#8211; Si !<\/p><p>&#8211; Alors, j&rsquo;ai rien dit.<\/p><p>&#8211; En fait, ce que je trouve d\u00e9bile, c&rsquo;est le niveau des diver\u00adtissements pratiqu\u00e9s aujourd&rsquo;hui par les gar\u00e7ons de vingt-six ans. De mon temps&#8230;<\/p><p>&#8211; Et ben quoi, de ton temps ? On se tapait des flippers et des baby-foot de ton temps. Je le sais, j&rsquo;y \u00e9tais aussi.<\/p><p>&#8211; Attends un peu, bonhomme. Toi tu te tapais des flips et des babys, OK, mais tu n&rsquo;avais que seize ans. Les mecs de vingt-six, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, avaient mieux \u00e0 faire.<\/p><p>&#8211; Quoi, par exemple ?<\/p><p>&#8211; Par exemple, ils faisaient la cour aux jeunes filles de seize ans, dont les camarades du m\u00eame \u00e2ge jouaient au baby-foot, qui, comme son nom l&rsquo;indique, est destin\u00e9 \u00e0 un public pr\u00e9 pubertaire, pour ne pas dire coucheculott\u00e9.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est reparti pour un tour. Dis, tu vas me bassiner long\u00adtemps, avec mes prouesses amoureuses de l&rsquo;\u00e9poque ? Ca t&rsquo;a donc tellement traumatis\u00e9 ?<\/p><p>&#8211; Disons que j&rsquo;avais le b\u00e9guin, et que \u00e7a semblait t&rsquo;ennuyer plut\u00f4t qu&rsquo;autre chose.<\/p><p>&#8211; Mais pas du tout, pas du tout ! Seulement, j&rsquo;\u00e9tais g\u00ean\u00e9 pour mes copains qui n&rsquo;avaient pas de cavali\u00e8res, voil\u00e0.<\/p><p>&#8211; Ben voyons ! En attendant, je suis morte sans conna\u00eetre autre chose qu&rsquo;un petit flirt \u00e0 la sauvette.<\/p><p>&#8211; Attends un peu l\u00e0. Je demande un temps mort. Tu ne se\u00adrais pas en train de me dire que je suis le seul \u00e0 t&rsquo;avoir&#8230;<\/p><p>&#8211; Bais\u00e9e ? Si mon bonhomme !<\/p><p>&#8211; Ah ouais, et les fameux mecs de vingt-six ans qui fai\u00adsaient la cour aux jeunes filles de seize ans etc., etc. ?<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est toi que j&rsquo;aimais, pauvre pomme !<\/p><p>&#8211; Excuse-moi Jeannou, si c&rsquo;est possible. Je n&rsquo;avais pas compris. Tu me plaisais beaucoup, et j&rsquo;\u00e9tais bien avec toi, mais tu me faisais un peu peur, aussi. Et puis personne ne pouvait deviner ce qui allait t&rsquo;arriver.<\/p><p>&#8211; Ben non. Comme on dit, c&rsquo;est la vie !<\/p><p>&#8211; Je suis vraiment d\u00e9sol\u00e9.<\/p><p>&#8211; Laisse tomber, le pass\u00e9, c&rsquo;est le pass\u00e9. Si tu continues, tu vas me faire r\u00e9gresser, et je vais redoubler ma phase un.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est possible, \u00e7a ?<\/p><p>&#8211; J&rsquo;en sais rien. Bon, je continue. Durant la phase deux, ayant fini de se s\u00e9parer affectivement de ses souvenirs terres\u00adtres, l&rsquo;\u00e2me en transit va commencer \u00e0 prendre conscience de l&rsquo;universalit\u00e9 de l&rsquo;esprit, et entrer peu \u00e0 peu dans ce grand r\u00e9\u00adservoir de souvenirs et de sensations qui constitue l&rsquo;inconscient collectif de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p><p>&#8211; Le quoi ?<\/p><p>&#8211; Et merde ! T&rsquo;as jamais rien lu l\u00e0-dessus ?<\/p><p>&#8211; A vrai dire, jusqu&rsquo;\u00e0 ces derniers temps, je me suis senti assez peu concern\u00e9 par tout ce qui touche \u00e0 la mort.<\/p><p>&#8211; Mais l&rsquo;inconscient collectif ne concerne pas seulement la mort, Jonathan. C&rsquo;est une sorte de m\u00e9moire vivante de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. Tout \u00eatre humain porte, \u00e0 sa naissance, l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des vies des \u00eatres humains morts au plus profond de son \u00eatre. Comme par exemple le souvenir du meurtre du p\u00e8re, qui constitue le fondement psychanalytique du p\u00e9ch\u00e9 originel. Freud, et ses successeurs, ont commenc\u00e9 \u00e0 expliquer tout \u00e7a.<\/p><p>&#8211; Freud n&rsquo;a pas \u00e9crit mes livres de chevet.<\/p><p>&#8211; Voil\u00e0 qui ne m&rsquo;\u00e9tonne pas. Je t&rsquo;imagine plut\u00f4t en compa\u00adgnie de James Hadley Chase, ou de G\u00e9rard de Villiers.<\/p><p>&#8211; Non plus. Mais nous parlerons de litt\u00e9rature une autre fois. Continue.<\/p><p>&#8211; S&rsquo;il te pla\u00eet.<\/p><p>&#8211; Pardon ?<\/p><p>&#8211; Continue s&rsquo;il te pla\u00eet. Il faudrait voir \u00e0 ne pas confondre mentor et bonniche !<\/p><p>&#8211; Tu as parfaitement raison. Je m\u00e9aculpe donc, et te prie de bien vouloir, s&rsquo;il te pla\u00eet, poursuivre ton r\u00e9cit.<\/p><p>&#8211; Je vais essayer. Tu as parfaitement compris que nous communiquions sans probl\u00e8me directement d&rsquo;un esprit \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p><p>&#8211; Oui, \u00e7a, j&rsquo;ai saisi.<\/p><p>&#8211; En phase deux, le ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;intensifie. Nous n&rsquo;avons plus d&rsquo;effort \u00e0 faire, ni m\u00eame \u00e0 prendre la d\u00e9cision de nous \u00ab\u00a0brancher\u00a0\u00bb sur tel ou tel. La communication entre tous les mem\u00adbres de la phase deux est imm\u00e9diate, et, peu \u00e0 peu, tout au long de notre cheminement dans cette phase, nous nous fondons dans une sorte de conscience commune. Nous conservons encore notre personnalit\u00e9, mais elle devient de moins en moins importante. C&rsquo;est \u00e0 ce moment l\u00e0 que nous accomplissons notre mission de mentor. Pour la r\u00e9ussir en effet, il faut que nous poss\u00e9dions la compr\u00e9hension du syst\u00e8me tout entier, tout en ayant conserv\u00e9 la personnalit\u00e9 que connaissait le nouvel arrivant. Si nous attendions trop longtemps, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la phase, par exemple, notre personnalit\u00e9 se serait tellement amoindrie que l&rsquo;\u00e2me \u00e0 guider ne pourrait la reconna\u00eetre.<\/p><p>&#8211; Donc, en gros, quand tu auras fini de t&rsquo;occuper de moi, tu cesseras d&rsquo;\u00eatre toi.<\/p><p>&#8211; Et je crois que je l&rsquo;aurai sacr\u00e9ment m\u00e9rit\u00e9 ! En fait, ce n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait exact. Je continuerai encore d&rsquo;\u00eatre moi, mais je serai aussi tous les autres en m\u00eame temps. Ce n&rsquo;est pas une phase d&rsquo;appauvrissement, c&rsquo;est au contraire un extraordinaire enrichissement.<\/p><p>&#8211; Mais tu perdras quand m\u00eame ta personnalit\u00e9 !<\/p><p>&#8211; Non ! Sans cesser d&rsquo;\u00eatre moi, je perdrai la conscience de n&rsquo;\u00eatre que moi. Je n&rsquo;individualiserai plus mes souvenirs, ils feront partie de la masse commune dont je profiterai int\u00e9gralement. Jusque l\u00e0, je garde la possibilit\u00e9 de t&rsquo;accompagner sur terre, et de voir le monde des vivants avec toi. Apr\u00e8s, quand la fusion sera achev\u00e9e, \u00e7a me deviendra impossible.<\/p><p>&#8211; Oh, dur dur !<\/p><p>&#8211; Non, pourquoi ?<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est g\u00e9nial de pouvoir se balader dans le monde.<\/p><p>&#8211; Pour toi, c&rsquo;est \u00e0 dire pour l&rsquo;instant, c&rsquo;est g\u00e9nial. Mais la fusion est autrement passionnante. Tu ne peux pas encore le comprendre, mais je te promets que, quand tu commenceras \u00e0 la vivre, tu ne regretteras rien.<\/p><p>&#8211; Admettons, une fois encore, et poursuivons notre \u00e9duca\u00adtion post-mortem.<\/p><p>&#8211; Quand la fusion est int\u00e9grale, tu passes insensiblement en phase trois.<\/p><p>&#8211; Insensiblement ?<\/p><p>&#8211; Oui. Entre les deux premiers stades, il y a une rupture. Tu perds certaines facult\u00e9s, mais tu en acquiers d&rsquo;autres. Entre le deuxi\u00e8me et le troisi\u00e8me, il n&rsquo;y a pas de rupture de ce genre. C&rsquo;est un peu comme un arbre, qui vit au rythme des saisons. Il est en pleine forme, au coeur de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, puis, tout doucement, ses feuilles jaunissent, et il les perd. Il passe tout doucement de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;automne, puis \u00e0 l&rsquo;hiver. L&rsquo;arbre, pourtant, n&rsquo;a aucune notion de calendrier. Il ne sait pas ce que repr\u00e9sente le vingt et un septembre, ou le vingt-deux d\u00e9cembre. Le changement se fait dans la continuit\u00e9, sans rupture. Pour nous, c&rsquo;est la m\u00eame chose. A partir de l&rsquo;instant o\u00f9 nous ne pouvons plus d\u00e9terminer ce qui, dans nos souvenirs, a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu par le corps qui nous \u00e9tait affect\u00e9, ou par un autre corps, alors, nous sommes en phase trois.<\/p><p>&#8211; Je ne suis pas s\u00fbr de tout comprendre.<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est normal, bonhomme. Tu voudrais tout savoir tout de suite. Les choses \u00e9voluent lentement, et nous paraissent normales au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;elles se produisent. Un moment donn\u00e9, tu seras toi aussi la conscience universelle, enrichie de ton apport personnel. Mais tu ne sauras plus si ta vie a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue par toi ou par un autre, ce qui n&rsquo;aura, \u00e0 tes yeux, aucune importance. Tu seras pr\u00eat pour le passage.<\/p><p>&#8211; Nous y voil\u00e0.<\/p><p>&#8211; Ouais, nous y voil\u00e0, comme tu dis.<\/p><p>&#8211; Et, \u00e7a consiste en quoi, ce fameux passage ?<\/p><p>&#8211; C&rsquo;est le retour sur terre.<\/p><p>&#8211; Le quoi ?<\/p><p>&#8211; Et oui, mon bonhomme, le retour sur terre.<\/p><p>&#8211; Tu veux dire la r\u00e9incarnation, la m\u00e9tempsycose et tout ce genre de truc ? Ca existe vraiment ?<\/p><p>&#8211; Ben oui.<\/p><p>&#8211; Eh ho ! C&rsquo;est un peu court, jeune homme, et vous pourriez me dire bien d&rsquo;autres choses en somme&#8230;<\/p><p>&#8211; Monsieur a des lettres !<\/p><p>&#8211; Monsieur pense qu&rsquo;il m\u00e9rite quelques explications com\u00adpl\u00e9mentaires !<\/p><p>&#8211; J&rsquo;avais compris. Et j&rsquo;acquiesce. Monsieur m\u00e9rite quelques explications en effet. Le tout, c&rsquo;est de trouver lesquelles. Prenons une image.<\/p><p>&#8211; Ca tombe bien, j&rsquo;adore les images.<\/p><p>&#8211; Notre \u00e2me, ou notre esprit, si tu pr\u00e9f\u00e8res, est comme une goutte d&rsquo;eau, qui se charge de diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments au cours de notre vie. Ces \u00e9l\u00e9ments peuvent \u00eatre positifs, et constituent alors des acquis, \u00e0 la dimension de l&rsquo;humanit\u00e9. Ils peuvent \u00e9galement \u00eatre n\u00e9gatifs, et nous polluer. La phase un supprime la pollution. La phase deux permet l&rsquo;int\u00e9gration progressive de nos acquis par d&rsquo;autres gouttes d&rsquo;eau, qui connaissent la m\u00eame transformation au m\u00eame moment. Cette transformation termin\u00e9e, toutes les gouttes d&rsquo;eau sont redevenues de m\u00eame nature, et sont par cons\u00e9quent miscibles entre elles. Elles disparaissent alors en tant qu&rsquo;individualit\u00e9 au sein d&rsquo;un nuage qui constitue la conscience universelle de notre monde. Le passage, c&rsquo;est une averse qui renvoie sur terre le nuage sous forme de nouvelles gouttes d&rsquo;eau, riches des acquis des gouttes pr\u00e9c\u00e9dentes sans pour autant \u00eatre aucune d&rsquo;entre elles, et dot\u00e9es d&rsquo;un pouvoir d&rsquo;acquisition tout neuf.<\/p><p>&#8211; Ces gouttes, si j&rsquo;ai bien compris, ce sont les \u00e2mes des nouveau-n\u00e9s.<\/p><p>&#8211; Tu l&rsquo;as dit, bouffi !<\/p><p>&#8211; OK. C&rsquo;est assez pour aujourd&rsquo;hui.<\/p><p>&#8211; Fatigu\u00e9, d\u00e9j\u00e0 ?<\/p><p>&#8211; Non, mademoiselle, pas fatigu\u00e9 ! Abasourdi, d\u00e9conte\u00adnanc\u00e9, \u00e9mu, boulevers\u00e9, chamboul\u00e9, retourn\u00e9, incr\u00e9dule, rinc\u00e9, vid\u00e9, secou\u00e9, j&rsquo;en passe et des meilleures, mais pas fatigu\u00e9.<\/p><p>&#8211; Je te comprends Jonathan. Moi aussi, \u00e7a m&rsquo;a fait un dr\u00f4le d&rsquo;effet.<\/p><p>&#8211; Et les religions, les proph\u00e8tes, J\u00e9sus-Christ, Mahomet, bouddha, les miracles ?<\/p><p>&#8211; Je croyais que \u00e7a suffisait pour l&rsquo;instant !<\/p><p>&#8211; T&rsquo;as raison. Je d\u00e9branche et je vais me coucher.<\/p><p>&#8211; Ah ! Ah ! Ah ! Toujours le mot pour rire !<\/p><p>\u00a0<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHAPITRE 2 D\u00e9couverte C&rsquo;est un homme grand. Pas un g\u00e9ant toutefois. Mais un homme fondamentalement grand. C&rsquo;est \u00e0 dire que sa taille constitue la caract\u00e9ristique premi\u00e8re du personnage pour qui le d\u00e9couvre. Les autres particularit\u00e9s qui font de ce banal homo sapiens un individu unique disparaissent quelque peu derri\u00e8re cette altitude inusit\u00e9e. 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